J’ai trouvé quelque peu saugrenue, il y a quelques jours, l’idée du gouvernement de célébrer les 20 ans de la disparition de François Truffaut en remettant à Jean-Pierre Léaud une des prestigieuses médailles de la République. Il y aurait eu tant d’autres raisons de rendre hommage à Léaud !

 

J’ai été une inconditionnelle de Truffaut. Pour moi, il est l’un des rares cinéastes au monde à avoir su filmer la passion.

Souvenez-vous d’Adjani hallucinée errant dans les rues de Hallifax ( Histoire d’Adèle H.)…

D’un des plus beaux dialogues du cinéma : Deneuve murmurant à Belmondo qu’elle tue : « Je vous aime » et de la réponse de celui-ci « Je te crois » dans les ultimes images de « La sirène du Mississipi ».

De l'ambulance emportant les deux corps morts mais si vivants de Fanny et de Gérard dans l’ouverture de « La femme d’à côté ».

 

Sans oublier « Jules et Jim » ( et Jeanne)…

« Les deux anglaises et le continent ».

« La chambre verte ».

Etc.

 

De lui, je pense aussi qu’il était vraiment « L’homme qui aimait les femmes ».

 

 

Je me suis souvent demandée comment Truffaut filmait.

Voici donc mon hommage à moi, une lettre tirée de sa correspondance ( Le Livre de Poche) et adressée à un scénariste depuis Paris, le 22 juin 1960 :

 

Cher Monsieur,

 

Vous me faites trop d’honneur en me demandant des conseils ; je n’ai jamais réalisé un découpage et je ne sais jamais où je mettrai la caméra, 1 heure avant le tournage, c’est à dire avant d’avoir vu les acteurs se mouvoir dans le décor. Donc je suis sidéré par votre travail et béatement admiratif.

Je n’ai jamais rien compris aux flashes-back et c’est pourquoi d’ailleurs je ne comprends rien à mon nouveau film* qui comporte un long retour en arrière au milieu. Donc, je n’ai rien compris à votre "sujet" que j’ai lu en entier, il y  quelques mois, et en résumé, à l’instant.

Les films ressemblent aux gens qui les font, c’est pourquoi vous n’avez pas de souci à vous faire ; je n’aime pas lire les scénarios, surtout quand ils sont remplis d’abréviations mystérieuses ; invitez-moi à voir le film terminé et là, je ne me défilerai pas pour vous dire ce que j’en pense.

 

                           Cordialement vôtre,

                               François Truffaut

 

* Tirez sur le pianiste