M COMME MANQUE 11 ( HORS LES LIENS SACRES DU MARIAGE - VINCENT DUBARY )...

 

Comme à l’accoutumée, j’ai recherché désespérément (ceux qui m’ont connue ailleurs et autrefois comprendront l’allusion « fatale » !) un texte sur le bondage chez des écrivains français… Pas évident… J’ai fini par porter mon choix sur ces lignes de "Hors les liens sacrés du mariage"  de Vincent Dubary, œuvre de « jeunesse » de l’auteur qui a fait nettement mieux depuis ! Si je devais conseiller l’un de ses livres, Vincent Dubary me pardonnera s’il vient un jour par hasard à me lire, ce ne serait point celui-ci mais plutôt « Marie Janvier s’est endormie », paru en 2002…

Reste que ce texte est intéressant, tout d’abord parce qu’écrit du point de vue de celui qui ligote (et ce n’est pas monnaie courante!) et ensuite parce que ce sont le respect et la confiance, l’amour quoi, qui émanent de ces lignes et qu’elles correspondent donc pleinement à l’état d’esprit de notre blog…

 

«   Souvent, elle-même m’encourage à plus d’excentricité encore. Elle veut ne plus rien pouvoir entendre, ne plus rien pouvoir dire, ne plus rien pouvoir voir, ne plus rien pouvoir faire (…). Alors, je comble sa bouche avec un morceau de tissu, je la bâillonne  d’un large sparadrap, je l’aveugle d’un bandeau sur les yeux, je lui bouche les oreilles avec des boules de cire. Je l’attache avec un soin maniaque, centimètre par centimètre, jusqu’à ce qu’elle ne puise plus remuer, ne serait-ce qu’un doigt.

Je la modèle sous mes doigts comme un sculpteur manipule la terre. Et quand enfin j’ai terminé, je prends du recul, je l’admire, immobile, comme une toile, aussi lisse qu’un marbre, statue de chair, chaude et tendre, inerte et pourtant vibrante de vie.

Quiconque entrerait dans la pièce à ce moment-là trouverait la scène choquante. Sans doute ne verrait-il que l’indécence d’un corps emprisonné ( …). Il ne verrait que le sordide d’une femme soumise à un plaisir de mâle ; il ne verrait que l’humiliation.

Pourtant, Angélique ne s’humilie pas en se livrant ainsi. Elle met en moi une telle confiance que je ne la respecte jamais autant que lorsqu’elle est ainsi asservie. Même tordue dans ses liens, elle garde cette grâce que je ne me lasse pas de contempler. Alors, au-delà de l’excitation physique que cette vision éveille en moi, je me surprends parfois à ressentir comme une fugace impression d’artiste ! »

 

   Vincent Dubary – Hors les liens sacrés du mariage – Climats 1999 -