M COMME MANILLES 6 ( DE L'IMAGE AU MOT ) ...

 

J’aime cette image là-haut, cette femme qui apporte elle-même, baissant les yeux, la cravache sur un plateau. J’aime ce qu’elle suggère : toute une histoire. Je pourrais être cette femme et l’instant serait d’un érotisme torride.

 

L’instant. Me suis-je bien exprimée ? L’instant magique dans l’espace privé.

Je suis lasse de l’image que veut véhiculer le BDSM virtuel, mais lasse à un point…

Des mensonges ou des fictions données comme réelles, des serments, des contrats de soumission, pires que celui de Masoch, qui émaillent Internet. Comment certains parmi nous peuvent-ils prendre les autres pour des imbéciles au point de raconter, d’écrire tous ces textes sur l’esclavage, si ce n’est le pluri-esclavage, qui ne sont que science-fiction ? Ils ( elles) vous racontent leurs séjours ( ou les séjours qu’ils imposent) dans des soupentes, des caves, les anneaux auxquels on les enchaîne ( auxquels ils enchaînent), les épreuves qu’ils supportent (qu’ils font supporter), et qui seraient parfois dignes du Grand-Guignol si cela n’allait surtout de l’insoutenable au pitoyable…

 

De l’insoutenable au pitoyable, il n’y a qu’un pas.

La distance de l’image au mot.

Je l’ai souvent dit ou pensé : « Où sont les marques ? ».

Si certain(e)s faisaient le tiers du quart de ce qu’ils (elles) prétendent vivre, ils (elles plutôt en l’occurrence) seraient insortables pendant des semaines ou des mois….

Il faut alors questionner la réalité et aller les voir dans leur vie « en ce bas monde ».

Ne vous inquiétez pas : elles (restons en aux esclaves) exercent leur profession avec succès et brillent dans les soirées, les mondaines et les secrètes, mais leur peau est toujours d’albâtre…

Et ce n’est pas le soir, en public, dans les clubs qui osent dire leur nom qu’elles sont enfin à la hauteur de leurs récits. Mais elles ont là encore l’excuse qu’en présence d’autrui, on joue « tout petit » pour ne pas choquer les autres.

 

Ne serait-il pas temps de dire que, non, le Marquis de Sade n’est pas chez nous ? Que ses mânes se marrent à nous voir. Et que ses os dansent la gigue à lire les textes qui se veulent aujourd’hui les témoignages vécus du BDSM ?

Ce qui m’effraie, c’est ce que pourraient avoir comme écho certains propos donnés comme vrais sur des esprits fragiles… Car nous touchons ici à l’imaginaire, au phantasme, c’est à dire à la représentation intime que chacun se créé pour jouer sur les images et les mots.

 

Certains parmi ceux qui abordent à nos rives sont assaillis de photos très hard, de textes très crus. Il faudrait leur dire que ces photos sont posées, que les textes sont aussi vrais que les contes de fées où la bergère épouse le prince….Et que le BDSM, c’est le moment magique de la sexualité de certain(e)s mais que ses limites dont nous parlons  tant sont très balisées et que rien ne doit être irréparable…Le même moment magique que la sexualité de quiconque avec peut-être d’autres moyens et un peu plus de mise en « condition », mais rien à voir avec les fantasmagories terrifiantes que d’aucun (e)s nous proposent.

 

Elle est très belle, non, la fille à la cravache sur mon image, là-haut ? Et le photographe qui a imaginé la scène a eu de l’audace….C’est cela l’esthétisme du BDSM…C’est cela que j’aime. Je ne veux pas de mon corps abîmé, déformé, marqué à vie. C’est pour cela que cette scène me parle, que je pourrais la réaliser sans problème.

Ici, chez moi, vous n’avez jamais vu une photographie SM : tous mes posts ont, depuis le début, été illustrés par des allégories, des images posées devant l’objectif de ceux que l’on nomme les maîtres (à raison, vu leur talent) de la « fetish » photographie ou des dessins des plus grands crayons de l’ « heroic fantasy »ou du "pin up art".

Mais si la « vraie » photographie SM existe aussi, si elle présente des images horrifiantes, il faut cependant dire que les photos terribles qu’on peut voir ici ou là sur certains sites pour adultes sont tout aussi posées mais s’adressent à un autre public qui, lui, ne recherche pas l’esthétisme. Le problème serait qu’il croit, ce public là, qu’il voit du vrai. Et qu’il lit aussi du vrai avec ces histoires d’esclaves…Alors qu’il voit des modèles payés pour présenter des poses et des situations « hard » (consentants parce que c’est leur gagne-pain) alors qu’il lit des récits où les actions sont délibérément exagérées ( parce que publier du soft, même sur un site, ce n’est pas très vendeur)…

 

Il est des gens qui sont sûrement, dans leur réalité de « pratiquants », je ne veux pas chercher à le nier, bien plus « hard » que moi.

Mais pas au point qu’ils le décrivent. Ce sont aussi des hommes et des femmes qui ont un quotidien professionnel et familial, il est enfantin de se rendre compte que leur  « vécu témoigné» est tout simplement irréalisable sur le mode permanent. Je ne crois pas à ceux qui se disent SM 24/24, pas plus qu’à ceux qui se racontent en pratiquants aux exploits «  sadiques » outranciers.

 

Tous (tes) les esclaves ( j'insiste à nouveau sur ce mot, c'est à dessein que je n'ai pas employé soumis(es) ) que je connais ont des professions libérales, sont dirigeant(e)s de sociétés.

Alors, sous le tailleur et le costume, croyez-moi, il ne peut y avoir les fers d’Edmond Dantès, juste quelques « jouets érotiques » de gens un peu spéciaux qui seraient sans doute infiniment sympathiques s’ils ne cherchaient pas tant à en faire accroire…et qui ne le sont pas parce qu’ils représentent le péril de susciter chez de banals péquins admiratifs l’idée d’une norme qui, mise en œuvre par des amateurs, pourrait être très dangereuse. Dangereuse aussi pour la pratiquante en devenir, qui ne se jugeant pas à la hauteur, voudrait aller au-delà de soi pour être comme X ou Y …

 

Ce weblog aura été aussi un peu cela : dire qu’un bondage, c’est magnifique mais qu’une corde peut être dangereuse entre les mains d’un néophyte ou d’un « allumé » . Qu’un jeu de cire, qu’une momification ont un aspect d’une intense beauté mais qu’une bougie ou du plastique aux doigts d’un maladroit ou d’un « maniaque » sont un risque.

Alors, il faut, pour parler du SM laisser de côté le fantasme ou la rhétorique de la Pavane Perso et avoir  beaucoup d’humilité…

Je pense à certains de nos « fameux » écrivants qui n’hésitent pas à narrer leurs exploits extrêmes en matière de suspension, de bougie ou de cellophane mais qui doivent comme nous tous, chez eux, recommander à leurs enfants en bas âge de ne pas toucher à la corde des rideaux, de ne pas jouer avec le sac plastique du supermarché et de laisser les allumettes dans le tiroir de la cuisine.

Quoi qu’ils en fassent eux, de ces objets, pour leur usage privé, ils feraient bien d’avoir cette même élémentaire prudence qu’ils ont pour leur progéniture envers ceux qui peuvent les lire et vouloir pour les imiter, et ce faisant, passer à l’acte sans les notions de sécurité nécessaires auxquels nos « auteurs » oublient, hélas, de faire allusion.

 

J’ai souvent reçu des mails de « pratiquants » me reprochant que ce blog soit très « sweet ».

Pas assez « hot », quoi…( Preuve de ce que j’énonçais plus haut : oui, certains sont bien plus « hard » que moi, c’est un  fait ! Et ce ne sont pas forcément ceux qui le crient le plus haut...)

Pour ce qui est du weblog, je ne le regrette pas , bien au contraire. Il aura été à mon image et à celle de mes convictions.

Ce que j’ai voulu, jour après jour dire ici, c’était simplement que  le BDSM est un art d’aimer, un partage et une entente à deux, pas une manière d’assouvir des pulsions de violence ou d’autodestruction.

Et encore moins une manière de se faire mousser par l’image ou le mot  dans des cercles qu’on dit fermés mais dont on sait bien pourtant qu’ils sont accessibles à tous...