« Rien, en effet, n’exige plus d’effort de pensée que l’ argumentation destinée à justifier la non-pensée »

Milan Kundera in « L’immortalité ».

 

On pourra dire qu’ils font parler et écrire les blogs !!!!

 

Je ne reviens pas sur la presse de ces dernières semaines, qui découvrait avec retardement « l’effet blog », je n’insiste pas même sur la géniale action de Mediatic, le blog sur les blogs et de quelques autres.

 

Tout au plus, parce que je la trouve amusante et justement pensée, vous renverrai-je vers cette note de Stéphanie Booth, la « Steph » de Climb to the stars, qui vient de tester de multiples solutions de blogs, francophones pour la plupart. Vous y verrez ce qu’elle dit d’U-blog :

 

http://climbtothestars.org/archives/2004/12/11/hosted-blog-platform-test-write-up/

 

A côté de ça, il y a les blogueurs de base, vous, moi, qui s’expriment sur les blogs, sur ce qu’ils en pensent, ce qu’ils ont à en dire.

Cela va de la franche pochade :

 

http://www.u-blog.net/blownblue/note/45

 

aux amers raisonneurs.

C’est à eux que je pense particulièrement.

Il m’est arrivé de lire des tas d’avis en ces jours, et notamment sous la plume de quelqu’un dont j’ignore s’il blogue, en substance le propos que certains dinosaures des blogs ont peur de la multitude des blogs nouvellement créés et s’assombrissent de n’être plus uniques.

 

Je n’ai jamais vécu le blog ainsi. Pour moi, c’est l’idée de communauté qui a toujours primé, d’où ma fidélité à Metablog devenu U-blog. Et mes "combats" pour cette plateforme.

Je dois faire partie de ces dinosaures bien qu’ayant connu l’univers blog six mois environ avant d’en avoir un.

Mon premier blog date de décembre 2002 : il était très coloré socialement et a connu un succès certain.

Mais lorsque je l’ai abandonné au profit du concept des « Aurora », ce ne fut pas aussi facile.

Je n’oublie pas que si Aurora a démarré, je le dois à Klodd et à Backdoor, tous deux aujourd’hui sur Canalblog, et à Aviva qui ont attiré l’attention de leurs lecteurs sur nous.

J’ai, depuis, toujours renvoyé l’ascenseur aux nouveaux arrivants lorsque leur blog ( ici ou ailleurs) se révélait être passionnant. J’ai aussi dit récemment tout le mal que je pensais des nouveaux blogs-poésie-bdsm mais, comme écrivait Beaumarchais, « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ».

 

 

Un autre clavier croyait voir dans les blogs un lieu de désir de couronnement par de quelconques lauriers. Ce serait selon moi la plus mauvaise des motivations pour en tenir un.

Il y a cependant des situations « à part ».

Je parcours bien des photoblogs, français ou étrangers : depuis des mois, je sais et nous sommes nombreux à le savoir, qu’il y a quelque chose « en plus » dans l’objectif de Falo.

Lui conseiller fortement, l’appuyer dans sa candidature aux clics d’or 2005 signifie pour nous qu’il ne doit pas manquer cette occasion.

Falo est un vrai photographe, sans site perso.

Sa notoriété lui vient de son seul blog et cela n’est pas suffisant puisque c’est de son art qu’il désirerait vivre.

Si de cette compétition (et je répète que le mot même me révulse) il pouvait sortir quelque chose de positif pour lui, alors c’est que le mérite l’aurait emporté. Et si c’est par la voie de ce concours que nous avons tous découvert par hasard ici, et bien qu’importe !

Je lui aurais conseillé n’importe quelle autre occasion de se mettre sous les feux de la rampe si j’en avais eu connaissance.

 

 

J’ai aussi lu plus loin et selon une autre personne que le weblog personnel n’avait pas beaucoup d’avenir devant lui. Il allait, d’après ses dires, connaître, une fois passée la mode et l’engouement, la même triste fin que les sites persos, qualifiés d’en voie de disparition.

Ne subsisteraient que les blogs de journalisme, de politique, d’entreprises …

 

Les blogs en question ont, on peut le parier, en effet de beaux jours devant eux surtout pour ceux de la troisième catégorie : tout le monde s’accorde à dire que le blog d’entreprise est une alternative souple au trop lourd Intranet.

 

Mais cela n’exclut pas les autres, les blogs personnels.

Pour l’instant, ce sont les premiers ( les journalistes, les politiques) qui, malgré le battage médiatique fait autour d’eux, restent rares (et pas aussi lus que l’on veut bien le dire : qui, à part les spécialistes se penche sur le blog du politique ou du journaliste de service « on the blog » alors que les gens ne font plus bon accueil aux émissions télé teintées de politique et qu’ils lisent de moins en moins de quotidiens ?).

Usagère des transports en commun, je vois la rareté des voyageurs munis d’un journal mais je note surtout ce qu’ils y lisent : la transgression journalistique par le blog n’est vraiment pas ce qu’ils iront chercher le soir sur Internet, si tant est qu’ils en soient équipés.

On remarque par contre chaque jour des centaines d’internautes du type « Paul Martin » ou « Hélène Durand » ouvrir leur espace personnel de mots.

 

 

Quant à  la comparaison avec les sites perso, elle ne vaut pas pour deux raisons.

La première : les sites persos avaient un aspect figé : on ouvrait une page sur un thème, on pouvait le développer plus ou moins mais il y avait souvent à la clé une issue fixée d’avance.

Alors que le blog évolue avec son auteur.

Je vais citer l’un de ces sites persos qui me paraît bien correspondre à ce premier cas :

 

http://membres.lycos.fr/reno3000/dali.html

 

qui est un site sur Dali. Très beau site qui ne pouvait connaître de développement perpétuel puisqu’à le visiter on sent parfaitement que l’ambition de son auteur se limitait à ce qu’il contient.

 

La seconde : d’autres sites persos n’ont pas cet aspect figé et sont en constante évolution.

Je vais en indiquer un magnifique « spécimen », il s’agit du site autour de la  mémoire du cabaret « Le Chat Noir », constamment remis à jour et qui est un vrai bijou :

 

http://www.lechatnoir.free.fr/

 

 

ou encore cet autre, « remuant » chaque mois, celui autour de l’art et de la poésie d’un groupe actif du troisième âge :

 

http://perso.club-internet.fr/delpiano/index.html

 

 

et encore, je ne donne là qu’exemples de sites persos très rudimentaires.

J’ai vu, il y quelques heures chez son concepteur, un site destiné à promouvoir une œuvre architecturale en construction. Fonctionnant au moyen d’un logiciel Flash, c’était une pure merveille d’animation .

Mais, comme vous vous en serez rendus compte cette comparaison sites persos-blogs est de toute façon hors-sujet.

 

 

Un blog n’a rien à voir avec un site perso.

Un blog, c’est, au jour le jour, des milliers, maintenant des millions de gens qui re-prennent la parole et de plus la parole écrite par ce biais. Un triomphe de l’écrit au pays d’Internet dont on avait tellement dit qu’il l’étoufferait, cet écrit, qu’il l’anéantirait.

Revenons en donc à « Paul Martin » et à « Hélène Durand ». Tous, c’est vrai, ne tiendront pas leur blog longtemps.

Le brontosaure que je suis se souvient d’une déferlante de blogs de pré-ados ici sur U-blog, l’été de 2003 : il doit en rester quatre ou cinq aujourd’hui.

 

Mais je constate aussi quelque chose de nouveau : les trentenaires et les quarantenaires qui se mettent à bloguer assidûment…

Journal intime, pas vraiment. Tranches de vie plutôt, de plus en plus bien menées et surtout fidèlement poursuivies au gré du temps.

Ces trentenaires-quarantenaires-là, de plus, ne sont pas des quiches (comme moi) en informatique. La plupart ont fait leur blog avec leur petits doigts grâce à un open source.

Je pense à trois "blogs de dames" : Tarquine, Samantdi et Anne.

Ce n’est pas demain qu’elles vont cesser de bloguer et dans leurs liens, il y a des dizaines de gens comme elles. Trente liens ici, trente autres là (et Anne vient d’en ajouter de nouveaux) plus les trente de chacun des trente, non, n’en déplaise aux pessimistes, le bloguing perso a de très belles saisons devant lui.

Surtout avec les nouvelles fonctions : moblog, vocalisation des blogs par Readspeaker  et autres termes d’un sabir qui demeurera à jamais étranger à la misérable béotienne que je suis. Mais allez donc déjà voir chez Rhalph !

 

Je ne suis pas non plus persuadée, puisque j’ai lu aussi cet argument, que les blogueurs aient moins de talent que des écrivains publiés. On sait que l’édition, c’est la roulette russe pour le talent justement et on connaît aussi les motivations des éditeurs lorsqu’ils fixent des grilles d’appréciation à leurs « lecteurs » professionnels.

Editerait-on un Blanchot aujourd’hui ? Il m’arrive de me le demander.

Une chose est sûre pour moi : j’ai pu comparer les écrits « littéraires » de bon nombre de blogueurs avec ceux d’anonymes ou non sur des forums ( restons donc sur la Toile puisqu’on y est si bien) : je puis vous assurer qu’il n’y a pas, mais vraiment pas photo. L’avantage va aux blogueurs sans contredit.

Allez donc lire Gwen , Knoop, Lilalique ou Claire si vous en doutez .

 

Resterait à évoquer ( toujours sur le point de départ de ce que j’ai pu lire ici et là) la « névrose bloguesque ».

Accros à notre blog ? Oui, plus ou moins pour la plupart d’entre nous, mais joyeusement, de façon vivante.

Mais peut-on dire que l’on « devient » son blog ? Celui-ci est-il le lieu de la réalisation de soi par l’absolu exhibitionniste ?

Affirmer cela serait bien mal connaître la vraie « névrose » ( ce mot est une ironie en lieu et place du mot « passion » pour moi ici ) de l’écrivain.

L’un d’entre eux ( un de ceux que l’on édite) me racontait récemment n’avoir besoin que de quatre heures de sommeil, se coucher à 23 heures pour se lever à trois et écrire jusqu’à sept.

Or l’écriture « publiée » (éditée) est aussi exhibée puisqu’on n’écrit jamais que sur soi, quelles que soient les voies que l’on emprunte…

Et c’est heureux ! Sinon, nous n’aurions pas eu Proust . Ni Duras.

Quoi qu'il en soit, personne ne se prend assez au sérieux dans la vie pour exister à travers son blog, le blog n'existe que parce que nous existons. C'est notre existence qui le remplit et non le contraire.

 

Le blog a de plus l’avantage de n’être pas « autisme ». Contrairement aux « livres d’or » qui fleurissaient sur les sites persos, les commentaires sont là pour assurer une forme de dialogue bienfaitrice.

Bienfaitrice parce que des avis s’y échangent, des questions s’y posent, un rapport s’établit, d’où l’importance de cette notion de communauté au sein de laquelle l’individualisme est tout de même respecté. Pas besoin d’attendre le Salon du Livre pour savoir ce qu’on  a pensé de votre production ou de passer à « 100 minutes pour convaincre » lorsqu’un post suscite un débat. Les réponses tombent très vite, s’enchaînent. Cela aussi, c’est l’une des particularités des blogs et des liens tissés de plate forme à plate forme : éviter de publier en ghetto, avec un quarteron de seuls fans.

Les « passants » savent très bien vous remettre en question. Tous ne sont pas là uniquement pour assurer la claque.

 

Bon, je m’arrête là de cette réflexion, pour laisser la porte ouverte à la vôtre.

D’ailleurs, tout le reste de ce que j’ai pu lire ne mérite pas le moindre commentaire.