"LE CRI " DE MUNCH

 

M COMME METAPHORE 4 ( LE LANGAGE DETOURNE ) ...

 

Je vais répéter en préambule mon avertissement habituel : je ne parle que de ce que je connais personnellement. Donc, ici, il n’y a pas de vérité absolue à lire…

 

Post pas évident à faire : j’espère seulement réussir à être assez claire pour être comprise.

 

Sadique, masochiste : voici deux mots qui interpellent. L’un plus que l’autre d’ailleurs. Si l’on se fonde sur la seule littérature, le ( la) masochiste aime, est capable d’amour. Il (elle) réclame sa ration de chair froissée et de douleur extrême certes, mais il est aussi attentif à l’autre, à celui ou celle qui la lui procure ( lire Florence Dugas ou le bon vieux Sacher-Masoch).

Le sadique, lui, n’aime pas. Laissons de côté Sade même mais songeons à « L’anglais décrit dans le château fermé » de Mandiargues…

 

Comment donc peut-on se déclarer ouvertement sadique ? C’est pourtant un choix proposé aujourd’hui dans les CV de quelques sites, comme existe aussi depuis peu une rubrique « masochiste » . Il n’en était pas ainsi « de mon temps ».

 

Ce que je sais, c’est que pour reprendre et inverser la fameuse formule, moi, UNE masochiste, si je me trouvais face à UN vrai sadique, je fuirais…

 

Je l’ai assez dit : autrefois, lorsque je remplissais ce genre de profil, je n’avais pas alors suffisamment de paix intérieure et de connaissance de moi pour, si ce choix m’avait été offert, cocher les deux cases : soumise ET masochiste. Et pourtant, le lien entre les deux mots me paraît tout à fait possible. Parce que ni l’un ni l’autre ne sont une négation de l’amour.

 

En revanche, le lien entre Dominateur ET sadique me semble antinomique.

 

Une fois, une seule, j’ai virtuellement rencontré (par ses écrits donc) un homme qui pouvait prétendre correspondre à ces deux termes à la fois. C’était explicable et clair comme de l’eau de roche lorsqu’il s’exprimait. De ses textes filtraient une fissure irrémédiable dans l’enfance qui en faisait un abandonnique, une soif inextinguible de pouvoir en son âge adulte, doublée d’une angoisse de mort qui , je l’admettais, pouvait faire de lui à la fois un Dominateur ( le sens du pouvoir) et un sadique ( les deux autres aspects cités qui mariaient si bien Eros et Thanatos)…

 

Faire souffrir pour se sentir vivant et aimer la souffrance de l’autre ( son ou ses esclaves, comme il disait…) pour la (les) sentir vivante (s) elle (s) aussi. On était bien dans le plus cérébral des mécanismes (névrotique certes, mais qui n’ entre pas dans ce cadre d’une manière ou d’une autre ?) et je dois dire que j’ai reconnu la démarche de cette personne comme compréhensible. Parce que je le croyais capable d’amour et donc sadique, peut-être, MAIS jusqu’à un certain point seulement. Tout comme je lui reconnaissais son « étiquette » de pratiquant BDSM.

 

J’ai dit « compréhensible ». Je n’ai pas dit « sympathique ». D’ailleurs le personnage en question ne l’était nullement. Mais on peut avoir envie de comprendre quelqu’un même si on ne l’aime pas. Peut-être encore plus quand on ne l’aime pas. Connaître les « pourquoi » qui agissent en obscures forces de part et d’autre. Ce sont là les méandres de l’esprit humain. Ainsi va la vie…

 

 

De toute façon, il était de ceux qui, donc, m’auraient fait prendre la tangente…

 

Quant aux autres …

 

Premier cas : celui qui ne serait QUE sadique : à part l’imaginer s’être trompé de case en cochant, ou l’avoir fait pour la frime ou la provoc’, ou encore se prendre pour la réincarnation de Sade en personne, on voit mal ce qui l’ amènerait à se déclarer ainsi… Un VRAI sadique uniquement sadique risque de finir à la une des journaux tôt ou tard  (voir la fin de « L’Anglais… » de Mandiargues évoqué plus haut) et je ne pense pas que le vrai sadique entre dans le cadre du BDSM puisque l’acronyme sous-entend une consensualité alors que le sadisme est un « plaisir » en solitaire ( je mets volontairement « plaisir » entre guillemets et je le souligne bien )…

 

Deuxième cas : un Dominateur ET sadique donc…. Perplexité…Celui-ci veillerait à ne pas se proclamer ainsi.

 

Et là, je parle pour avoir naguère frôlé l’incident sérieux moi-même.

L’individu en question, rencontré sur un chat il y a longtemps, bien avant d’y connaître M., était beau parleur. Nous avions partagé trois restaus et deux cinés.

Au premier (et unique, on comprendra pourquoi ) rendez-vous intime, après m’avoir liée solidement, il me battit longuement à coups de planche de bois. Une vraie planche de menuiserie. Pas un paddle. Tout en répétant spasmodiquement d’une voix altérée son désir de faire de moi son chef d’œuvre.

 

Ce fut « l’œuvre au noir » ou tout au moins un chef d’œuvre de la période « bleue » puisque c’est la couleur que mes côtes revêtirent pendant plus d’un mois.

 

Sadique, oui. Mais il ne l’avait pas dit.

Dominateur, non. Mais c’est ce qu’il avait pourtant dit.

Et en aucun cas pratiquant BDSM.

 

Je n’ose donc pas imaginer ce qu’il adviendrait de femmes masos ou soumises qui souhaitant jouer avec le feu, répondraient aux invitations d’un sadique. Ou d’un Dominateur sadique.

 

Alors que ce texte n’était qu’en gestation, c’est à dire qu’il n’y avait pas une seule ligne de tapée, nous avons beaucoup discuté, M. et moi. Je pense qu’Il craignait que je ne m’exprime qu’avec une certaine raideur sur ce sujet.

Il a donc jugé bon de me rappeler le plaisir qu’Il prenait à provoquer ma douleur (et non ma souffrance, nuance de taille !) et à en lire l’expression sur moi.

 

Il me paraît évident que dans le BDSM les composantes sadisme et masochisme coexistent, mais elles sont noyées, dans notre cas ou dans celui des gens comme nous, dans l’ensemble d’une relation amoureuse, vivante et évolutive. Qui est le meilleur de tous les garde-fous.

De plus, ces deux composantes me paraissent présentes dans tous les individus, qu’ils se réclament ou non du BDSM…

Et je crois même que parfois les deux pulsions sont à parité de dosage chez un être quel qu’il soit, quelles que soient ses « tendances » sexuelles…

Alors, je concède à M. sa part de sadisme mais pas l’épithète de sadique.

Il me répondra ici s’Il Le désire…

 

( Au fait, comment peux-Tu ne pas comprendre que si je Te pensais sadique, je ne serais pas avec Toi ?

J’aime que Tu me fasses mal et Tu aimes cela aussi ? Bon, et après ?

Jaloux comme Tu es, je ne puis imaginer une seule seconde que Tu fantasmes de me faire prendre sauvagement par une multitude de domestiques en livrée (que Tu n’as pas !), pas plus que de me faire parcourir, de plaies profondes en horribles souffrances, les cercles concentriques des 120 jours de Sodome …

D’ailleurs, je Te rappelle humblement, ô Maître ( !!! ), que l’Enfer Dantesque et ses corollaires Sadien et Pasolinien sont MON domaine d’études réservé, na !)

 

En fait, ce texte n’est à lire que comme un signal d’alerte de plus. Car on ne détourne jamais impunément les mots, même en toute bonne foi, en croyant leur avoir offert un lifting ou une version "light "...

Tout comme la femme soumise est presque toujours perçue comme une proie sexuelle de choix ( femme facile ) chez les faux pratiquants qui se croient vrais, je pense que le fait de pouvoir se dire ouvertement sadique va amener chez certains quasi-psychotiques l’idée qu’ils ont fait un coming-out qui leur donne le droit de taper à bras raccourcis et sans mesure sur tout ce qui passera à leur portée.

 

Parce qu’ils ne distinguent pas (ou plus) la métaphore du réel .

 

Signal d’alerte donc puisque ceux-là sont malheureusement assez nombreux dans le monde BDSM virtuel…