M COMME MANILLES (LE PREMIER GESTE)...

 

Pour les U-blogueurs, allez avant tout lire mes notes au sujet de Typepad, celle-ci et celle-là et leurs divers commentaires . N’hésitez pas à faire part des vôtres…Je les reposterai après le week-end férié.

 

Les manilles, ce sont les anneaux auxquels on faisait tenir les chaînes des galériens, c’est aussi une fixation bien connue en navigation. Or, M. est un marin. Aussi avais-je décidé d’intituler la série de textes écrits en Son absence « M comme Manilles ».

Puisqu’Il est là pour ces deux jours, j’en publie deux, puis je m’en reviendrai tristement à « M comme Manque » en attendant que l’ensemble complet de ces « manilles » puisse voir le  jour définitivement sur ce blog à Son retour.

 

LE PREMIER GESTE

 

A Toi.

 

Pendant toutes les nuits de ton absence, j’ai dormi avec mon collier et sa laisse, ni chienne, ni esclave mais amoureuse soucieuse de prolonger le lien et d’écarter tous les mauvais sorts.

 

Le collier est le premier geste fort, le premier signe d’alliance dont je me souvienne.

J’en avais porté pourtant, avant, des colliers que l’on sortait d’une mallette et qui selon le jour envoyaient des effluves de peaux diverses ou de parfums forts. L’un d’entre eux avait tant gardé l’empreinte de Diorissimo qu’aujourd’hui encore cette fragrance me donne mal à la tête. C’est que ces colliers d’emprunt, ces colliers de toutes et de personne n’honorent jamais celles qui les portent l’espace d’un rendez-vous mais les confinent dans le néant le plus total, celui d’un rôle et non celui d’une personne.

Je parle de notre collier ici. Mais aussi de tous les colliers donnés et reçus dans les mêmes conditions que le nôtre.

 

L’émotion.

Je sais qu’elle est, différente et semblable pourtant dans chacun des deux. Celui qui pose le collier, celle qui l’accepte.

Celui qui a apporté le collier sait qu’il fait un choix, qu’il nomme ainsi la femme dont il va en ceindre le cou. Bien souvent, c’est d’un nom au sens propre, le nom qu’il a choisi pour elle, du moins celui qu’elle va porter pour lui et les autres dans le monde où ils vont entrer ensemble.

Je ne dévoilerai pas grand chose ici ( beaucoup le savent déjà) si je dis que dans ce monde, moi, Aurora, je m’appelle Alba : les deux mots ont d’ailleurs quasiment le même sens en italien : l’aurore et l’aube.

Tu avais fabriqué le collier à la taille exacte de mon tour de cou. Nous nous connaissions depuis peu mais Ton choix sur l’avenir était fait, comme le mien.

Si je n’ai rien oublié de la gravité avec laquelle j’avais pesé, moi, ce choix, pendant quelque semaines entre nos rencontres, je sais, je devine que Ton chemin avait dû être le même.

Un collier de cette sorte, ce n’est pas anodin. C’est désigner l’élue et lui offrir sa confiance.

Un seul manque même n’est plus permis. Le charme s’évanouirait à jamais.

 

Le trouble.

Le collier s'enroule parfaitement autour de mon cou, Tes mains sont sûres pour accomplir ce rituel. Je m’engage tandis que Tu le fermes. Me voici Alba. Je n’appartiendrai plus qu’à Toi. Quoi que Tu me demandes, je Te le donnerai. Le collier est en place. Je ne suis plus mienne, je m’abandonne, je suis Tienne.

Pourquoi ne suis-je que troublée ? Pourquoi n’ai-je pas peur ? Parce que le sens est le même : moi aussi je viens de T’accorder toute ma confiance.

 

La surprise.

Prisonnière. Symboliquement, je m’étais faite à cette idée. Mais voici que là, le collier serre pour de bon, que je ressens physiquement le poids de mon choix. Et Toi, tandis que Tu Te recules pour me regarder, je vois bien que Tes doigts tremblent un peu…

Notre alliance est signée pour de bon.

 

Après.

Après, je me suis transformée petit à petit, j’ai voulu la laisse pour accompagner ce collier, et Tu me l’as fabriquée il y a un an tout juste, souviens-Toi, une laisse que je porte moi-même à la main là où je le peux et que je mets en ceinture autour de ma taille comme une originalité de la mode dans les lieux où je ne pourrais me présenter parée comme je le souhaiterais.

Après, j’ai aussi rêvé d’un cadenas pour ce collier, afin qu’il me désigne encore plus comme Ta docile aux yeux de ceux qui nous croiseraient et, plus important encore à mes yeux, lorsqu’ils rencontrent un miroir.

 

Aujourd’hui.

Il m’arrive de passer devant les vitrines de certaines bijouteries qui présentent des colliers d’or somptueux délicatement posés sur des écrins de velours bleu ou pourpre. Pourtant, ils ne représentent pas pour moi le luxe . Le vrai luxe, j’en ai parlé tantôt, c’est d’avoir un jour, en plus de mon collier de « noces », une autre étreinte pour mon cou, une étreinte de seul acier très fin, à mes mesures elle aussi et dotée de cadenas : un vrai collier d’esclave ou d’impératrice ( mais n’est-ce pas la même chose dans des amours comme les nôtres ?) de l’époque des rois barbares.

Nous en parlons.

Je sais que Tu aimes et rêves à des modèles autant que moi. Je sais qu’un jour, Tu arriveras avec cette pièce unique  dans les mains pour m’en ceindre le cou et renouveler par ce signe, l’un et l’autre, nos souffles mélangés dans les serments et refaire, pour le plaisir, pour l’émotion, pour le trouble, pour la surprise, le premier geste….