Michael Pitt - "Last Days" - de Gus Van Sant

 

“What else could I write
I don't have the right
What else should I be
All apologies”

 

All apologies - Nirvana - In utero -

 

 

« Last Days » est pour moi un film qui atteint le sublime par son dépouillement extrême.

 

J’ai toujours aimé le cinéma de Gus Van Sant avec une préférence marquée pour « My own private Idaho » et « Elephant » jusqu’à hier.

« Last Days » les dépasse de part le voile de poésie désespérée qui s’en dégage à chaque scène chaotique ( pour le sens ), à chaque plan en clair-obscur ( pour l’image ).

Les deux derniers jours d’un être déjà désincarné qui ne communique plus que par borborygmes, demi-mots psalmodiés, bribes de sons musicaux et cherche non plus désormais à se trouver mais à se perdre dans une unité d’espace et de temps ( deux jours, deux nuits, la forêt, la rivière, une maison, une petite ville ) entouré d’amis ou d’individus neutres ou malfaisants mais transparents et définitivement inutiles. Dès la première image, la fin est inscrite. Elle va être amenée, touche après touche, de manière impressionniste.

 

La caméra qui suit le protagoniste, placée derrière lui, les scènes répétées de plusieurs points de vue sont la « marque de fabrique » du cinéaste. Sauf qu’ici, le personnage paraît échapper à la mise en scène, comme il va échapper « in fine » à son propre cadavre.

« Stairway to Heaven », le morceau de Led Zep préféré de Kurt Cobain..

 

Le regard du spectateur se trouve comme sous hypnose, pris dans ce maelström, cette déambulation dont il comprend très vite qu’il s’agit de la métaphore de la communion prémonitoire avec la nature d’un qui fut poussière et terre et eau et qui est sur la voie de s’en retourner vers elles.

 

Je ne sais si « Last days », film difficile parce que dépositaire inattendu d’une vérité nue ( la description entomologiste du désespoir à l’état pur ), va rencontrer son public.

Les fans de « Nirvana » risquent de ne pas retrouver « leur » Kurt Cobain dans le personnage de Blake  « librement inspiré de » et si magistralement interprété par Michael Pitt.

L’ensemble des spectateurs de passer à côté de ce jeune homme autiste et de ne pas l’entendre hurler en silence.

Les amateurs de Van Sant de trouver son film trop « minimaliste », voire squelettique cette fois-ci.

 

J’espère me tromper. Je n’avais jamais vu des images « parler » aussi haut de la dualité corps-esprit sans y mêler le divin.

Un chef d’oeuvre .