Gilles Berquet

M COMME MANQUE 7 ( NADJA - ANDRE BRETON ) ...

 

On pourra à raison se demander ce que vient faire ici Nadja, l’extravagante muse de Breton.

Hormis le fait que ce prénom fut le dernier de la série de mes « multiples pseudos » sur un chat BDSM …

Et pourtant à bien y regarder, à bien y lire… Nadja apparaît comme l’antithèse de la soumission et comme l’ultime forme de la liberté. Mais n’oubliez pas que je « chante » la soumission qui libère !

De cette Nadja-là, on sait peu de choses si ce n’est ce que Breton lui-même veut bien nous en dire dans ce livre paru en 1928 et notamment qu’elle finit enfermée à l’asile de Vaucluse : « Il ne faut jamais avoir pénétré dans un asile pour ne pas savoir qu’on y fait les fous tout comme dans les maisons de correction on fait les bandits. » Et l'on sait que Breton était médecin...

 

Mais du superbe « Nadja », ce ne sont pas ces lignes que je veux vous proposer ce soir mais plutôt celles-ci qui vous permettront peut-être de mieux comprendre le fil qui court d’elle à moi…

L’image qui illustre ce texte est de Gilles Berquet, photographe des plus contemporains mais c’est ainsi que, moi, je vois Nadja aujourd'hui…

 

 

« J’ai pris, du premier au dernier jour, Nadja pour un génie libre, quelque chose comme un de ces esprits de l’air que certaines pratiques de magie permettent momentanément de s’attacher, mais qu’il ne saurait être question de se soumettre.

Elle, je sais que dans toute la force du terme, il lui est arrivé de me prendre pour un dieu, de croire que j’étais le soleil. Je me souviens aussi _ rien à cet instant ne pouvait être à la fois plus beau et plus tragique_ je me souviens de lui être apparu noir et froid comme un homme foudroyé aux pieds du Sphinx. J’ai vu ses yeux de fougère s’ouvrir le matin sur un monde où les battements d’ailes de l’espoir immense se distinguent à peine des autres bruits qui sont ceux de la terreur et, sur ce monde, je n’avais vu encore que des yeux se fermer. »

 

                         André Breton - Nadja - Gallimard