M COMME MANIERISME ...

             

            

Tableau de Marc Verat, avec son autorisation, visible sur http://perso.wanadoo.fr/marc.verat/Nouveau%20dossier/frame1.htm

GENESE OU JEUNESSE

 

 

FLORENCE, AOUT 19.. .

 

C’est l’été. Elle a vingt ans.

Elle arpente Les Offices depuis des heures. Dehors, tout au loin le Ponte Vecchio grouille de foule. Elle est bien, elle n’a pas envie de sortir. Sortir et rentrer dans le jeu des glaciers et des pauses à chaque café. Il fait une chaleur à mourir . Là-dedans, on est bien.

Et puis, elle a vingt ans et toutes ces toiles à apprendre par cœur, à se graver dans le cœur pour ne plus les perdre jamais. Elle sait déjà que c’est la première émotion qui sera la définitive, celle qui vient du ventre et qui vous prend comme un tournis.

Elle a beau sourire du syndrome de Stendhal, il y a tout de même un peu de ça ici. On ne peut qu’être saisi d’un tourbillon devant tous ces regards qui vous fixent au-delà de ces toiles, regard du modèle et regard du peintre, traversant les âges pour vous interpeller ironiquement.

Elle porte une robe fraîche de coton bleu et des sandales assorties, c’est si facile et si peu cher de s’habiller ici, en Italie… Et de si bon goût… Elle a retenu ses très longs cheveux en catogan, pour avoir moins chaud.

 

Tout est couleur dans ce pays, depuis le paysage, jusqu’au moindre mur des « trattorie » ou les serviettes de table qu’un « cameriere » impeccable pose devant vous, tout est toujours en harmonie.

 

C’est au moins la dixième fois qu’elle revient devant cette naissance de Vénus, qu’elle vient s’entretenir un instant avec Botticelli : elle est romantique et c’est sa peinture qui lui parle le plus alors. Elle a tout son temps, elle est en Italie depuis quinze jours, il lui reste deux ans devant elle, deux ans pour préparer ce mémoire de littérature comparée qui lui offre cette occasion inespérée. Elle a demandé cette place de lectrice à l’Université pour s’éloigner de Nice, pour fuir ce terrible chagrin d’amour.

 

Elle fait durer sa visite aux Offices, il lui faudra bien sortir tout à l’heure : elle a promis à Catherine de l’appeler, comme tous les jours. Catherine qui se fait tant de souci pour elle, qui la croit lâchée dans la jungle. Catherine n’aime pas la peinture, seulement la musique. Elle ne sait pas ce qu’elle perd.

 

                        

Composite réalisé par moi et dénaturant hélas l'oeuvre originale de Marc Verat, heureusement visible sur http://perso.wanadoo.fr/marc.verat/caravage.htm

 

PARIS , AOUT, DEUX ANS PLUS TARD.

 

 

Je suis dans le Louvre, je le connais bien mais aujourd’hui, je suis venue, une fois les résultats de l’Agreg publiés, pour y voir un seul tableau, cette « Dormitio » ou « Mort de la Vierge » que les moines italiens qui la commanditèrent autrefois refusèrent, dit-on, parce que le Caravage aurait fait poser une courtisane pour modèle de la Madonne…

Le Caravage. En deux ans, il est devenu mon peintre préféré. Il a été ma découverte italienne avec ses clairs-obscurs, avec ses saints suppliciés baignant dans l’extase.

Pasolini-Le Caravage : deux destins pour moi étrangement similaires. Un même attrait de l’excès. Ce même excès qui me guide, moi, désormais.

Depuis l’Italie, je porte mes cheveux très courts et comme ce n’est pas la mode, ça a un petit air de défi, comme de m’habiller dans des robes de soie qui me collent à la peau et sentir les regards sur moi, interrogatifs.

Il est loin, le premier garçon de ma vie et loin les larmes versées pour lui…

J’ai vécu maintenant, comme on dit, et même Catherine ne me reconnaît pas…

En Juin, à Soho, nous avons toutes deux couru les sex-shops et je m’extasiais devant ces masques et lanières à son grand étonnement…

Il a fallu que je lui explique un peu tout : les bandes dessinées de Crepax découvertes en Italie et toutes ces églises dont les peintures renvoient aux martyres sublimes et extatiques des figures sanctifiées, lui expliquer mes jeux avec Mauri et nos foulards…

Lui expliquer Le Caravage et lui dire qu’un jour, je sais que j’irai encore plus loin dans ma recherche de moi-même que là où j’en suis actuellement. Un jour….

 

Pour mon anniversaire, elle m’a offert un disque de « Marquis de Sade » : « Rue de Siam »…

 

 

( à suivre, un jour peut-être...)