E COMME EXPRESSION (3) : LE CORPS ET L' ECRIT, LE CORPS ET LES CRIS...     

 

" La main du fouetteur est la main même de l'écrivain... tout ce qui reste du corps"

Jean-Paul BRIGHELLI ( Justine ou le rapport textuel)

 

Cette image et ces mots pour introduire parce que le corps et l’écrit s’y mélangent.

Je ne parle pas du corps et des cris, cela, j’y viendrai plus tard…

 

Pourquoi, pour qui écrire donc ?

Parce que je pense que de grandes souffrances seraient évitées si l’on avait les moyens de mettre par écrit la genèse de nos tourments… Des mots pour éviter des maux, un peu l’idée que Lacan exprimait dans son fameux « ça parle où ça fait mal ».

Se raconter, que ce soit sur un divan ou un blog, à condition d’être sincère, c’est en effet selon moi un moyen d’éviter des « pires » inattendus qui s’en viendraient un jour ou l’autre.

 

Ecrire pour soi donc mais aussi pour les autres.

Déjà, pour commencer et quoi qu’il nous arrive, ce weblog restera comme une trace de nos amours, disons donc que M. en est le principal destinataire.

 

Les autres, ensuite : leur donner des nouvelles bien vraies de l’univers BDSM loin de la panoplie de clichés trimballés. Il y a quelques années, dans un train, j’avais tout à coup lancé à un jeune collègue un peu trop pressant mes « goûts » particuliers. Je revois son regard horrifié et sa réponse « Ah ! Non, moi, tout mais pas ça ! Des trucs où on vous met tout sanglant… »

J’en souris encore parce que il ne s’était pas même posé la question des « rôles » se positionnant immédiatement en ce qu’il pensait être la « victime » potentielle et que d’autre part, personnellement, je n’ai jamais vu la moindre goutte de sang dans ma vie de soumise, ni dans ce qu’elle a d’intime, ni dans ce que j’ai pu en apercevoir au cours de soirées…

Je ne fais pas de l’ angélisme ici et j’imagine bien que pour certains, l’expression « fouetter jusqu’au sang » doit avoir un sens… Mais je suis prête à garantir que du point de vue statistique, ils ne sont pas les plus nombreux. Et encore, là, je parle de ceux qui « vivent » réellement ET de ceux qui vous racontent ici et là n’importe quoi : au total, cela ne doit plus faire grand monde au moment d’agir!

 

Un destinataire encore, le dernier, tout à fait spécial et alors ce blog est un blog de combat ; je n’en dirai pas plus si ce n’est que je veux être, ad vitam aeternam, LE petit caillou pointu dans UNE chaussure.

Rajouter que ce combat n’a plus la même ardeur en moi (le temps passe) mais qu’il demeure vivant pour l’exemple et que je ne pardonne rien, absolument rien de cette histoire-là… C'est en ce sens qu'elle demeurera sans fin.

Que si ce combat eut des allures de défaite, ce n’est pas tant, comme je le crus autrefois, d’avoir lutté contre un « géant » que de m’être dispersée à ferrailler contre les « nains » de toutes sortes qui composaient sa cour des miracles.

Mais je dois à l’écriture et notamment à AURORAOULEWEBLOGVOLE de n’avoir pas sombré : le corps et l ‘écrit ! J’ai écrit « là où ça faisait mal »…

 

Le corps et les cris pour en revenir à l’image qui illustre ce texte.

Elle n’a rien de BDSM mais c’est son côté « allégorique » qui m’inspire.

Le corps est aussi un endroit où écrire les cris dans le SM. Je pense à la peau tannée de l’amante morte qui devient palimpseste dans « L’Evangile d’Eros », récit (je dirais pour moi roman) de Florence Dugas , et qui en est la métaphore impeccable.

 

J’appelle sur mon corps une forme d’amour particulière que l’on nommera douleur si l’on veut ( je n’aime pas les mots « coups » ou « frapper » qui n’ont absolument rien à voir avec nous et qui entre un homme et une femme évoquent pour moi la violence conjugale qui est l’effroi absolu)…Moi, il se trouve que  cette douleur, je la demande, je l’appelle, je la revendique, je la réclame à corps et à cris.

A corps écrit, tant ce qui en découle laisse des marques, des lignes incarnat qui ressemblent à des écritures fantaisistes, à des idéogrammes éphémères, à des géométries variables… Puis la peau redevient page blanche…

 

 

Un nouveau texte est à prévoir pour le lendemain ou plus tard… La page est prête, toujours, la plume aussi… Moi et Toi.

N’oubliez jamais que toute forme d’ écriture est d’abord un acte d’amour.

 

Même la fiction… Mais nous y serons demain …