Image Sakurako Zyabara

 

 

L’image qui orne ce texte est de Sakurako Zyabara. Dans les temps qui viennent, je compte écrire mes modestes notes autour de quelques unes de ses œuvres que je trouve admirables de finesse…

 

 

 Je vais donc ce soir en étonner beaucoup en disant que la soumission au masculin est un fait que j’ai longtemps ignoré.

Si ce fut par la lecture à quatorze ans de « La motocyclette » de Pieyre de Mandiargues  puis l’année suivante par celle d ‘ « Histoire d’O » que je réussis à mettre un nom sur ce qui pointait en moi, je n’eus pas l’intuition que la même chose pouvait se décliner au masculin.

 

Ce n’est que quelques années plus tard que je le découvris, en lisant le troublant « Cérémonies de femmes » de Jeanne de Berg. Ce que j’en retirai en tout cas fut la certitude absolue que si soumis il y avait donc, et bien moi, je n’étais vraiment en rien Dominatrice.

 

Les années passèrent par cinq, par dix avant que je ne veuille bien laisser s’ouvrir la brèche qui m’amènerait à vivre mes fantasmes.

Le chemin passa entre autres par un chat.

Je me souviens de deux soumis écrivant en forum des textes très émouvants : leur idée de la soumission était très proche de celle de l’amour courtois au temps des troubadours.

Ces deux-là ne me liront sans doute jamais mais je les salue avec émotion à travers le miroir du temps. Ils parlaient aussi pour moi.

 

Je me souviens aussi malheureusement des autres.

Par exemple, je fis par le biais de ce chat la rencontre réelle dans ma ville de neuf personnes qui avaient rempli une fiche de « dominateur » : quatre d’entre eux me présentèrent dans les cinq premières minutes d’entretien dans un café leur véritable visage : ils étaient soumis et tentèrent de me convaincre qu’au fond de chaque femme, la Domina sommeillait.

Sur une centaine de contacts, eux, virtuels, avec d’autres Dominateurs des quatre coins de France et quel que fut le pseudo sous lequel je me connectais ( j’en avais plusieurs mais tous de soumise), un tiers s’avéra adepte du switch ( échange des rôles) et demandait comme pré-requis de l’être aussi.

Sans compter les innombrables vrais soumis inscrits qui cliquaient malgré tout sur moi parce que…derrière chaque femme sommeille une Domina.

 

 

Quelle opinion ai-je tirée de ces dialogues ?

Que les hommes soumis ont une demande plus directe ( et cela peut heurter), que leur SM est plus hard et joue énormément sur l’humiliation ( voir les dessins de Stanton qui reflétaient bien les fantasmes de leur auteur), qu’ils expliquent leur recherche tous azimuts par le fait que le nombre (de l’offre et de la demande) n’est pas en leur faveur et que la plupart de celles qui se disent Dominas sont, d’une manière ou d’une autre, vénales, les autres étant déjà en couple. C’est pourquoi, disaient-ils, ils en arrivaient à se « proposer » indistinctement à toutes et tous ( même aux couples homme D/femme s ) dans l’espoir que…

A cette époque, je trouvais néanmoins leur insistance déplaisante et intrusive : ils cliquaient même M. qui ne mange en rien de ce pain-là…

C’est aussi ainsi que j’ai vu quelques Dominatrices libres et « gourmandes » se constituer un joli cheptel mais là, je me suis toujours demandée où était l’amour…

 

 

J’ai pourtant par deux fois « joué » avec un soumis.

La première à la demande répétée et insupportable d’insistance de celui auquel je servais de faire-valoir alors, qui me tança de saisir le long martinet que me tendait une Domina dans un club : ne sachant m’y prendre, je lançais mon bras vers l’arrière avec toute ma force et en l’espace de dix secondes, j’éborgnais presque un « maître solitaire » qui s’était approché pour jouir du spectacle et qui se mit à faire un scandale et dans la seconde phase de mon mouvement, en projetant mon bras et mes lanières vers l’avant, j’arrachai un hurlement de douleur à ma « victime », qui, visiblement, n’en demandait pas tant.

 

La seconde fois, je le décidai de moi-même. C’était l’aube. Dans un club encore, un jeune homme très blond et très timide avait passé une nuit de désolation , demandant à toute personne du sexe féminin de lui donner une fessée et n’essuyant que des refus, dont le mien.

Au moment de quitter les lieux, je ressentis pour lui comme une injustice.

Tout le monde ce soir-là, vrais joueurs,  petits joueurs, faux joueurs, voyeurs, gens qui viennent montrer leur dernière parure de vinyle (tout le milieu) avait eu quelque chose, sauf lui.

En discutant un peu, il me dit être ouvrier typographe.

Alors, je lui ai donné, mécaniquement et sans passion aucune, mais avec le sourire, sa fessée pour qu’il ne soit pas le seul à avoir payé l’entrée pour rien.

Le lendemain, j’avais les doigts et la paume des mains violacés et je n’ai pu plier mes phalanges de trois jours…Pas douée, décidément...

 

Le temps passe…

J’ai fini par rencontrer dans le cadre amical et non plus virtuel des soumis.

Seuls, la plupart du temps, et j’ai pu constater leur immense désarroi qui rejoint celui que les autres me confiaient via l’écran.

Ils sont de plus ignorés du « business BDSM » : quand un site veut présenter et vendre des photos de Dominatrices ( M. le disait récemment en réponse sur un fil de commentaires d’une note de ce blog), on trouve 98% des images d’un duo femme-femme : la Domme et sa sub femelle…

 

Aujourd’hui quand je croise des soumis sur un autre chat, je les écoute donc se dire avec une oreille bienveillante.

J’ai aussi rencontré un couple fonctionnant dans le bonheur sur le mode switch dans leur vie intime.

J’aime beaucoup ces deux-là. Ils le savent.

 

Je pense toutefois que la relation soumis/Dominatrice n’est pas le reflet de la relation soumise/Dominateur. Non, le soumis n’est pas mon reflet au masculin dans le miroir.

Nous sommes seulement de la même famille : c’est un cousin.

 

Quant à la Domina caricaturale et à son soumis aussi caricatural qu’elle ( façon les dessins de Stanton donc), ils ne font pas partie de mes proches.

Quand je les lis, ils se rangent pour moi dans la même catégorie que « Dominator »…