Je serai là, si nue, que certains pourraient en prendre ombrage, les censeurs, les jaloux, les coucheurs de mauvais aloi, tout ceux que ma morale à moi vomit sur le bord des ruisseaux.

 

Je serai absolument nue, entièrement défaite de ma carapace des jours autres. Agenouillée peut-être…

 

Que vas-Tu exiger de moi, de mon corps, de mon âme, demain , tout à l’heure, dans quelques milliers de secondes seulement ?

 

Je sais qu’il s’agira de franchir une marche, une étape . Chez nous, tout n’est que progression.

 

J’ignore tout de l’épreuve, des instruments .

Je suppute, je subodore. J’ai un peu peur et je joue avec cette peur.

 

Chez nous, une Saint-Valentin n’est pas comme ailleurs. Les cadeaux en sont cuisants. De ceux qui ne s’effacent pas.

 

Je sais qu’il s’agira d’avancer, d’avancer encore. Je sais que Tu me voudras forte, surtout en ces jours où je suis affaiblie par tout un tas de parasitages extérieurs.

 

Je sens que Tu sais que c’est le seul moyen pour que, me confrontant à moi-même, je sois ensuite capable d’affronter n’importe quoi dans ce monde de loups où Toi, aussi bien que moi, sommes des agneaux.

 

Fais-le, rends moi plus aguerrie, donne moi Ton amour ainsi. Protège-moi en me brûlant de ce feu inextinguible qui nous embrase ensemble. Protège moi par Tes inflexibles demandes, par Tes attentes qui ne tolèrent aucune discussion.

Je sais que Tu sors aussi renforcé que moi des défis auxquels Tu me soumets.

 

Je ne serai pas punie, puisque je l’ai voulu ainsi. Ce n’est pas le moment de « jouer » sur ce mot, ce registre. Pas ces jours-ci, trop noirs…

 

Mais d’avance, comme un contrat signé et qui ne peut plus être dénoncé, j’accepte de T’offrir une nouvelle forme de ma douleur, celle que Tu as décidée parce que Tu as senti que c’était de celle-là que pour moi, l’heure était venue.

 

Qu’auras-Tu imaginé pour ce demain si proche ?

Je suis vibrante de mon effroi et curieusement c’est cet effroi qui me rassure….

 

L’idée de donner, de donner plus encore, l’idée que quelqu’un , Toi en l’occurrence, Toi que j’aime, attende de moi quelque chose de fort et qui n’est pas évident en soi est le seul vrai moyen de me prouver que j’existe, que tout a un sens, que ces moments où la vie me fragilise et m’humilie ne sont rien, pas plus qu’une de ces giboulées de printemps qu’il faut traverser en passant le plus habilement possible entre les gouttes.

 

La vie ne nous apprend jamais à savoir lutter. Dépasser ses craintes, ses limites, ses tabous le fait bien plus sûrement. C’est ce que je savais de tout temps intuitivement. Et c’est ce sentiment que notre histoire d’amour, puisque c’est d’amour qu’il s’agit, renforce en moi à chaque nouvelle porte qui s’ouvre.

Porte de geôle : porte de liberté. Tu n’as fait que confirmer ce que je savais déjà mais Tu le confirmes en l’inscrivant dans ma chair et c’est là le sens des marques, c’est là le sens de la douleur acceptée, réclamée, quémandée même quelquefois de tout mon être.

 

Arme-moi en me faisant passer un nouveau gué, demande moi plus encore que les autres fois .

Ma peur n’est rien, qu’un dragon de papier que Tu déchireras comme Tu as déchiré tous les autres, comme Tu en déchireras bien d’autres dans les mois, les années à venir…

 

Les minutes passent qui nous rapprochent de l’instant crucial.

Angoisse, envie, frayeur, désir d’abandon total. Contradictions lancinantes...

 

Demain à cette heure, nous célèbrerons notre païenne fête de l’amour.

Ce n’est certes pas un flacon de parfum qui m’attend….

 

Mais quels instruments? Si je pouvais au moins un peu savoir quels instruments….