M COMME MANQUE 27 ( PROMETTRE EST UN ET TENIR EST UN AUTRE - JEAN DE LA FONTAINE ) ...

 

Il y a des soirs un peu lourds, l’absence qui pèse plus que d’habitude et le sentiment de la lassitude…pour des tas de raisons.

Alors, restons légers, malgré tout, en nous souvenant que si « toutes » les fables de La Fontaine ne sont pas dans les petits classiques qu’on nous fait acheter pour le collège, elles figurent en annexe dans les autres éditions que l’on peut quel que soit son âge se procurer en librairie. Une vingtaine de fables "en plus" que peu connaissent. Légères . Aussi légères que ce tableau de François Boucher dont j’aime les teintes et qui est... visible par tous au musée.

 

Allez ! Je vous offre cette «  Perette » inattendue dont le titre ne me déplaît pas, ma foi!

Et je m’enferme dans ma bulle-blog…

 

 

PROMETTRE EST UN ET TENIR EST UN AUTRE

 

Jean amoureux de la jeune Perette,
Ayant en vain auprès d'elle employé,
Soupirs, serments, doux jargon d'amourette,
Sans que jamais rien lui fût octroyé,
Pour la fléchir, s'avisa de lui dire,
En lui montrant de ses mains les dix doigts,
Qu'il lui pourrait prouver autant de fois,
Qu'en fait d'amour il était un grand sire.
De tels signaux parlent éloquemment,
Et pour toucher ont souvent plus de force,
Que soins, soupirs, et que tendres serments.
Perette aussi se prit à cette amorce.
Déjà ses regards sont plus doux mille fois,
Plus de fierté, l'amour a pris sa place.
Tout est changé jusqu'au son de sa voix.
On souffre jean, voire même on l'agace,
On lui sourit, on le pince parfois,
Et le galant voyant l'heure venue,
L'heure aux amants tant seulement connue,
Perd point de temps, prend quelques menus droits,
Va plus avant, et si bien s'insinue,
Qu'il acquitta le premier de ses doigts,
Passe au second, au tiers, au quatrième,
Reprend haleine, et fournit le cinquième.
Mais qui pourrait aller toujours de même !
Plus moi hélas ; quoique d'âge à cela,
Jean non plus, car il en resta là.

Perette donc en son conte trompée,
Si toutefois c'est tromper que ceci,
Car j'en connais maintes très haut huppée
Qui voudrait bien être trompée ainsi ;
Perette, dis-je, abusée en son conte,
Et ne pouvant rien de plus obtenir,
Se plaint à Jean, lui dit que c'est grand honte
D'avoir promis, et de ne pas tenir.
Mais à cela notre trompeur Apôtre,
De son travail suffisamment content,
Sans s'émouvoir répond en la quittant,
Promettre est un et tenir est un autre.
Avec le temps  m'acquitterai des dix,
En attendant, Perette, adieu vous dis
.