By Michael Maggid

 

M COMME METTRE ( EN DOUTE ) OU BDSM VIRTUEL ET MANIPULATIONS ...

 

Qui utilise qui ? La réponse est bien sûr, si on l’envisage au sens large : personne ou tout le monde.

Mais ce n’est pas celle que l’on attend « chez nous », hélas.

La deuxième possibilité est celle qui remporte le plus de suffrages : il doit forcément y avoir un(e) mauvais(e) consommateur (trice).

 

Les rapports humains quelle que soit leur forme, mais restons en à ceux amoureux, sont tous semblables. Soit l’on se place côté solaire et l’on admet l’idée du partage, de l’échange, de la réciprocité. Soit l’on se veut pessimiste et on considèrera que l’un des deux « grignote » l’autre…

 

En BDSM, la question qui revient le plus souvent, la grande prise de tête est « Qui utilise qui ? » ou mieux dit encore selon les termes en vigueur chez certains « Qui manipule qui ? ».

C’est parfaitement incroyable mais c’est la défiance absolue qui règne dès que les pratiquants se mettent à réfléchir à leurs pratiques. Comme s’il y avait des actions robotisées, comme si tout fonctionnait mécaniquement.

 

Je crois que c’est cette question si lancinante mais qui nie l’individu et son individualité qui m’aura petit à petit amenée à avoir envie de hausser les épaules et à ne plus m’intéresser aux discussions franco-françaises sur le sujet.

 

Le Maître qui devrait vivre et accomplir sereinement son rôle est perpétuellement en position d'alerte : la soumise ne l’utilise-t-elle pas, ne le manipule-t-elle pas pour parvenir à ses fins, des fins (fatalement obscures…) qu’elle ne pourrait que fort mal assumer intrinsèquement ?

 

Il n’est pas que les « Maîtres » à se soucier de cela. Certaines soumises ont un jugement sévère sur leur « sœurs » : pas assez carpettes, pas assez respectueuses.

 

C’est la vieille tradition du doute bien de chez nous : « Qui domine qui ? » qui ressort là . Hantise du Dominant : serait-il dominé quelque part "à l'insu de son plein gré"?

 

Les bases d' un rapport BDSM qui commence sont toutes voilées par cette question de principe.

 

Le fait que la soumise soit en attente de quelque chose est ressenti comme si étonnant (elle devrait n’être que page blanche ou verre vide et n’avoir aucune « intention ») que dès qu' elle exprime une volonté, une recherche, un besoin ou un désir, on pense immédiatement qu’elle veut « mener le jeu » et donc utiliser, manipuler l’autre.

 

Quant à la masochiste, pauvre d’elle, c’est pire en son cas ! Plus connotée encore comme volontaire et forte que la soumise dans un univers qui rêve d’esclaves, elle est l’objet de toutes les supputations de « dirigisme ».

 

Je me suis toujours demandée comment un rapport et encore plus un rapport amoureux pouvait naître de cette défiance.

Et bien, souvent, il ne naît pas. Tout simplement.

Les gens restent sur leur « quant-à-soi » et rien ne vient. Sinon des heures qui s’égrènent sur le clavier dans un monde virtuel, celui-la même où se font et se défont les réputations, lieu de toutes les aigreurs, de toutes les rancoeurs.

 

Car les soumises « non-serpillières » ont les mêmes chemins d’interrogation. Pour elles, être dominées ne signifiant pas être « conditionnées », être « objectivées » , elles regardent souvent avec crainte ou dédain les exigences impensables de tout dominant (minuscule ici volontaire) qui les aborde fort cavalièrement.

 

Dans cette affaire, il ne faudrait qu’un peu de bon sens et le rappel du vieil adage : « Rome ne s’est pas faite  en un jour. »

 

Il ne suffit pas d’arriver avec son étiquette pour avoir pour autant le droit de se servir comme dans un supermarché. Tout rapport se construit, patiemment, au jour le jour et plus encore dans un schéma érotique qui se veut tellement cérébral.

 

Dans lequel chacun apportant ce qu’il est, c’est lui pour lui et non un autre ( ou pire encore, dans un autre but) qui est CHOISI.

 

Et le fait de choisir implique la maturité de l’être, qu’il soit soumise ou Dominant, qu’il soit d’ailleurs n’importe quoi (le BDSM, quoi que certain(e)s pensent n’a pas le monopole de la difficulté de se constituer en couple), maturité indispensable pour vivre une relation duale, celle qui fait que l’on a dépassé le stade de l’utilisation ou de la manipulation de l’autre pour le regarder bien en face et si possible, ensuite, comme le disait Saint-Exupéry, regarder ensemble dans la même direction.

 

Et pour longtemps.