Ce texte pourrait bien être dédié. Afin qu’il n’y ait aucune confusion, je dirais que, dans ce cas, les destinataires, pour être francophones, n’en seraient néanmoins pas en France…

 

 

 

C’était un profil hard sur un chat de rencontre. Je ne l’ai pas gardé et Lui non plus d’ailleurs.

Tout le monde n’est pas spécialiste des copier/coller. Celui-là, je regrette de ne pas l’avoir fait.

Il y faisait mention de pratiques inconnues ou qui me faisaient peur. De plus, pour Son plaisir mais aussi pour faire plaisir à d’autres, Il était l’organisateur de soirées SM sur sa ville. J’ai bien dit l’organisateur, pas « le professionnel » (j’y reviendrai un jour, ça a son importance).

Dans ce petit milieu qui caractérise le BDSM français, Il avait, comment dire, un nom, ou plutôt un pseudo. Connu.

 

Voilà qui était M. quand je L’ai rencontré. Le monde clos, secret, où je pénétrais pour de bon après tant d’années de fantasmes en 2002, Lui, y vivait depuis plus de vingt ans.

Alors, les « Maîtres », les « Dominateurs », les « Maîtresses », les « Dominatrices », les « soumis », les « soumises », les « switch », les « soumis(e)s-masos », les « soumis(e)s pas masos », les esclaves 24/24, les esclaves au mois, les esclaves au poids, les esclaves au doigt (et à l'oeil !), les fantasmeurs(ses), les vrai(e)s, les faux (sses), les bon (ne)s, les mauvais(e)s, la vénalité, la non-vénalité, les contrats, la philosophie du BDSM, la sécurité dans le BDSM , les trucs, les machins, le patati, le patata, les mots, les maux, les définitions, les règles, les poses, les instruments, bref tout le paquetage, Il connaissait.

Il pouvait et le vivre et en parler ou plutôt en écrire.

Grands Dieux, je me souviens d’un débat sur un forum qui parlait de sadisme… Ce n’est pas de la nostalgie, ce n’est pas de l’amertume : c’est un souvenir. Et un souvenir, c’est presque toujours du bonheur quand on remonte aux racines de son histoire d’amour.

 

Je L’ai trouvé clair, je L’ai trouvé sage, je me suis dit qu’un profil c’était bien réducteur.

Nous avons d’abord été amis. Amis chatteurs du soir. Puis amis au téléphone. Accros au téléphone en un troisième temps.

Jusqu’à se dire enfin qu’on était amoureux.

 

Jusqu’à se rencontrer. Faire ce pari fou.

La « guimauve » et le « hard », voir ce qu’il en naîtrait…

La femme qui m’avait précédée dans Sa vie voulait être appelée « ça ». J’ai lu quelques unes de leurs lettres. Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’Il se mettait toujours à la portée de celle qui Lui faisait face.

 

Maintenant, c’était moi.

 

Il ne m’a jamais demandé de L’appeler « Maître » ou « Monsieur ». Peut-être que d’autres avant avaient souhaité le faire… Je suis certaine que dans ce cas, Il l’avait accepté.

Comme je sais que ce nom de « Maître » ne Lui plaît pas. Pour en avoir tant croisé de nuls ou de malfaisants.

Parce qu’Il est convaincu que pour être « Maître (sse) », il faut tenir ce titre de quelqu’un (e).

Qu’on ne peut s’autoproclamer.

Et moi, je n’aimais pas non plus cette ostentation du vocabulaire. Je L’appelle donc par Son prénom et Marden quand j’en parle ou M. quand j ‘écris.

 

 

« Maître », Il L’est bien pourtant au sens que tous accordent à ce mot dans le milieu obscur.

Parce qu’Il guide, qu’Il fait progresser, franchir des étapes, qu’Il ne tient pas la laisse mais qu’Il donne le désir de la porter. Sereine. Et fière.

J’ai fait avec Lui déjà un petit bout de mon chemin. Il m’a transformée. Que l’on ne se méprenne pas, je veux simplement dire que si je ne suis plus aussi hésitante et crispée qu’au début, que si j’ai appris à donner et à m’abandonner, j’ai beau avoir évolué dans les « pratiques », ma mère continue à me reconnaître. J’ai dit qu’Il était « hard » : il n’empêche que j’ai encore toutes mes dents et qu’il ne me manque pas de lambeaux de peau. Mes cheveux ont même poussé !!

 

Fidèle à Lui-même, quand il s’est agi de me qualifier, moi, Il ne m’a jamais nommée Sa « soumise ». Il n’allait pas tout de même pas non plus me dire Sa « maso »… Son « esclave » convenait encore moins.

 

Alors, bien joliment, Il m’a donné l’épithète de Sa « docile »…

 

Je plains toutes celles et tous ceux qui n’imaginent pas le sens qu’Il met, que nous mettons derrière ce mot-là et ce qu’il signifie  de respect et d’amour…BDSM.