Puisque je suis l’une des trois personnes à qui Lysp a refilé la patate chaude qu’il tenait lui-même de Tolga qui l’avait reçue de etc., je vais essayer à mon tour de répondre à cette "chaîne"  qui court les blogs et qui nous demande, quelque peu différemment selon son origine, d’évoquer nos trois principaux défauts ou péchés.

Ayant déjà confié ici ce que je considérais être comme mon plus grand péché, et avoué mon principal défaut, tout en faisant juste à la suite un bonus track avec mon score (et son explication) au « Dante Inferno’s Test » et confessé encore mon péché véniel sur cette note, il me reste en fait bien peu de choses à dire.

Ceux qui s’attendent de ma part ici à un texte léger et libertin en seront pour leurs frais : lorsque je pèche ce n’est pas par ce bout-là puisque je ne crois à la luxure comme à un péché capital mais tout au plus  comme à un péché capiteux …

 

Donc :

 

J’ai blasphémé, je blasphème, je blasphèmerai …

 

Je suis l’arrière-petite-fille d’un très pauvre paysan italien, un « Cenzo » ( Vincenzo = Vincent ) comme il en était tant à cette époque-là, habitant d’un hameau de quelque 400 âmes où presque tout le monde se partageait quatre noms de famille et où le prénom était répété de père en fils. Il fallait donc un « surnom » pour les différencier. Pour mon « Cenzo », ce fut « il bestemmiatore » (le blasphémateur) qui lui permit de passer à la postérité, postérité hélas vite acquise puisque la tuberculose l’emporta à 49 ans.

Pourquoi blasphémait-il, le brave homme dont ma grand-mère a toujours témoigné qu'il fut le meilleur des pères?

 

Il avait pour toute source de revenu de misérables arpents d’oliviers disposés en « restanques » au plus haut du flanc d’une colline aride où se trouvait aussi son logis qu'il partageait avec sa femme et ses quatre filles.

Lorsque la cueillette était faite, lorsque l’huile d'olive vierge avait été pressée, il descendait la vendre avec son mulet à la ville voisine, rapportant « l’économie du ménage » pour l’année à venir, argent dont il s’empressait de boire une partie à l’ « osteria » ( la taverne) du coin ( même les villages italiens les plus démunis avaient en ce temps-là leur taverne). On oublie la misère comme on peut, ce n'est pas Zola qui me contredirait.

Une fois la beuverie accomplie, remonter vers chez lui avec la mule relevait dans son état du pire des défis qu’il accomplissait en bramant à la lune de pause en pause - c’est à dire aux portes des voisins situés plus bas que lui dans ce hameau quasi troglodyte - d'ignobles insanités défiant le Seigneur…

Dans mon enfance on se souvenait encore de ses cris de guerre déclarée aux Cieux…

 

La chose sauta deux générations. Qui sait pourquoi - mais la génétique doit y être pour quelque chose - moi qui ai toujours été athée - voici que jeune adulte, un beau jour, je fus prise brutalement, sans prédispositions antérieures  et sans action aucune de l'alcool puisque je n'en bois pas une seule goutte, de la même manie d’invoquer en vain ( c’est le moins qu’on puisse dire) le nom de Dieu. Et les blasphèmes de Cenzo me revinrent en version originale, à la grande stupéfaction de tous…

Le pire, c’est que je les traduisis. Ils ont beaucoup moins de force en italien (où « bestemmiare » est somme toute assez banal) qu’en français où ils ont ( pire encore dans la bouche d’une femme) une colorature plus que surprenante …

 

Je ne blasphème pas partout et toujours : il faut que je sois passablement à bout de nerfs, par exemple lorsque je cherche désespérément quelque objet égaré ( voir point 2 ).

Bien sûr, j’ai honte de ce langage de « charretier » mais quelque part, j’avoue qu’il ne me déplaît point que les imprécations de ce pauvre ( entendu au sens social ), écrasé de dettes et de liturgie à laquelle tout italien de ces premières années du 20ème siècle ne pouvait échapper et selon laquelle le bonheur n’était pas de ce monde, survivent aujourd’hui encore par ma voix tant je suis persuadée qu’il n’était pas attendu dans l’au-delà pour y être plus heureux…

 

Je suis extrêmement désordonnée.

 

Je passe ma vie à chercher mes clés, mes lunettes de soleil, mon portable, un papier important dans un capharnaüm sans nom.

Avouons-le, mon « home sweet home » est un taudis incroyable. Cela provient du fait que je suis totalement, absurdement incapable de jeter. Tout s’entasse donc en piles plus ou moins stables (plutôt moins que plus) dont les chutes fréquentes me permettent de me livrer à quelques blasphèmes bien sentis (voir plus haut).

Même jeter un journal ( a-t-on jamais vraiment fini de lire un journal ? ) est une mission quasi impossible. Et je ne parle pas de mes vieilles nippes dont j’attends que la mode les remette …à la mode sans tenir compte que je n’ai plus ma ligne d’antan et que la mode ne remet jamais exactement… à la mode les frusques d’autrefois, qu’elle y change chaque fois un détail (consumérisme oblige).

Je connais par cœur l’endroit où se trouvent chacune de  ces vieilles inutilités non rangées, précisons-le, mais entreposées par strates géologiques. Le passé n’est pas un problème.

C’est le présent qui est compliqué pour moi.

J’erre donc dans mon « accumulation pathologique » et j’ai la plus grande peine à y retrouver les choses importantes du quotidien que, bien sûr, j’égare sans cesse dans mon bas-fond…

Cette névrose, puisqu’il me faut bien l’appeler ainsi me vient sans doute d’un attachement définitif à ce que Giorgio Bassani nommait, dans la dernière page du « Jardin des Finzi-Contini », « le cher, le doux, le charitable passé »...

 

Je ne connais pas le pardon.

 

Voici la vertu cardinale qui m’a échappé.

Je ne sais pas pardonner.

Tout au plus, quand bien des années ( et j’insiste sur le « bien des » ) se sont écoulées, je finis par m’apercevoir que je vis dans l’indifférence par rapport à des gens qui m’ont nui.

Mais le pardon n’est pas présent pour autant et mon indifférence est teintée de mépris.

Quant à ce qui est proche encore, c’est inscrit sur « ma liste à l’encre antipathique » et j’ai la dent très acérée envers ceux-là.

Je préciserai seulement ( non pour me « disculper » mais pour être tout à fait claire ) qu’il faut réellement m’avoir causé du tort pour être sur cette liste.

 

Ayant tenté d’être le plus sincère possible et consciente d’avoir été bien sérieuse, d’avoir manqué d’humour et d’originalité, je vais donc envoyer à mon tour la balle chez :

Samantdi qui y répondra dans son style imparable.

Missy’V, qui ne mâche jamais ses mots.

Knoop, parce que ce n’est absolument pas le style de son blog…

 

Enfin, incapable de faire les choses simplement et en prévision d'éventuels désistements, je vais choisir une quatrième "victime", un outsider dont je suis très désireuse de savoir s'il suivra ou non la "chaîne des péchés du blog" :

Loic Le Meur.

 

J'avertis ces quatre personnes dès à présent.

 

PS: Falo ( et prière, S.V.P. de faire passer si vous avez le moyen de poster sur ses réponses ) j'avais dès le début pensé à toi pour ce sujet en photos. Pour la reprise de ton blog cela aurait été fantastique et jubilatoire! Mais je n'ai nullement accès à tes commentaires. Impossible de m'y connecter. Si cependant, l'idée te plaît, la balle est dans ton camp!