M COMME MANILLES 2 ( LA CEREMONIE DU THE )...

 

Pour les U-Blogueurs allez avant tout lire mes notes au sujet de Typepad, celle-ci et celle-là et leurs divers commentaires . N’hésitez pas à faire part des vôtres…Je les reposterai après le week-end férié. Et surtout, allez lire le deuxième lien que je donne dans la seconde avec le blog Typepad de Loic : au fil des heures, sa note devient une mine d'or...

 

 

 

 

Ceci est une fiction. Je ne suis pas ce « Elle », M. n’est pas ce « Il ». D’autres personnes, vivantes ou décédées ne le sont pas plus que nous.

Au mieux, pourrait-on nommer ce texte un phantasme, une projection.

De plus, je « japonise «  pas mal ces temps-ci. Mais je vous en reparlerai .

De vrais amateurs de thé et de tradition relèveront ici erreurs et bévues, je leur en demande d’ avance pardon mais j’ai laissé aller «  la folle du logis »…

 

 

Pour Toi, bien sûr…

 

LA CEREMONIE DU THE .

 

A elle, qui n’avait rien de japonais, il avait demandé ce jour-là de l’accueillir avec la cérémonie du thé.

Il n’avait rien évoqué de précis : à elle de se documenter. La seule condition était qu’elle ne devrait jamais lever les yeux sur lui, ni prononcer, ni attendre une seule parole.

 

Le costume fut chose facile ; elle connaissait des gravures anciennes et savait assez bien faire les magasins de sa ville pour, en un seul samedi après-midi pluvieux, se transformer de boutique en boutique, et comme en une mue consentie, en parfaite geisha.

Relever ses lourds cheveux de jais ne fut pas non plus une affaire, pas plus que le maquillage.

 

Ce furent les meubles et les ustensiles qui posèrent le plus de problème et elle se retrouva pourvue d’un arsenal hétéroclite : une table basse certes mais non laquée et d’un simple rotin thaïlandais hélas… Quant au réchaud, à la bouilloire et aux tasses, elles venaient paraît-il de Chine… Elle avait couru les deux enseignes exotiques qu’on trouve dans tous les centres commerciaux et se désolait de ne pouvoir s’excuser par les mots de n’avoir pas pu faire plus…

Le thé. Heureusement, il y avait le thé. Il était, lui au moins, vert et authentiquement japonais.

 

Il pleuvait à nouveau le jour où il vint. Comme convenu, elle avait laissé la porte entrebâillée. Ce fut étrange de le sentir et non de l’entendre entrer, comme si le fait de ne pouvoir lever les yeux changeait déjà quelque chose dans l’ordre des perceptions.

Ils se connaissaient jusqu’au plus profond d’eux-mêmes et cela aussi était nouveau de jouer ainsi les parfaits inconnus, et quant à elle, la femme qui accueille un hôte de prix dont elle ne sait rien.

 

Elle avait disposé sur un guéridon, près de la fenêtre, un bouquet qu’elle avait composé simplement mais suivant la tradition, comme un livre le lui avait indiqué, avec notamment une fleur à la tige plus haute que les autres, placée un peu de travers comme l’âme de la maison qui s’exhalerait vers les cieux et une autre plus courte placée de guingois pour qu’elle paraisse vouloir rejoindre l’eau …

 

Aux quatre angles de la pièce, de l’encens se consumait lentement. Elle avait pris soin de ne porter, elle, aucun parfum.

 

Elle ne dit pas une seule syllabe, se plaça près de la table et resta ainsi immobile longtemps, très longtemps lui sembla-t-il, jusqu’à ce qu’il prit place sur un tabouret.

Alors seulement, elle alluma le réchaud.

 

On n’entendait que la pluie. Puis le bruit de celle-ci fut peu à peu recouvert par celui de la bouilloire qu’elle avait mis à chauffer et qui avait entamé son chant serein.

Quand elle fut certaine de la bonne température, elle lava précautionneusement la tasse avec l’eau bouillante puis la sécha d’un doux chiffon de soie et la posa devant lui.

 

Dans la bouilloire, elle mit alors les feuilles de thé vert. Elle attendit le temps qu’il fallait avant de verser dans sa tasse ce breuvage quotidien qui avait ce jour là un tel air de solennité.

 

Elle reprit sa position près de la table. Elle le vit ou plutôt elle vit ses mains saisir la tasse après un moment d’attente. Elle ne put qu’imaginer la tasse à ses lèvres et le geste répété autant de fois qu’il reposa la tasse sur la table. La tasse qu’elle voyait se vider petit à petit….

 

La tasse qu’elle remplit une seconde fois et alors tout recommença….

 

Peu à peu, une chose étrange se produisait en elle : cet homme, son amant, la chair la plus connue de son corps, s’éloignait et devenait cet inconnu de la mise en scène et elle-même, elle avait oublié les courses du samedi précédent  et tout le théâtre préparé ; elle était vraiment la geisha à laquelle on avait demandé de conduire cette cérémonie du thé …

 

Elle se transformait lentement en son personnage et déjà elle était offerte, muette et presque aveugle pour les gestes à venir… Sa dépendance envers ses désirs à lui était devenue totale…

Et son abandon aussi était total même si elle n’était plus tout à fait sûre, après ce vide si plein qui s’installait en elle, que l’homme qui dans quelques instants allait la plier, la ployer , l’utiliser pour exécuter la moindre de ses volontés lui soit aussi connu qu’elle l’avait jamais pensé.