« Erika Kohut, professeur de piano, entre en trombe dans l’appartement qu’elle partage avec sa mère. »

 

Ainsi commence « La pianiste » de Elfriede Jelinek, roman paru en 1988.

 

Elfriede Jelinek a obtenu ce jour le prix Nobel de littérature 2004.

L’écrivaine autrichienne, née en 1946 a pourtant quasiment toujours été entourée de scandale lors de la parution de ses titres les plus connus...  Ses personnages très connotés sont cependant toujours profondément ancrés dans la réalité sociale de l’Autriche dont elle fait une satire plus que caustique, féroce même ! Pour résumer un peu schématiquement, l'Autriche de Elfriede Jelinek est celle de la génération des fils et filles de ceux qui furent complices de l'Allemagne nazie. D'où un débordement, un vomissement verbal et pourtant, parfois, quelques lueurs musicales proches de l'élégie. 

Proche de l’inspiration d’un Thomas Bernhard , c’est, chez Elfriede Jelinek aussi, l’humour qui permet de sauver le lecteur de la monstruosité de certains des protagonistes qu’elle met en scène. Je pense particulièrement  à « Lust », paru en 1989.

 

 

Si quelqu’un désirait découvrir Elfriede Jelinek, c’est par cette fameuse «  Pianiste » que je conseillerais de débuter.

Ce roman, que certains disent autobiographique, narre la vie d’une musicienne de talent complètement enfermée dans une relation mortifère avec sa mère et qui ne trouve, pour s’en délivrer un peu, qu’une lente dérive dans l’univers pornographique des sex-shops, l’auto-mutilation et la tentative vouée à l’échec de mettre en place une relation sado-masochiste avec l’un de ses étudiants.

 

L'adaptation cinématographique tirée de cette œuvre valut à son réalisateur Michael Haneke un Grand Prix du Jury à Cannes en 2001, ainsi que le prix d’interprétation féminine à Isabelle Huppert et celui de l’interprétation masculine à son partenaire Benoit Magimel.

 

Le film fut très décrié, tout comme l’avait été le roman, partout mais aussi  « de par chez nous »…

 

Cela n ‘a rien d’étonnant lorsqu’on sait combien nos plus éminents « spécialistes » répugnent à analyser le contexte social de nos pratiques.  Pourtant…

 

Citation source AFP :

 

"Ces romans représentent chacun dans le cadre de leur problématique un monde sans grâce où le lecteur est confronté à un ordre bloqué de violence dominatrice et de soumission, de chasseur et de proie", selon l'académie suédoise.

"Jelinek montre comment les clichés de l'industrie du divertissement s'installent dans la conscience des êtres humains et paralysent leur résistance aux injustices de classe et à la domination sexuelle", a écrit le jury.

 

 

Pour ma part, je me réjouis ce soir de ce Nobel remporté par une femme, imprécatrice de surcroît…

Elfriede Jelinek, qui vit quasiment en recluse, ne se rendra pas à Stockholm pour y recevoir son prix.

Ceux qui lisent l’allemand peuvent la retrouver sur sa page Internet :

 

 

http://ourworld.compuserve.com/homepages/elfriede/