M COMME MANILLES 12 ( FANTOMES) 2 ...

 

Il y a deux mois, Falo a publié un « autoportrait ».Je lui ai demandé l’autorisation de l’utiliser un jour sur mon blog. Puis, quelque temps plus tard, il m’a offert un « fan-art ». Je l’ai gardé jusqu’à cette date parce qu’à partir de ses deux photos, j’ai composé ce texte en deux parties : « Fantômes ». Merci à Falo d’avoir en quelque sorte été la source où je suis allée puiser pour les écrire…

 

FANTOME 2.

 

Ce fantôme sera le mien ou celui d’un moi d’autrefois, étrange clin d’œil du destin comme venu de là-bas…

Statue aux bras coupés d’un déni d’écriture injustement frappée. Venin d’une morsure jamais réparée, jamais oubliée.

Statue aux ailes déployées, faite pour s’envoler au-delà de la barrière vers des rives plus légères…

 

Aussi loin que je m’en revienne dans mes aurores lointaines, c’est à mes rivages d’enfance que la barque veut m’attirer. Je me revois toujours pareille, le crayon mal taillé, la plume ou l’encrier sur le bureau d’école qu’écrase le soleil. Et la poussière vole et j’entends les abeilles…Dehors. Là où très loin sur la route poudreuse qui mène aux calanques crissent les pneus des vacanciers...

Moi, je suis heureuse: , rien ne manque, la mer est bleue, même pas à me déplacer...

Juillet –août : l’école est ma maison, il n' y a aucun son, la salle de classe est vide. Elle m’appartient à moi seule…Etés languides.Chaleur veule...

Enfance solitaire. Un jardin de mystères. Les rosiers de ma mère. Le tilleul centenaire.

Fille d’instits. Fille unique, garçon manqué… Pas de regrets. Je me cache dans le figuier sur la branche maîtresse pour rêver. Puis je reviens mettre en mots, tumulte de flots, ce que j’ai inventé. Imaginé.

J’écrivais du Molière quand je l’étudiais. Bien loin encore de Robbe-Grillet.

 

Une ado androgyne longue comme une nymphe. Sorte de Patti Smith qui se voudrait Nico…Sous mes doigts court la lymphe. Encore les mots.

Dans ma chambre fleurie dont je n’ai rien choisi, je pose mes images en mots, toujours en mots sur des feuilles de photocopie bleu-pâle pliées en deux. Ce sont des mots rêvés d'amour heureux.

J’écris de l’Eluard parce que je l’ai lu.

J’écris du René Char comme du déjà-vu…

 

Un grand vide. La vie, comme on dit. Des années vides. Et c'est cela qu'on appelle la vie.

Avant que je ne retrouve ma voix et les mots. Des mots au fil de l'eau.  Sur un clavier. Métaphorique encrier.

J’approche alors de la quarantaine et dans le lieu d’écriture que je me suis choisi (c’est alors un chat BDSM avec des forums), j’interroge sur l’amour. Je n’interroge que sur l’ amour. Etait-ce un sacrilège ? Il faut croire que oui.

C’étaient pourtant mes mots à moi. A moi, de moi, et destinés à tous pour la première fois. Pas de chance. L'outrance en guise de respect. Voilà ce que j'ai récolté.

 

 

Un fantôme de moi, la statue mutilée*.

Une plaie jamais refermée.

 

Puis la suite est ici et vous la connaissez.

C’est la statue aux ailes déployées.

Faite pour voler.

J’interroge toujours sur l’amour.

Je n’interroge jamais que sur l’amour.

Les fantômes ont ce privilège de pouvoir se répéter…

 

 

*Hommage à Tennessee Williams.