M COMME MA NOUVELLE JAPONAISE - PROLOGUE PAR M.

 

J’ai écrit, tous ces derniers jours, une petite nouvelle qui se déroule au Japon et qui parle de liens. Néanmoins, je suis meilleure pour la fiction que pour la documentation et je me suis aperçue que si, j’ai, ici et là, sur ce blog ou l’autre, souvent évoqué le bondage et le shibari, c’était toujours en fonction de ressentis personnels…

Aussi, ai-je demandé à M. d’ouvrir sa malle aux trésors et d’en sortir quelques grimoires afin de nous écrire cette note « sérieuse ». Après tout, ne me dis-je pas « encyclopédie BDSM » ? Vous saurez donc grâce à Lui tout ce soir sur la façon dont nous percevons les liens en Occident mais surtout la philosophie ( et l’art ) qui les soustendent au Japon…

 

En anglais, " bond " signifie  lien  et " bondage " : esclavage.

Cela désigne le fait d’attacher une personne, de l’immobiliser quel que soit le matériel utilisé (cordes, menottes, chaînes, ceinture, etc.).

 

Cette pratique remonte à la nuit des temps depuis nos ancêtres des clans tribaux qui l’utilisaient pour immobiliser leurs ennemis ou pour retenir les femmes capturées dans les clans adverses en passant par les contingences judéo-chrétiennes qui aux XVIII et XIX° siècles faisaient qu’on liait, la nuit, les mains des jeunes garçons afin d’éviter les " risques " de la masturbation jusqu’à nos jours où certains l’utilisent pour agrémenter des joutes amoureuses sans connotation SM.

Une enquête révélait, il y a quelques années que plus de 20% des françaises se sont déjà faites attacher lors d’un acte sexuel, alors que seulement moins de 5% disent avoir des pratiques BDSM.

Cela vient peut-être du simple fait que quelques enquêtes ont révélé que le fait de se trouver attaché amenait le cerveau à mieux atteindre l’état de relaxation par l’émission d’ondes alpha et en induisant une sorte d’état hypnotique fort plaisant.

 

Chez les anglo-saxons, par un glissement sémantique, vite adopté par les européens, ces termes sont entrés dans le vocabulaire pour désigner plus précisément le ligotage d’un(e) soumis(e) à l’aide de cordes dans un contexte BDSM. Au Japon cette action porte le nom de SHIBARI.

 

Comme l’IKEBANA est l’art ancestral japonais de la composition des bouquets floraux, le KINBAKU est l’art de ligoter, pratiqué par un NAWASHI, artiste de la corde ( NAWA ) de préférence de chanvre ( ASANAWA ) et des nœuds ( MUSUBIME ).

Les principales figures de cet art portent des noms aux consonances poétiques.

Un harnais qui enserre tout le corps : KARADA.

Un corset qui met en valeur les seins : SHINJU ( les perles ).

Un " bondage " qui contraint les fesses : SAKURANBO ( les cerises ).

 

Au Japon, cette pratique n’est pas rattachée au BDSM. Elle est une fantaisie érotique, une performance érotisante.

D’ailleurs, il existe un terme ( SHIBARARETAI ) qui indique au maître (au sens de celui qui connaît) que le sujet désire être ligoté. Le mot SHIBARITAI désigne le désir du maître de pratiquer. Toujours avec la notion de désir et même si cela paraît, vu le résultat, paradoxal il n’y a pas de notion de contrainte. Impensable dans l’esprit des " Maîtres " du BDSM occidental.

 

Puisque j’ai parlé de contrainte, il faut savoir que certaines postures d’immobilisation très contraignantes peuvent être dangereuses et qu’il faut de longues années de pratiques pour être un NAWASHI et obtenir les figures que l’on voit sur les photos des sites nippons. De plus les modèles qui posent sont d’une rare souplesse acquise au prix d’un long entraînement... Donc prudence.

 

D’un point de vue historique, le SHIBARI est né dans le Japon des samouraï.

Il était un art martial ( HOJO-JUTSU ) utilisé pour immobiliser l’ennemi ou punir des criminels et aussi comme un moyen de torture car grâce à la connaissance des points d’acuponcture, les nœuds étaient placés sur des points névralgiques et pour quelques-uns vitaux. Certaines de ces immobilisations, par leur complexité et leur durée, pouvaient entraîner la mort.

Seule une petite élite, parmi les guerriers et les bourreaux, maîtrisait cet art.

 

A la fin du XIX° siècle, l’ouverture du Japon à l’Occident et la modernisation de sa société entraînèrent l’interdiction du SHIBARI.

Le KINKABU devint un art secret pratiqué par un noyau d’initiés, de Maîtres se cooptant entre eux... Une société secrète.

La libéralisation des mœurs, après la guerre, vit le retour au grand jour de ces pratiques et les G.I. l’importèrent aux Etats Unis puis bien évidemment la vague parvint en Europe…

 

Des photographes comme Nobuyoshi ARAKI ou Norio SUGIURA firent connaître le SHIBARI par leurs livres et expositions.

La complexité des poses, la géométrie que dessinent les cordes, la sophistication des nœuds conduisent à une recherche esthétique à laquelle MAN RAY rendit hommage par deux fois, comme vous pouvez le voir ci-dessous, en 1936 et 1971.

 

 

 

                  

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