Lorsque j’ai publié « BDSM transalpin » et fait couler un peu d’encre de clavier dans mes commentaires, je m’étais engagée à revenir sur les deux questions qui préoccupaient ces derniers temps la petite sphère, à savoir « La soumission comme la manifestation d’une mauvaise estime de soi » et « Vraie ou fausse soumise ».

 

Il est évident que je ne traite de ces questions qu’à travers mon humble prisme personnel.

Toutefois, hier soir, après avoir mis en ligne « L’esclave libre », cette question de la mauvaise estime de soi continuait à me titiller et j’en vins à penser à celui qui m’était apparu dans mes dernières lectures comme le personnage SM porteur de la plus mauvaise estime de soi.

Et bien, il s’agissait du « Maître », c’est à dire de Yasaki, le pivot sadique du trio de la trilogie de Ryû Murakami, que j’ai évoquée dans mon article « Thanatos », ce qui donne nettement à réfléchir sur certaines allégations assimilant la dévalorisation du « je » aux seuls soumis ou soumises.

 

Donc pour continuer dans mon introspection, si je m’applique la question «  vraie ou fausse soumise ? », c’est fausse qui l’emporte sans contredit.

Pourquoi ?

Est-ce une question de ressenti dévoyé, de maladresse technique, de « douilletterie » déplacée,  de cérébralité défaillante ?

Que nenni ! C’est bien pire.

C'est une affaire d'attitude !

En me basant sur les critères définis par « Le Milieu », j’ai faux partout.

 

Je tutoie M., je porte des pantalons aussi bien que des jupes, j’accompagne les deux de slips. Je ne suis pas toujours « ouverte », je me promène « unplugged » ( là, je n’expliquerai pas le jeu de mot ).

Je n’ai pas renoncé à ma toison, je ne baisse pas les yeux devant mon « Maître » ni devant les autres dominants.

Je ne suis ni marquée, ni tatouée, ni piercée, ni annelée.

Je ne suis pas bisexuelle, je ne suis pas prêtable, je suis exclusive.

Je n’accomplis aucun rite ou rituel de prosternation, d’obéissance ou de mortification sexuelle quotidiens.

Je n’ai pas de carnet de soumission, je ne suis pas « sous contrat ».

 

En revanche, M. est tout mon amour de femme, je m’abandonne à Lui sereinement et en confiance, sûre de Son respect et de la complicité qui nous lient, comblée par nos sentiments réciproques  mais je participe activement à l’évolution de notre relation et de nos pratiques, j’exprime des désirs, des attentes. Je fais part de mes vécus positifs mais aussi de mes sensations négatives alors que je devrais et me taire et subir tout par vénération de Lui.

 

En bref, si l’Amour que nous partageons fait que je nous ressens bien Lui et moi comme une entité unique et SM, elle n’est pas l’entité SM estampillée « made in Orthodoxia » où la soumise n’existe que par les volontés et les ordres écrits ou parlés du Maître auquel elle voue une dévotion quasi mystique.

Etant peu mystique ni dévote de nature, voilà ce qui m’aura manqué.

Chez nous, c’est nous deux qui faisons un à chaque instant et non Lui qui me fait grâce de me conférer par moments une bribe d’existence dans l’utilité qu’il trouverait à se servir de moi et dont je Lui serais infiniment et indéfiniment redevable.

 

Le Milieu peut maintenant me condamner à l’exil éternel.

Je ne suis pas une vraie soumise à son aune.