Photo Jean Baptiste Mondino

 

Ce texte, comme souvent, prend racine dans l’image qui l’illustre et dont l’humour tout à fait particulier en étonnera quelques-uns, puisqu’il s’agit d’une photo de Jean-Baptiste Mondino, connu pour toute autre chose….

 

Courbet l’avait appelé « L’origine du monde ».

Nos aïeules - mais peut-être n’était-ce que dans le Sud-Est - le nommaient métaphoriquement « La nature ».

Et quelle belle image elles avaient trouvée là !

« La nature » pour « Cette blessure d’où je viens » mais là, il fallait être Léo pour oser cette seconde métaphore, où « blessure » est source de vie. Ceux qui le connaissent savent que toute l’œuvre poétique du grand Ferré n’est qu’un immense chant d’hommage à la féminité, lui qui mit même les menstrues en musique…

 

Il est, Léo, l’homme qui a le mieux écrit sur « la nature »…

C’est qu’il n’est pas facile aux hommes (ni aux femmes d’ailleurs et c’est à déplorer) d’aborder ce sujet. Lorsqu’ils le font, c’est en termes aseptisés (vulve, vagin, petites et grandes lèvres, clitoris) ou bien en termes grasseyants (« coquillages et crustacés », indignes de ceux que chantait autrefois une blonde Brigitte sur la plage de la Madrague) et certains même auraient besoin qu’on leur offre le plan millimétré de la région tant ils en sont d’ignorants touristes.

 

Moi, j’aime bien que, sur la veine italienne, nous nommions de notre côté-départements au soleil « la nature » en substantifs fruités : abricot et figue me plaisent tant ils ont du suc et du goût, tant ils sont aux couleurs de la vie encore et toujours…

 

Le con (celui d’Irène, notamment mis en mots par Aragon) ne me déplaît pas non plus. J’ai eu tôt fait d’oublier qu’il est aussi un terme d’insulte, comme si ce n’était pour moi qu’une simple homonymie*. Moi, dans le « con », j’entends le « conin » venu du Moyen-Age et là encore de l’italien qui le fait dériver d’un sympathique animal, le lapin. 

 

Restons côté fourrure, la chatte baudelairienne qui est en moi et qui ronronne veut bien que l’on appelle sa « nature » ainsi….

D’autant plus que, irrémédiablement hérétique une fois de plus à ma misérable condition de soumise, je n’ai jamais obéi à la règle très « in » qui impose d’avoir une « nature » glabre.

Je ne pratique que le strict minimum maillot . Ah ! Je voudrais m’y voir sans ce qui fut guetté comme l’apparition enviable de « caractères sexuels secondaires » lorsque j’avais treize ans pour me retrouver aujourd’hui pour le bon plaisir de quelque maître avec une « nature » réduite à l’état impubère, le comble du mauvais goût à mon sens et même un désir louche quelque part selon moi dans le fantasme mâle…

Fait amusant : alors que la pilosité intime était tabou chez les Japonais jusqu’il y a peu, on voit qu’elle est du dernier fashion-fantasm dans les toutes récentes séries bondage de Norio Sugiura le magnifique, où toute « mise en corde » est étudiée pour révéler de noirs triangles, tandis qu’à Paris, à la même heure des quadra-quinqua branchées exhibent dans les boîtes SM des « natures » orientalement épilées au miel .

Sans savoir peut-être, que tels les visages, toutes les « natures » sont différentes et que comme le « nude make up » ne sied pas à chacune, parfois mieux mise en valeur par la couleur, la « chatte pelée » n’est pas esthétique sur toutes et que certaines mériteraient bien une once de vison…

 

Pour n’être pas bi pour deux sous, j’aime « la nature » et la mienne en particulier. Elle est le lieu sacré des deux extrêmes : la vie et le plaisir.

Je lui devais bien une ode en ce blog.

 

 

 

*Honte à celui-là qui par dépit par gageure 

Dota de même terme en son fiel venimeux

Ce grand ami de l'homme et la cinglante injure

Celui-là c'est probable en était un fameux.

………………….

La malpeste soit de cette homonymie

C'est injuste madame et c'est désobligeant

Que ce morceau de roi de votre anatomie

Porte le même nom qu'une foule de gens.

 

Georges Brassens - "Le Blason"