D’Anaïs Nin, c’était fatal, j’en suis venue à reprendre l’un de mes bons vieux Miller, « Tropique du cancer » et j’y ai relevé ces quelques lignes qui me paraissent tout à fait « applicables »  à ma philosophie des weblogs ou tout au moins à ce que j’ai voulu en faire passer à travers ma note sur la « disparition » du blog de Gil, il y a quelques jours.

Lisez et vous comprendrez mieux…

 

« Grands Dieux ! Que suis-je devenu ? Quel droit avez-vous, vous tous, d'encombrer ma vie, de me voler mon temps, de sonder mon âme, de sucer mes pensées, de m'avoir pour compagnon, pour confident, pour bureau d'information ?  Pour quoi me prenez-vous ?  Suis-je un amuseur stipendié, dont on exige tous les soirs qu'il joue une farce intellectuelle sous vos nez imbéciles ?   Suis-je un esclave, acheté et dûment payé, pour ramper sur le ventre devant ces fainéants que vous êtes, et étendre à vos pieds tout ce que je fais et tout ce que je sais ?   Suis-je une fille dans un bordel que l'on somme de retrousser ses jupes ou d'ôter sa chemise devant le premier homme en veston qui se présente ?
     Je suis un homme qui voudrait vivre une vie héroïque et rendre le monde plus supportable à ses propres yeux.   Si, dans quelque moment de faiblesse, de détente, de besoin, je lâche de la vapeur - un peu de colère brûlante dont la chaleur tombe avec les mots - rêve passionné, enveloppé des langes de l'image - eh! bien, prenez ou laissez... mais ne m'embêtez pas !

    Je suis un homme libre - et j'ai besoin de ma liberté.   J'ai besoin d'être seul.   J'ai besoin de méditer ma honte et mon désespoir dans la retraite; j'ai besoin du soleil et du pavé des rues, sans compagnons, sans conversation, face à face avec moi-même, avec la musique de mon coeur pour toute compagnie...   Que voulez-vous de moi ?   Quand j'ai quelque chose à dire, je l'imprime.   Quand j'ai quelque chose à donner, je le donne.   Votre curiosité qui fourre son nez partout me fait lever le coeur.   Vos compliments m'humilient.   Votre thé m'empoisonne.   Je ne dois rien à personne. »

   

HENRY MILLER _TROPIQUE DU CANCER _ 1934