Photo Vlados

 

Causons futile puisque nous allons vers Noël…

Evoquer le parfum sera de bon goût ce soir et même pas opportuniste puisque j’avoue que cette liqueur-là tient depuis toujours une place indispensable pour ma peau.

Il m’arrive même de faire de la parfum-thérapie, en cas de légère déprime. Ainsi, je m’offre chaque année, un flacon tout nouveau, tout beau, le jour de la rentrée des classes. C’est quasiment un rituel d’exorcisme.

 « Sans parfum, la peau est muette » disait une pub de je ne sais plus qui il y a quelques années.

Et l’on n’oublie pas Coco ( Gabrielle) Chanel et son fameux « Une femme qui ne se parfume pas n’a pas d’avenir ».

 

Si j’occulte le fait que mon avenir est derrière moi, le parfum est néanmoins bien sur moi et j’aurais, oui, l’impression d’une peau muette sans lui.

 

Je n’ignore pas que, d’après les sacro-saintes règles, une soumise ne se parfume pas.

Mais les règles, c’est bien connu , sont là pour les autres, celles qui aiment les appliquer.

Celle-là en tout cas, ne me concerne absolument pas.

 

Je ne peux penser au parfum sans évoquer un peu l’histoire de ma famille.

Du côté de mon père, ma grand-mère, sévère cévenole protestante, ne se parfumerait pas pour un empire.

Ma grand-mère de cœur, la maternelle, ma mémé adorée partie si tôt ( elle s’en est allée une nuit, d’un souffle manqué, quatorze ans avant la naissance de Petitou, cela faisait alors plus de trois années qu’elle nous avait tous oubliés et m’appelait « Madame ») était italienne.

Une très pauvre émigrée qui a vécu jusqu’à la fin de sa vie dans une campagne provençale, levée dès l’aube, couturière de son état, paysanne de part les faits.

Dans son armoire, il y avait entre des piles de draps impeccablement rangés et qui n’ont jamais servi ( le trousseau d’antan), un petit flacon de muguet réservé aux dimanches et fêtes.

Enfant, puisque c’est elle qui m’a élevée jusqu’à mes six ans, j’adorais aller fureter là, ouvrir la minuscule bouteille et m’en emplir les narines.

Sans doute est-ce pour cela que j’ai, bien plus tard, été très longtemps « Diorissimo ».

 

Ma mère se dit allergique au parfum. Une eau de cologne pour la toilette, évaporée dans l’heure, la satisfait amplement.

 

Mon histoire avec le parfum débute dès l’adolescence. Comme toutes les filles de ma génération, le premier acte est celui d’ « Anaïs Anaïs ». Mine de rien, il était tenace même si on le voulait reflet de l’innocence. Il fut pourtant détrôné lorsque je découvris ma « madeleine » soliflore de muguet que je gardai alors des années durant.

 

Mais ces deux « rencontres » m’avaient permis de comprendre combien on se dit, combien on s’écrit et dans le nez et dans l’âme des autres par ce sillage que l’on laisse, même une fois envolée…Le parfum, pour moi, c’est intensément érotique, charnel, luxurieux, voluptueux.

Songez à Baudelaire…

 

J’ai élu mon parfum de prédilection à mon entrée dans le monde du travail, il est depuis resté le même. Je suis « L’Heure Bleue » de Guerlain. Même dans les périodes de disette , il y en a un vapo chez moi.

 

Et pourtant, je suis saisonnièrement infidèle à mon parfum. Il est mon port d’attache mais j’aime prendre d’autres navires pour une brève traversée.

Ainsi quand j’ai rencontré M., j’étais « Femme » de Rochas. Il voulut que j’eus un nouveau parfum : je devins alors « Addict » et « Jardin de Méditerranée » selon les mois.

Puis, je me pris de folie pour les Editions Frédéric Malle et successivement je me coulais dans «  Noir Epices » et « Lys Méditerranée ».

J’ai aussi joué récemment dans « Rouge Hermès », « Chance » (dont tous s’accordaient pour dire qu’il m’allait à merveille ) .

Pour un soir, où par oubli « ma peau était muette », la soirée étant bien avancée, il fut le seul flacon que je pus me procurer, j’ai même été « Shalimar ». Une bien belle « guerlinade »…Et la preuve que si je suis esclave, c’est du…parfum.

 

Et pour en rester sur la « guerlinade » définitivement esclave de  la plus grande des grandes, mon « Heure Bleue » à laquelle je reviens toujours.

 

Beaucoup d’autres fragrances passent dans ma vie. La sœur de l’ex-nounou de Petitou est démonstratrice-marketing pour les parfumeries et son aînée étant comme ma mère une allergique, c’est moi qui hérite des derniers crus.

 

Curieusement, on m’a rarement offert un parfum et à chaque fois, ce fut un ratage.

On me voit en sportive, en blonde…Bref, tout ce que je ne suis pas.

 

Mon dernier coup de cœur, très fort, une vraie palpitation, date du jour de la dernière rentrée. C’est « Le Baiser du Dragon » de Cartier.

Tout me plaît en lui : son nom qui évoque des chinoiseries ( ce n’est pas, non, comme pourraient le penser quelques mauvais esprits que je fantasme qu’un Dragon me baise…la main ! ), le flacon est superbe et le « jus » excessivement surprenant allie un côté masculin à travers son vétiver, une facette doucement féminine d’iris et d’amande amère pour culminer dans une flamboyante note de cœur de sensualité épanouie, une exaspération de patchouli.

 

Sentez-le. Vous en saurez un peu plus sur moi.

 

Enfin, moi de cette saison.

 

PS : Et vous, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, au fait, que portez-vous ?