M COMME MANIERES ( 2 : A SA MANIERE ) ...

 

Un peu de botanique appliquée :
Prenons un arbre dont les racines s’appellent : écoute, respect, compréhension, complicité, sincérité, implication de soi ...
Ces racines donnent un tronc nommé Amour aux branches qui s’enlacent comme deux corps aimants.
Ces branches sont couvertes de bourgeons, emplis de fantasmes, qui en éclosant deviendront des pratiques amoureuses ou BDSM.
Les limites du développement des « feuilles » de cet arbre sont celles que lui confèrent la « puissance » de son tronc.
Et si le sol dans lequel sont plantées les racines est « riche », si ces racines sont solides, alors ce tronc ira, toujours grandissant, vers le soleil... sans limites.
Mais cet arbre ne doit pas nous cacher la forêt, celle de tous les pratiquants B.D.S.M.

Et d’abord, quand on parle de Maître et de Dominateur, parle-t-on de la même chose ?

Pour moi, un Dominateur est quelqu’un qui veut dominer, qui domine quelque chose, quelqu’un ( ou parce que le dominé le veut bien, l’accepte ou bien grâce à des moyens plus ou moins coercitifs).
Et il arrive souvent que celui là domine son sujet de si haut qu’il le perde de vue... et fasse n’importe quoi sans tenir compte de l’autre. Alors, les limites sont quelques fois dangereusement dépassées par manque d’implication ou de dialogues.
Je me souviens d’une amie soumise qui me racontait qu’un soir, à table, son dominateur, qui se disait être son maître, lui a donné deux claques, devant ses enfants, sous prétexte de ne pas aimer le repas qu’elle avait préparé en son honneur...
Je n’appelle pas ça un « Maître ». Moi j’appelle ça un CON ! ! !

Un Maître doit avoir, outre la maîtrise de soi même, le désir (et la capacité) de faire progresser celui (ou celle) qui s’est confié(e) à lui, qui lui a donné les clés du pouvoir.
C’est celui, au sens étymologique du terme, qui guide, qui fait progresser grâce à sa connaissance. Quelqu’un parlait un jour de « la qualité ardente du vertige » atteignant « son point maximal ». Et c’est peut-être là que résident les limites... Ne pas se laisser entraîner par ce vertige jusqu’au point de « non-retour » .

Il m’arrive, comme tout le monde d’être en colère pour X raisons et même quelques fois de nous disputer Aurora  et moi (les choses de la vie.. sourire). Dans ces situations là, jamais, et je dis bien jamais, je n’accepte de jouer, d’entrer dans le rituel BDSM (je n’aime pas ici le mot séance).
Mes vraies limites étant celles de mon propre équilibre, je ne veux pas mélanger ces actes d’Amour et de découverte de l’Autre avec un règlement de comptes pseudo-conjugal.
Et pour un Dominateur, transgresser ses propres limites est aussi un acte d’Amour et de connaissance de soi.

Au début de notre relation Aurora, qui adore une pratique qu’alors, je ne maîtrisais pas, m’a un jour demandé si elle pourrait, éventuellement un jour, " y jouer " avec un autre lors d’une soirée. A l’écoute de ses désirs et attentif à son plaisir, j’ai, ce jour là, acquiescé, dépassant moi aussi mes limites... mais aussitôt saisi par une inextinguible soif d’apprendre, j’ai fait en sorte que cela ne soit pas, en " mettant à jour mes connaissances " (sourire).

Et oui comme beaucoup, quand j’aime je suis un " rien jaloux ".

Je pense que comme toutes les relations humaines, la relation BDSM ne doit pas être statique pour avoir une chance de perdurer (je parle ici de relations suivies). Elle doit évoluer sans cesse au gré des demandes et désirs de l’un et de l’autre, au fil de la découverte de l’un par l’autre ce qui implique une qualité d’écoute élevée et un respect mutuel sans faille.

Et la transgression de ses limites doit être chez le Maître un acte volontariste et non un débordement ou un dérapage.


MARDEN