M COMME MA JAPO-NIAISERIE ( ROMAN- PHOTO ) ...

 

Cette nouvelle n’a aucune prétention littéraire.

D’ailleurs, son titre, « Ma ( Japo) Niaiserie » l’indique assez bien. Grande amatrice de l’art photographique de Norio Sugiurai, je suis tombée il y a une quinzaine de jours, sur cette série qui n’est curieusement en rien caractéristique de ses images habituelles. J’ai ensuite laissé vagabonder mon esprit autour de certaines d’entre elles pour vous livrer, en quatre parties cette « chose » dont la forme et le titre ironiques de « Roman Photo » me permettent de vous en proposer quelques unes à voir… Pour ce qui est de Norio Sugiurai  et de son œuvre, je garde cela pour plus tard, à une autre lettre de l’alphabet…

 

A Toi, sans qui ce weblog n’existerait pas…

 

ROMAN PHOTO 1.

 

 

Un domestique de la maison Hasegawa est venu me dire aux premières lueurs de l’aube que Shiori viendrait me rendre visite cet après-midi.

Je n’ai pas assisté aux funérailles de sa mère, j’ai simplement envoyé Ayaso, ma vieille servante, apporter mon cadeau.

Personne ne se sera étonné outre mesure, je me déplace peu. Qui se sera soucié de chercher à comprendre le pourquoi de mon absence…Moi, je ne voulais tout simplement pas revoir Shiori.

 

Cinq années ont passé depuis son départ à la ville, pour faire ses études. Etudes qu’elle n’a pas poursuivies longtemps. Shiori s’est très vite richement mariée. Le mariage a eu lieu ici. J’en ai profité pour me rendre à la capitale pour voir mon fils établi là-bas depuis si longtemps maintenant. Je n’ai pas aimé cette ville et elle me l’a bien rendu. Quant à mon fils, trop occupé par son travail, il m’a laissé en compagnie de son épouse peu amène et de ses enfants qui sont mes petits enfants, mais qui me regardaient comme un intrus. J’ai simplement eu la joie de constater que le plus jeune, Kaito, a pris de moi l’art du dessin qui a assuré ma gloire mais aussi mon plus grand chagrin.

 

Lorsque j’ai vu Shiori pour la première fois, elle avait vingt ans et le Grand Hasegawa me l’avait envoyée pour faire son portrait avant qu’elle ne quitte le village pour aller poursuivre son instruction de fille de riche à la ville voisine.

Dire que je suis tombé amoureux d’elle au premier regard n’est pas mentir : c’est ainsi que les choses se sont déroulées mais j’étais veuf et pauvre et j’avais quasiment trente ans de plus qu’elle.

 

Ma femme jusqu’à sa mort avait été mon unique modèle. Il est vrai qu’ensuite des paysannes des environs sont venues poser là ou que j’ai trouvé à la ville d’à côté dans des maisons de saké des geishas de parade qui ont inspiré ces toiles que je vendais bien, ma foi…

 

Shiori est arrivée un jour de printemps ici avec tous ses cheveux bien lissés, sa robe sage et dès cet instant, elle n’a plus quitté mes pensées.

J’ai fait son portrait d’apparat . Le vieil Hasegawa est mort d’ailleurs sans l’avoir vu fini tant elle et moi avons multiplié les séances de pose ce printemps-là…

Et la nuit, quant elle n’était plus là, je revenais à mes crayons et je dessinais encore Shiori …

Je la dessinais en geisha, elle, la vierge de la maison Hasegawa.

Pour la dessiner toute tissée entre les liens de  chanvre, je n’avais pas besoin d’attendre son  absence, c’était devenu notre jeu et elle s’y prêtait de belle grâce…

Je n’ai jamais été son amant, j’ai pourtant connu son haleine de fleur et son souffle court de femme. Comment aurais-je pu oublier cela ? Et à quoi bon souhaiter la revoir ?

 

Je la laisse venir aujourd’hui parce que je sais que c’est la dernière fois que nous nous croisons en ce monde . J’ai beau ne pas descendre au village, les langues vont bon train et Ayaso m’a rapporté que Shiori vend tout , la maison et les terres . Elle vivra et mourra là où elle a choisi de planter ses racines, à la ville là-bas…

 

La voici dans le jardin, semblable à la jeune fille d’il y a cinq années, vêtue plus richement encore sans doute mais c’est la même minceur, le même sourire. Shiori vient d’entrer dans mon jardin.

Ayaso lui fait les honneurs et lui ouvre les entrées et voici Shiori qui se tient devant moi. Ma fleur de cerisier vient de pénétrer dans mon humble demeure. Elle est face à moi et nos yeux se retrouvent comme autrefois. Shiori me sourit timidement.

 

 

(à suivre)