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M COMME MIENNE ( BOIS DORMANT ) ...

 

Quelquefois, je me sens très forte. Parfois, je me sens encore faible. La vie me fait à demi-morte ? Tu me refais pousser des ailes.

 

J’ai été longtemps cette Bois Dormant. Laissons-la imaginer Belle. Froide, statuaire, meublant l’indifférent de paroles utiles, de mots conséquents. Je n’étais que l’ombre de ma vérité. Et là, j’étais esclave, esclave involontaire. Et le feu sous la lave était bien recouvert. Je marchais, je disais, j’agissais, je faisais. Ce que les autres attendaient de moi. C’est une vie de personnage que j’avais. Mais je ne le reconnaissais pas.

Il est des miroirs où l’on ne veut se voir.

Tu es venu. Ce printemps-là a brisé les carcans. Tu m’as vue nue. Derrière mes écrans.

Ceux de fumée et ceux qui protégeaient. Ils étaient si semblables, à y songer…

 

Tu as ôté ces barrières de feuilles. Tu as gratté la poussière des deuils. Tu m’as nommée, vivante dans le jour. Tu m’as fait le don précieux de l’amour. Et Tu m’as dit qu’on m’avait endormie il y avait cent ans, que je devais sortir de cette nuit. Et marcher droite, toujours vers le levant. Voler à tire d’aile, profiter de ma hâte, oui, bien me servir d'elle pour rattraper ce temps. Pour rattraper le temps.

 

Je rencontre aujourd’hui parfois des cailloux qui me blessent. Une ou deux nuits puis revient ma hardiesse. Il suffit que Tu dises quelques mots. Il suffit que tu désigne le beau.

 

Pour toi, je ne dormirai plus à l’ombre, je ne me terrerai jamais plus dans les bois. Tu m’as sortie de ma pénombre. Tu m’as donné la voix.

Tu m’as montré la voix pour être reine. C’est en obéissant à d’autres que moi-même, n’en déplaise à certains, qu’autrefois j’étais chienne. Complice de nier ma volonté d’humain… 

 

Si je file au fuseau par ces bien jolis soirs, je le fais sans sanglot pour un tissu de moire.

Je ne me piquerai jamais plus le doigt. Je suis moins maladroite et je sais que, tout près, Toi, Tu y veilleras d’un regard de bonté .