Marlon, quand je suis tombée amoureuse de lui, il hurlait à la mort sous le pont d’un métro parisien et puis il s’approchait d’un vieil immeuble où il y avait un appartement à louer.

Le tout sur une musique déchirante de Gato Barbieri…

 

Oh !  Je le connaissais depuis longtemps, j’étais une habituée du Ciné Club à la télé et sa voix inimitable ne m’avait pas échappé.

Mais amoureuse, ce fut à cause du Tango, de cette dernière réplique lorsqu’il s’effondre sur le balcon « Nos enfants s’en souviendront »…

 

Faut dire qu’il était vraiment sexy ! On l’oublie un peu trop pour ne retenir que le Brando ventripotent des ultimes films mais tout de même, le tee-shirt du « Tramway », le blouson de cuir de «  L’Equipée » et puis ces yeux, cette bouche, cette voix….

 

Brando, pour moi, c’est donc « Un tramway nommé désir », «  Viva Zapata »,« L’équipée sauvage », « Sur les quais », « L’homme à la peau de serpent » « Jules César » etc etc…

 

Mais aussi « Le Corrupteur »… Ah ! Quel film ! Je vous en parlerai un jour…

 

Et « Le parrain », bien sûr…

 

Et «  Apocalypse now ». Si peu de mots et un si grand choc sur pellicule.

 

Et , et …tant d’autres.

 

Mais amoureuse, ce fut à cause du Tango…

Parce que tout Marlon était là-dedans… Bertolucci reconnaît lui-même que Brando a écrit une bonne partie de ses répliques…

C’est l’histoire d’un homme qui essaie de faire triompher Eros contre Thanatos. Bien sûr, ça finit mal. C’est beau, c’est bouleversant et lui y est sublime.

Ce n’est pas le film porno-érotique que toute la bonne presse bien pensante essaya d’en faire à l’époque. Moi, c’est le plus beau film d’amour que je connaisse.

 

De Marlon , Jack Nicholson a écrit : « Il est celui qui nous a rendu tous libres devant une caméra ». Pas faux, il était spécial comme acteur, le Marlon, vous savez. Un monstre sacré.

Rebelle, d’une lucidité à toute épreuve, irritant pour ses metteurs en scène (Brando n’apprenait pas ses répliques), Marlon aura connu une carrière en dents de scie.

 

Je crois qu’il s’en fichait comme d’une guigne. Et je crois même qu’il se fichait du cinéma. Marlon, c’était autre chose, une conscience éclairée mais inclassable. Atypique complètement, scandaleux, et c’est pour ça que je l’aimais. Il est tout de même l’un des rares à avoir refusé un oscar pour une cause pas très bien vue….

Ces dernières années, il acceptait de temps à autre d’apparaître à prix d’or dans un navet pour renflouer les caisses.

 

Faut dire que la vie n’aura pas gâté sa vieillesse. Tout le monde connaît ses tristes histoires de famille et la vente de l’îlot des mers du Sud tant aimé….

 

Je viens d’apprendre par la radio la mort de Marlon à Los Angeles. Je ne sais pas de quoi il est mort.

J’ignorais même qu’il habitait là. Pour moi, sa dernière adresse connue aux USA était sur Mulholland Drive. J’y pense tout à coup : clin d’œil de Lynch, hasard ?

 

Vous pouvez lire les mémoires « officielles » de Marlon. Elles s’appellent « Les chansons que m'apprenait ma mère ».

Si vous voulez le voir comme je le vois moi, lisez « Le dernier amant de Sainte

Sarah », un roman d’Elisabeth Huppert ( oui, la sœur de …)..

 

Ou bien, fermez les yeux un instant et essayez de retrouver sa voix , sa voix inimitable.

 

Fait chier la mort ! Marlon, moi, c’est for ever…