Image Brian Tarsis

 

M COMME MILIEU ...

 

Milieu, puisqu’il faut bien y venir enfin…

 

Je n’aime pas le milieu BDSM et il me le rend bien. Il en a toujours été ainsi.

 

Il faut pourtant bien qu’il existe comme existe un milieu gay, un milieu échangiste,  puisque doit exister une manière de partager ce qui unit des gens. Le problème étant qu’il y autant de désunion que d’union entre ceux qui peuvent prétendre faire partie de ces milieux.

 

Pour les purs et durs, dans le " milieu "  SM, je demeurerai à jamais une hérétique, ne sacrifiant ni aux règles ni aux rites, une fausse soumise (comme il y a une « fausse suivante » chez Marivaux) qui ne s’est pas contentée de s’asseoir allègrement sur les fondations qui régissent l’édifice mais aussi qui les a publiquement dénigrées.

Lorsque je suis présente à une soirée, c’était encore le cas tout récemment, rien en moi, rien en nous -devrais-je dire- ne tenant de la caricature vestimentaire qui parle tant aux gens,  ceux-ci en viennent à s’interroger sur nos rôles. Je suis une soumise à tête haute, ça ne se fait pas trop…

Le milieu a besoin de se reconnaître dans ses codes, et au fond de se rassurer à travers eux. L’uniformité est la loi. Malheur à celle par qui le scandale arrive !

 

Au début, j’ai eu pourtant besoin de ce milieu pour me situer moi-même et les textes, les règles etc, je les ai tant lus que je les connais par cœur.

Ils auraient pu faire fuir l’iconoclaste que je suis. Ils n’ont fait que me renforcer dans l’idée qu’en ces lieux de transgression, ils étaient les premiers qu'il fallait  transgresser pour exister vraiment. Etre et non paraître.

 

Le milieu, c’est un labyrinthe d’endroits, virtuels ou non où les gens se retrouvent.

Mon tout premier contact avec lui tint du domaine de la réalité dans une ville extrêmement fermée derrière ses façades dix-huitième. Il convient donc ici de ne pas entendre « milieu » comme une entité définitivement représentative mais plutôt comme « microcosme ».

 

C’était il y a bien longtemps déjà.

Le milieu BDSM de cette ville n’était pas plus ouvert qu’elle. Les gens qui le composaient étaient de purs produits de la bourgeoisie, voire même de la grande bourgeoisie de la cité. Pensez donc, j’étais la seule à y être de gauche nettement ! Les idées y étaient froides et roides et la règle était d’or.

Je n’y ai pas croisé de soumise mais des femmes en recherche d’elles-mêmes, comme je l’étais à l’époque, la seule différence étant que si je débutais, c’était loin d’être leur cas.

A une exception près, je n’y ai pas croisé non plus de Maître. L’exception réside dans le fait que l’un d’eux sans doute l’était, non dans le sens que je donne, moi, à ce mot mais au sens qui lui serait donné par des gens que je respecte aujourd’hui, donc je dirai par souci d’objectivité que cet homme-là l’était.

Pour ce qui est des autres, je n’ai vu que des fantasmeurs (j’entrevois encore l’un d’entre eux sur un chat aujourd’hui et constate qu’il est toujours dans la même recherche présomptueuse qu’il est incapable d’assumer, recherche vouée à l’échec donc ), des petits joueurs ( les seules lettres de noblesse des plus âgés étant de pouvoir prétendre avoir participé en figurants dans le passé à des soirées organisées par le couple que formaient la Vanessa Duriès du « Lien » et celui qu’elle nommait Pierre dans son récit). Leur unique but était de rejouer cette relation à leur seul profit cette fois-ci mais ils étaient très loin d’en avoir et l’étoffe et même et surtout  les moyens cérébraux.

 

J’ai ensuite croisé le « milieu » dans UN univers virtuel. J’ai mis très longtemps, sans doute jusqu’à il y a quelques mois, à admettre que j’étais dans l’erreur et qu’il ne s’agissait pas du Sésame et de la porte du « Milieu » avec le mot écrit en lettres de feu. J’ai dans mon ignorance pensé des mois et des années durant que CET univers virtuel était le nec plus ultra et qu’au-delà de lui n’était nulle autre terre.

Je l’ai cru parce qu’il couvrait le pays entier mais se résumait surtout de manière élitiste aux quelques « grands noms » de la capitale. J’ai été assez aveugle pour ne pas en voir justement la portée restrictive et totalement réductrice.

Je ne le nommerai donc plus que « l’enclave ».

Dans l’enclave, j’ai pensé trouver les réponses à mes questions. Très vite, je me suis retrouvée en porte à faux et ceci pour plusieurs raisons, la principale étant que je n’accepte pas que le SM (ou le BDSM, comme on voudra) soit expliqué pour tous à la seule lumière de la psychanalyse ou de l’analyse textuelle teintée de psychanalyse, la PNL serait un bon exemple de ce que j’entends ici mais pas le seul, l’exégèse des textes de Sade pouvant aussi en être un autre dans un autre contexte, ou l’explication sociologique par la prédominance du pouvoir machiste (dévoyée certes dans la femme dominatrice mais qui n’en serait que le double en miroir).

Comme de l’œuvre sadienne, on peut trouver cent lectures, du sado-masochisme on peut faire cent interprétations : la psychanalyse expliquera certaines situations et demeurera totalement étrangère à d’autres. Ainsi, elle n’a rien à voir dans mon cas.

Dans l’enclave, seule une parole était portée au pinacle. Celle qui expliquait le « Pourquoi je veux être dominée » et le « Pourquoi je domine » par les vécus premiers.

Si on y rajoute une fâcheuse tendance à la censure sous couvert de modération et que l’on précise que l’enclave n’était après tout, malgré ses forums, qu’un site de rencontres avant toute autre chose, on a fait le tour.

Je suis bannie à jamais de l’enclave et y compte mes pires ennemis, tant pis. Tant mieux pour moi peut-être. Sans cela, je ne serais pas ici.

 

C’est après cette expérience que j’en suis venue au blog tout en poursuivant parallèlement mon chemin virtuel et que j’ai découvert un « milieu » BDSM dépassant nos frontières par le biais des « Groups ». Hélas, ce sont l’outrance et la cacophonie qui y règnent, appuyées de plus par la vulgarité poussée parfois à l’extrême.

Du moins ai-je enfin, là, compris que ce que je tenais à tout prix à vouloir « milieu » n’existait pas et n’était qu’une somme d’individualités plus ou moins tapageuses, chacune voulant que « sa » vérité prime et soit établie comme l’absolue.

Il était temps de tourner la page du « milieu ».

 

J’ai eu une chance extrême à ce point précis : c’est de voir la parole BDSM se renouveler totalement au travers de jeunes, très jeunes parfois, pratiquants qui se fichent comme d’une guigne des antiques préceptes. J’en connais dans la vie et j’en connais ici. Certains y tiennent blog (nullement teinté SM) aussi ne les nommerai-je pas mais L… ou R… se reconnaîtront. Tout comme nos amis C… et L….

Ils sont dans la vingtaine et changent les mots et la donne. Ce sont des francs-tireurs.

La vie leur donnera sans doute quelques coups mais une chose est sûre : ce ne sont pas les règles du « milieu » qui leur mettront des bâtons dans les roues !

 

Je constate en tout cas que nous sommes nombreux(ses) à écrire aujourd’hui notre masochisme ou notre soumission, loin de toute parole pré-établie, de tout stéréotype. Seul le Maître, le Dominateur ne « s’ » écrit pas encore : peut-être y a-t-il une impossibilité constituée pour lui à le faire. J’y réfléchis et ce sera l’objet d’un post à part entière bientôt.

 

Lorsque j’en étais aux premières pages de ce blog , j’ai eu pendant quelques semaines une conversation par mail des plus intéressantes avec une dame qui signait E. Elle me disait regretter le temps d’avant l’Internet et le Minitel , le temps béni où tout ce qui concernait l’univers SM était sous le couvert du secret et du voile, où tout se déroulait de manière feutrée et en privé (cette ligne de pensée est aussi celle défendue par Jean-Jacques Pauvert, le célèbre éditeur d’ « Histoire d’O » notamment).

Vu ce que le « milieu » (les différents « milieux » que je décrivais plus haut) a galvaudé, je ne suis pas loin de les rejoindre mais en même temps, vu ce que l’expression SM individuelle a gagné par exemple à travers les blogs, cette liberté de SE dire chacun-chacune dans nos différences et nos rapprochements et surtout de remettre en cause l’ensemble de l’asphyxiant règlement, je serais plutôt encline à penser qu’en s’ouvrant - de force, il ne faut pas se leurrer  - le SM, le BDSM ne seront  certes plus jamais ce qu’ils étaient mais deviendront peu à peu autre chose, plus conforme à l’air du temps.

Il ne faut pas oublier que tel qu’il se voudrait,  tout le système SM repose sur le fait que les femmes en seraient encore aux années 50, c’est à dire à l’époque de l’ « Histoire d’O ». Et c’est une faute de ne pas prendre en compte les mouvements perpétuels de l’Histoire et de la Société.

Rien ne peut survivre, éternellement figé. Pas plus le SM que les moulins à farine de Daudet.

 

Un charme va se perdre, celui d’appartenir à un système hiérarchisé et réglementé de façon fort originale par le seul consensuel (« le bonheur dans l’esclavage » de Paulhan, en préface d’ « Histoire d’O »), mais il faut être lucide : cette magie n’était plus que théâtrale. Il suffit de voir dans une soirée combien tout le scénario aujourd’hui tient au costume et non plus au sens et à l’essence. Et il faut dire aussi que le SM que certains voudraient voir perdurer était quasiment un cadavre ambulant rongé par le commerce principalement mais aussi par la vulgarisation à tout va de ce domaine privé qui nous amenait les pires ( « Dominator », pour mémoire…).

 

 

Un autre charme naîtra, celui d’un SM dont toutes les règles seront à réinventer, chacun pour soi ou deux par deux.

Certains vont hurler à l’hérésie ?

Sourire : ça ne fait rien, je suis habituée.