PHOTOGRAPHIE COLD INSIDE

M COMME MA REVOLTE ...

 

Ma révolte aura pris des chemins de traverse…

Si elle est présente quant au BDSM devant les femmes mal traitées ( je l’écris volontairement en deux mots) elle n’est au fond que l’écho de la même révolte quotidienne.

 

J’ai toujours défendu les droits des femmes et leur égalité ou tout au moins l’égalité de traitement qu’on leur devait par rapport aux hommes, partout : dans le monde du travail, dans celui des droits juridiques et sociaux.

 

Dans le monde BDSM, coexistent deux femmes : la soumise, l’esclave qui est réellement la proie et la « victime » de tous ces faux maîtres en déficit de relation affective ou qui cultivent une image de la femme si piteuse et  depuis si longtemps qu’ils choisissent ce moyen-là auquel ils donnent le nom de « domination » pour enfin trouver un exutoire.

Je suis quasiment convaincue qu’il y a moins d’un quart des dites soumises qui acceptent avec joie et plaisir d’être ainsi mal considérées par ces hommes. Je pense que, comme moi autrefois, elles croient ( on leur a assez lessivé le cerveau avec ça) que c’est la norme et qu’une « bonne » soumise est la chienne de son maître.

Mais le monde SM n’est pas une prison, une femme peut y évoluer très vite ( je l’ai bien fait, moi) et il arrive heureusement que la conscience de la vérité et non celle des faux rites remonte à la surface.

« J’en ai tant vu qui s’en allèrent  » comme l’écrivait Aragon.

Pour trouver meilleure cheminée, meilleure chaleur, et surtout vrai Maître.

 

L’autre femme, c’est la Dominatrice : elle jouit d’une vénération et d’un respect absolus de la part des hommes soumis. C’est tellement fort, c’est tellement trop que, de l’autre côté de la même barrière si je puis dire, il y a un fossé qui sépare la femme soumise de l’homme soumis.

Jamais, nous n’aurions les buts sexuels, cérébraux qu’ils disent rechercher. Trop d’emphase, trop de demande d’humiliation, de châtiments…

Si la soumise est traitée comme une serpillière par son maître, malmenée à outrance, ce maître ne fera pas long feu.

La dominatrice lambda , elle, est d’autant plus idolâtrée qu’elle est injuste, cruelle, machiavélique, une caricature de Messaline et d’Agrippine  à elle seule…

Et elle se complaît dans ce rôle tant elle est faite ainsi.

 

Ce n’est pas une vraie dominatrice. Et oui, des fausses , il en existe comme il existe de faux maîtres. Sans même parler d’un facteur spécial qui est qu’une partie des dominatrices sont, d’une manière ou d’une autre, vénales…

La « vraie » Maîtresse existe, c’est celle qui a suffisamment de recul  par rapport à ces choses-là mais aussi d’attention et de respect pour l’autre. Je ne parle pas même d’amour.

Pour prendre un exemple connu, je pense que Françoise Allain ( dont vous pouvez lire sur ce sujet le livre « Suite ») est de celles-là.

D.L ( pardon si je ne mets que ses initiales) est aussi de ces grandes dames. Son site Internet en témoigne.

Et dans un tout autre registre, plus mondain dirons-nous, Annick Foucault ( dont je vous ai parlé du « Françoise maîtresse ») est aussi des intègres que je veux saluer ici…

Il en est de même de Jeanne de Berg ( Catherine Robbe-grillet) dont on peut lire le superbe "Cérémonies de femmes".

 

J’aime mes frères soumis. Encore une fois, je déplore ceux qui se laissent aveugler par des feux de Bengale mais je suis en phase avec ceux qui ont une vraie recherche. Une recherche de duo.

La chose est bien moins aisée pour eux que pour nous, femmes. Il s’agit là de simple arithmétique : il y a infiniment plus d’hommes soumis que de Dominatrices, d’où une forme de surenchère dans le comportement de ceux-ci pour attirer l’attention de celles-là…

Les pseudos que prennent les hommes soumis sur les « chats » m’ont toujours fait hurler ! De rire au moins. Je ne peux pas en inventer un seul ici pour le caricaturer tant je suis sûre que je tomberais à coup sûr sur un pseudo existant quelque part qui viendrait aussitôt me chercher querelle mais je laisse libre cours à votre imagination : dans le glauque, le pire, le ridicule, vous pouvez aller très loin et vous serez dans le vrai encore !

Quant aux dominatrices qui se laissent aller à cette ivresse du nombre, elles peuvent être pires que leurs confrères au masculin : je les ai lues souvent revendiquer avec gloire et orgueil les quatre ou cinq hommes entre lesquels elles se partageaient et auxquels elles donnaient avec le plus grand sérieux du monde le nom de « cheptel ». Je n’évoquerai même pas comment elles les « traitent ». Là aussi, la distance et le virtuel ont bon dos pour créer autour d’un homme toute une aura de conditionnement qui va l’amener à se mettre à obéir au doigt et à l’oeil pour de multiples aspects de son quotidien à une femme qu’il verra au maximum deux fois par an. Il est heureux : il a enfin une maîtresse , même à mille bornes, et quant à elle, elle en compte un de plus à son panneau de chasse!

 

Qu’il soit bien clair ici que je n’évoque même pas dans cette triste analyse les dominatrices de pacotille qui se donnent en spectacle dans les soirées et qui sont en fait les soumises d’un maître auquel elles obéissent pour lui « donner à voir » le spectacle qu’il veut et qui passeront de la cravacheuse sévère à la cravachée implorante dans l’heure, au bon vouloir de ce dernier.

Pauvres soumis ( et quelque fois soumises lorsqu’elles « chassent » pour leur « seigneur ») qui ne seront que les pigeons ou les dindes de la farce. On sait combien je n’aime pas les prédateurs, qu’ils soient hommes ou femme, en nos contrées.

 

Cela dit, j’ai rencontré des soumis heureux avec une Maîtresse, vivant la dualité, la complicité et le partage d’une très belle histoire. Je connais même quelques sites persos ( pas des weblogs) qui le racontent fort bien …

 

Cependant pour en revenir à mon idée de départ, dans notre milieu, ce déséquilibre entre ces deux « figures » de femme m’a toujours étonnée…Parce qu’on se demande si la raison profonde, socio-politique, dirai-je, dans un cas comme dans l’autre, n’ est pas pour finir une immense crainte, un immense déni de la femme vraie. Parce que la statue dorée sur son piédestal au fond n’est pas plus réelle que la pauvre fille que l’on convainc que sa place est là, à japper aux pieds du grand homme.

 

Et c’est cela qui m’inquiète. En tant que femme toute simple, femme lambda.

Le BDSM est le lieu où se lit le mieux ce que sous-entendait Jean Eustache lorsqu’il choisit pour titre de l’un de ses films « La maman et la putain ».

Et ce n’est pas la moindre des ambiguïtés de chez nous… 

 

De la carpette à l’idole, où sont les femmes ?

 

Réedit du 1/07/04 : La photographie choisie pour illustrer ce texte se voulait la métaphore de ma réflexion. La femme de l'image, est-elle soumise ou Dominatrice? La vêture signifie-t-elle réellement quelque chose? De même que la cravache à la main?

Sur cette image, on peut inventer une double histoire. De là, mon refus ( voir titre "Ma révolte") et non mon affirmation personnelle d'une dichotomie fatale et nuisible entre ces deux figures de femmes.

C'est l'opinion masculine et elle seulement que je voulais refléter ici.

Je n'ai peut-être pas été assez claire sur ce point et donc fatalement mal comprise de certain (e)s .

Qu'ils (elles) veuillent bien m' en excuser...