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M COMME METAMORPHOSE (3) : LA PRESENTATION ( NOUVELLE 2 ET FIN ...).

 

« La présentation » est une nouvelle, c’est à dire une pure fiction, inspirée des deux photos qui l’illustrent. Elle ne concerne donc aucune personne vivante ou décédée et toute ressemblance serait tout à fait fortuite. En revanche, la « situation » qu’elle évoque se produit fréquemment. Ce texte ne s’en veut qu’une représentation, une interprétation possible au travers d’un personnage…Il ne clame donc aucune vérité et se veut tout au plus une pochade, un clin d’œil…

 

LA PRESENTATION ( NOUVELLE : 2 ET FIN)

 

Il parle d’elle à la troisième personne, l’évoquant sous son nom de soumise, énumérant les étapes de son dressage, sous des murmures d’approbation. Il n’oublie pas non plus  ses défauts et là, fusent quelques quolibets…

 

Tu fais l’article, tu détailles et tiens, les hommes ont brusquement retrouvé une voix. Ils se préparent pour la suite quand ils pourront, pensent-ils, enfin goûter à la proie…Même cette digne dominatrice roule des yeux intéressés… C’est risible, c’est déprimant…

Tu as bien raison, ce soir, nous allons passer dans une autre phase…Je ne serai pas venue là pour rien… Comme tu me l’as si bien enseigné, la soumission est un chemin…

 

Il prend un de ses seins en main, le soupèse, évoque leur sensibilité, les « traitements » qu’il leur inflige. Une femme qui doit bien le connaître lui tient une main sur l’épaule et le regarde en buvant ses paroles et en faisant maints signes d’assentiment. C’est la femme qui invite, une ex-soumise…

 

Elle doit être contente, celle-la, que l’attention soit détournée au moins pour ce soir, de la jeunette filiforme et latexée que son mari tient nonchalamment en laisse… On n’est pas jaloux dans ce milieu, non…On consent, on est complice, on se dit affamée de scènes…Comment a-t-elle dit tout à l’heure ? «  Moi, de soumise, je suis progressivement devenue voyeuse… C’est cérébral, mon plaisir passe par les yeux… Et mes yeux sont ravis des spectacles que Jean m’offre. »

Elle avait même caressé la joue de la rivale.

En tout cas, elle, ne comptant plus les années au compteur en est à ne plus même montrer ses bras dans la robe qui la voile et qui doit coûter deux mois de mon salaire…

 

La présentation continue : il lui demande de prendre des poses ; elle s’exécute . Ils approuvent ou réprouvent selon la posture.

 

La soumission est un chemin : le nôtre s’achève en ces lieux.

Quand tu m’as demandé de venir ici, j’étais encore sous ta coupe… J’ai tout fait comme à l’accoutumée, c’est à dire sans remettre quoi que ce soit en cause. J’attendais néanmoins que tu m’entendes puisque j’avais initialement refusé et que je ne cédais que sous ton « chantage » habituel : « Si tu ne pas…moi ne plus… ».

Je l’ai espéré jusqu’au bout, jusqu’à ce que tu me téléphones que tu arrivais et que j’avais intérêt à être prête…

Nous avons fait ensemble de la route, c’est vrai…. Grâce à toi, j’ai appris ce que je ne veux pas : cette soumission artificielle dans ce monde artificiel. Tu m’as donc transformée, métamorphosée : aujourd’hui, c’est fini, je te quitte, j’ai des ailes pour voler seule, je sais que je rencontrerai tôt ou tard le « maître » que je recherche.

Tu vas avoir d’ici peu des surprises. J’ai moi aussi passé un coup de fil avant de partir. Et encore, ta soirée ne sera pas terminée…Il y a une petite lettre que j’ai placée tout à l’heure dans ta poche. Tout comme toi, je sais faire dans le détail : tu y trouveras mes comptes de ces trois ans…

 

Il s’est tu enfin.

La fête peut commencer pour les autres. Un homme s’avance et empoigne les seins de « la présentée » à pleines mains en serrant très fort.

 

La sonnette retentit. La vieille domestique qui les a introduits tout à l’heure apparaît, très gênée. Elle ne sait visiblement que faire. Puis elle se décide et dit : « C’est le taxi de Mademoiselle V… qui est là… ».

 

Je repousse cet homme fermement, je me lève, j’ôte mon masque je le pose sur une table : ce sera leur seul trophée ce soir. J’ébouriffe un peu mes cheveux. Je prends ma cape enroulée au pied d’un fauteuil , je m’y drape et je sors sans un mot.

Eux non plus n’ont rien dit…Quant à toi, je crois que tu étais tout bonnement sidéré…

Dans le vrai sens du mot sidération.