« Isa » est à mon avis un magazine féminin de qualité plutôt moyenne et relativement récent sur le marché.

Comme tous ses confrères, il accorde chaque mois quelques pages à la sexualité. Il propose donc dans son numéro de novembre une double page ( photo et article ) sur le fétichisme.

Rien à dire en soi. L’article grand public réussit à avoir une certaine teneur et à « expliquer » dans sa première partie ce qu’est le VRAI fétichisme ou tout au moins ce qu’on est censé connaître de ses racines. Pour conclure en affirmant que les femmes sont plus rarement fétichistes que les hommes, ce que je pense exact, bien que n’ayant jamais côtoyé personnellement de vrai fétichiste, homme ou femme.

 

Le sujet parle ensuite des femmes dans les soirées fétichistes, où l’auteur de l’article a, à mon sens, le tort d’englober libertinage, échangisme et SM. Même si il y a un je-ne-sais-quoi de ça dans l’air du temps, heureusement, on n’en est pas encore à voir ce copieux mélange se présenter avec toutes ses facettes à la fois en une seule et même soirée. Je crains bien que nous y venions hélas, de part tous les contresens qui s’accumulent ces dernières années.

 

En effet, nous assistons à une mode de la fetish-culture ( ou à une culture de la fetish-mode) qui envahit bien les soirées SM. D’où problème…

Et moulin auquel je vais apporter un peu d’eau en citant la dernière ligne de l’article en question :

« Souvent la femme n’est pas fétichiste mais répond aux tendances de son amoureux, en voulant jouer avec lui et lui sembler le plus désirable possible. »

 

Il est vrai que l’on voit une grande partie des femmes présentes dans les nuits dites encore ( voir plus bas) SM, être vêtues de pied en cap de ce fameux look « fetish » et l’homme qui les y a conduites n’est pas le dernier à montrer sa fierté.

Montrer, se montrer, tout cela me paraît de bonne guerre et même le but essentiel d’une soirée fétichiste.

Ce n’est pas celui des pratiquants BDSM pure souche.

 

Mais le « fetish » est tant et si bien devenu « in » que je viens de m’apercevoir sur le Web que les deux clubs parisiens considérés comme les hauts lieux du SM français se définissent sur leurs sites respectifs, le premier comme un « bar fétichiste », bien que les photos du lieu soient clairement orientées SM, et le second comme un "club fetish-SM" avec pourtant une disposition de l’endroit façon SM sur le même modèle que son concurrent.

 

Conclusion aisée à tirer : le fetish est « la dernière tendance de la mode » et c’est nous qui en définitive serions quasiment de trop en nos anciens repaires.

 

Pour en revenir à l’article, à ma connaissance, je ne connais en revanche aucun club libertin ou échangiste s’ajoutant « en rab » l’étiquette fetish. Serait-ce que ceux-là ont tout simplement une clientèle suffisante pour n’avoir pas besoin de ratisser plus large ?

 

M. et moi avons toujours été clairs là-dessus, fetish et SM n’ont qu’un très lointain cousinage et rares sont les pratiquants qui ont vraiment les deux tendances.

 

Je me souviens, il y a quelques années dans un Donjon parisien, d’une splendide créature blonde, cheveux en lourd chignon, entièrement vêtue d’une combinaison-pantalon de vinyle noire luisante du meilleur effet, avec découpages savants aux endroits stratégiques, collier et laisse en sus bien sûr, laisse tenue orgueilleusement par l’époux.

Après plusieurs allers-retours dans les différentes salles aux différents étages sous les regards admiratifs du public, SM y compris, ils finirent par prendre place sur une banquette tout près de l’entrée d’où il ne bougèrent plus de la soirée, ne s’intéressant à rien ni à personne, hiératiques, magnifiques...

A chaque coup de sonnette de nouveaux arrivants, le mari raffermissait la pression sur la laisse et la jeune femme redressait le chignon.

Elle se tenait les jambes croisées, un pied négligemment pointé, pour mettre en valeur les bottes à talons géants qui accompagnaient la tenue.

Je précise que les jambes croisées font partie des poses « interdites » à une soumise selon «  Les Règles » ( celles dont je me fiche mais là, c’est pour bien vous montrer et la perfection du paraître et son imperfection notable à la fois).

 

A l’aube, lorsqu’il fut temps de déserter, en décroisant les jambes, la superbe dame s’aperçut que, sous je ne sais quel effet, chaleur, transpiration, les deux parties de son pantalon situées au niveau des cuisses s’étaient collées l’une à l’autre et que, en s’écartant, le ton rutilant du noir vinyle du début de la soirée laissait place à du plastique fripé et pelant, comme s’il avait été traité au dissolvant.

Elle en pleura à chaudes larmes tandis que le mari demandait au tenancier du lieu s’il y avait un liquide, une crème pour traiter la matière et lui rendre son aspect initial. C’est que, comme il ajouta, l’objet était précisément neuf, acheté pour plus de 3000 francs ( on n’en était pas encore à l’euro) pour cette soirée et, disait-il, ils avaient espéré que cet investissement pourrait servir dans plusieurs clubs…Lequel tenancier fut désolé de leur répondre par la négative. Pas de potion magique !

 

J’eus envie de leur dire qu’ils n’avaient pas tout perdu, qu’il leur restait collier et laisse…

Mais il était évident que cela ne leur servait que bien peu…

 

Voilà une anecdote qui vous aura, je l’espère, fait sourire et montré ce que donne le mariage de la carpe et du lapin dans les nuits parisiennes fetish-SM.

 

Il est évident que si la mode devait persister dans ce sens, si le vent continuait à souffler dans le sens des fetish-fashion « natures mortes » victimes du paraître, on peut aisément imaginer que, s’ils en venaient à ne plus supporter d’avoir à « voir », eux qui ne veulent que « montrer », dans ce qui devient peu à peu « leurs » clubs ou bars, les jeux « animés » des dinosaures SM traînant encore là, ils auraient d’avance le dessus de part leur nombre.

 

Ce jour-là ?

Et bien, on restera à la maison.