En suggérant, avec son humour habituel, au sujet du post sur le BDSM dans « Marie-Claire » : A quand le fouet et les menottes dans Pif-Gadget ?, un commentateur m’a donné envie de raconter cette récente anecdote comique.

 

Un dernier jour de vacances scolaires : il nous faut rentrer de notre lieu de villégiature. Train de nuit.

Comme d’hab, nous nous y prenons à la dernière minute. Il ne reste plus que des sièges inclinables dans un compartiment. Tant pis.

Au départ, pourtant le train n’est pas vraiment bondé. Quelques voyageurs avec nous dont deux couples.

 

Je dors contre l’épaule de M. Lui a les pieds posés sur notre bagage, un immense sac à roulettes que nous avons cadenassé. A l’intérieur, tous nos effets en grand désordre et tout au fond, le minimum vital de ce qui sert à composer « la mallette du Dominateur » ( voir le post «  M comme mallette »).

 

A un certain moment, le froid me réveille. C’est encore la nuit, il nous reste plus d’une heure de voyage. Le compartiment ne compte plus maintenant qu’un couple endormi et nous.

Je me dégage de M. et, en titubant sous la lumière tamisée, me rends vers la guérite du fond.

Rien de grivois dans mon esprit, d’ailleurs je n’ai pas du tout l’esprit clair, je veux seulement, comme écrivait le Grand Molière, « expulser le superflu de la boisson ».

 

En revenant, embrumée et cotonneuse, je crois apercevoir dans le filet d’un siège vide à trois rangées du nôtre une noire forme serpentine et une mèche pointée.

C’est un fouet. Est-ce un fouet ? Je pense que c’est un fouet. Mais qu’est-ce qu’un fouet ferait là ? Pourtant, je crois bien que c’est un fouet.

Ces pensées défilent dans ma tête en une dizaine de secondes, d’autant plus que je dors debout et qu’avec le bruit des portes produit par mon retour, ça s’agite un peu du côté du couple qui sommeillait tout au fond…

 

Je rejoins donc M., profondément endormi, et c’est Morphée que je retrouve aussi. Je ne peux leur poser, ni à l’un ni à l’autre, la question qui me taraude au sujet de ce fouet.

 

Nous sommes éveillés en sursaut par le bruit ambiant au terminus, alors que le train doit être en gare depuis quelques minutes.

M. est déjà debout, tirant notre armoire à roulettes. Je le suis. C’est l’aube. Il fait un peu plus jour. Le train a été déserté par  tous ses voyageurs, il faut se dépêcher.

 

En passant devant le fameux filet, plus de doute, même si j’ai les yeux un peu collés : c’est un fouet, c’est bien un fouet, un vrai fouet, un singletail comme le nôtre.

 

Qui a pu laisser cela ici ? Qui pourra jamais venir réclamer un fouet aux objets trouvés de la SNCF ? On va bientôt passer faire le ménage du train…

Je ne fais ni une ni deux : j’entrouvre ma besace, me saisis de l’objet et l’y glisse.

Ne me demandez pas pourquoi…

A y réfléchir aujourd’hui, je sais que je n’aurais jamais voulu que nous utilisions un fouet appartenant à des inconnus mais, sur le coup, il y a des actes instinctifs…

 

C’est seulement arrivés à la maison que je dis à M. « J’ai ramassé un fouet abandonné dans le train. »

Il me regarde incrédule mais je lui tends l’objet que je sors de mon sac.

Il blêmit, le prend et me dit :

« Mais ce n’est pas possible ! C’est le mien ! ».

Il l’examine sous toutes les coutures et réaffirme « C’est le mien ».

 

Notre bagage est pourtant là, cadenassé devant nous.

Mystère.

 

M. le retourne de tous côtés et…

 

Sur le fond, une belle entaille au cutter, aussi discrète que la fine cicatrice d’une opération par un Maître… de l’art chirurgical. Un travail d’orfèvre, quoi…Il doit y avoir des écoles du vol, bien plus capables de résultats que l’Ecole Publique !

 

En fin de compte, toutes vérification faites, il ne nous manque qu’une minuscule pochette de toilette que, dans l’obscurité, un rat des trains de nuit a du prendre pour un portefeuille. L’eussions-nous cherchée qu’elle devait traîner, elle aussi, dans quelque poubelle du compartiment...

 

Je souris chaque fois que j’y pense à imaginer la tête du voleur qui, pensant peut-être avoir saisi une ceinture de cuir de valeur,  s’est retrouvé avec notre fouet cette nuit-là et l’a vite rejeté.

Tant mieux pour nous.

 

La fable vaut aussi de part le fait que le SM ne court décidément pas les rues (ni les trains) et que si le fouet brûle parfois la peau, il peut aussi brûler les mains.