RENE MAGRITTE ( 1898 - 1967 ) - "Les Amants" -

 

Choisir. Se choisir. Se choisir à deux, se flairer, se mesurer…

Evaluer la juste distance. Celle qui sépare comme celle qui rapproche.

N’être jamais dupe. L’idéal n’existant pas.

Savoir se choisir. Se donner une chance.

J’ai eu pour Toi au début une immense vague d’enthousiasme : Ta culture, Tes bons mots, Ton esprit toujours vif et acerbe, Ta poésie...

Cela changeait du tout venant, il faut bien le dire, vu le lieu virtuel où nous nous  sommes connus…

J’ai eu ensuite et peu à peu pour Toi une affection incomparable mais là, nous avions déjà quitté l’écran pour passer au téléphone.

C’est au bout du fil, une nuit d’été que j’eus pour Toi ma première ondée de désir.

Aussi bien savais-je déjà que je T’appartiendrais, au moins une fois, lorsque nous nous rencontrerions….

 

Donner son corps et une partie de son âme ainsi, un peu à l’aveuglette est le défi de toute rencontre BDSM démarrée sur du virtuel.

Dire que je le conseille parce que nous avons eu de la chance, c’est autre chose….

Parce qu’il me reste tout de même aussi le souvenir de  tous les autres : ceux qui étaient potentiellement dangereux et parvenaient  à le cacher ; ceux qui n’étaient potentiellement rien du tout sinon déprimants à rencontrer ; ceux qui étaient très perturbés, non dangereux certes, mais qui ne savaient pas vous oublier vite, ceux qui se moquaient ouvertement de vous (pour avoir eu ces différents pseudos sur ce chat, je peux vous dire que le discours-caméléon des messieurs Dominants, ce n’est pas triste…), ceux qui s’accrochaient à vous comme une sangsue, ceux qui vous utilisaient simplement à des fins narcissiques….

Vous avez dit soumise ?

Et bien, si chacun de ceux-là avait du donner une définition de ce mot, il n’y en aurait pas eu une de semblable. Plus la mienne pour servir de cerise sur le gâteau. Gâteau empoisonné, comme vous l'imaginez...

;-)

 

 

Je me demande parfois comment les gens qui me lisent ici T’imaginent, Toi, au travers de mes mots.

Tu as du caractère et même un très mauvais caractère. Moi aussi.

Tu es jaloux comme un tigre et sans raison. Moi aussi.

Tu parles trop fort, question de métier. Moi aussi.

Je suis Ta semblable, aussi parvenons-nous à nous tirer de tout avec le rire.

 

Et pourtant mine de rien, nous en avons déjà traversé, ensemble ou séparément, des épreuves, depuis que nous sommes unis.

Le BDSM n’immunise pas contre les soucis, petits et gros. Et celle qui vient quémander sa « ration » de coups de canne comme une assoiffée n’est pas synonyme de victime aimant s’en prendre plein la tête de tous les côtés  tous les jours.

De même que celui qui manie le fouet avec dextérité n’a pas forcément envie de jouer les matamores de l’aube au soir…

Et pourtant la vie agresse de toutes parts, aussi bien les soumises que les Dominateurs, qui sont avant tout des êtres humains, bien avant de se définir comme une seule « tendance » du domaine sexuel.

 

Je T’ai choisi, au moins tout autant que Tu m’as choisie et si c’était à refaire, je referais de même. Je suis quasiment certaine que Tu penses la même chose.

Et je sais pourquoi.

 

 

Quand on songe aux choses au fur et à mesure qu’elles s’éloignent, on tend à les voir différemment. De ce qui fut ma grande blessure narcissique et « politique » (je ne trouve pas d'autre mot) d’il y a maintenant bientôt deux ans, je me dis que mon passage dans ce lieu n’a pas été inutile.

Outre le fait qu’il m’ait permis de Te connaître, le fait « scandaleux » d’avoir eu plusieurs pseudos sur ce chat m’a fait comprendre très vite ce que certain(e)s qui sont sans doute encore là-bas aujourd’hui mettent des mois ou des années à comprendre.

 

Je songe à ce titre de livre : « L’enfant qui disait n’importe quoi »… Là-bas, la plupart des hommes disaient réellement n’importe quoi… Et les femmes aussi souvent, c’est ainsi...

Lorsque vous avez plusieurs identités sur ce type de lieu, vous découvrez très vite deux choses.

La loi de l’offre et de la demande : peu de femmes, beaucoup d’hommes, ceux-ci étant donc prêts à toutes les compromissions pour avoir une chance de manier peut-être leur martinet ou autre chose, plus souvent autre chose d’ailleurs pour finir qu’un martinet, la plupart d’entre eux ignorant les règles de base de cet art !

Comme l’enfant du roman, ils me disaient donc tous n’importe quoi et comme ils me le disaient sous mes pseudos différents, j’ai eu l’occasion d’en "lire" de toutes sortes, de ceux qui changeaient de personnalité trois fois par jour, à ceux qui étaient mariés, divorcés, célibataires et veufs dans la même après-midi…

 

Le gag dans mes fameux pseudos était qu’ils étaient tous semblables au  millimètre près dans leur description et qu’à part leur date de création, c’étaient vraiment des clones…

Ils n’y faisaient pas même attention, c’est vous dire, tant ils étaient affamés de gibier….

( Je suis en train d’écrire mes « souvenirs d’en chat », mémoires de quelques dialogues savoureux, je vous les donnerai bientôt…)

 

Dire que je me suis bien amusée serait tout à fait faux . Mais que j’ai appris et compris là bas beaucoup de choses par ce biais est une vérité. Avant de te connaître, je ne me faisais plus d’illusions sur les rencontres virtuelles et j’étais redevenue sauvage. J’avais aussi enfin réussi à décrypter celui qui m’avait amenée sur ce chat et cela provoqua d’ailleurs à très court terme l’implosion de cette relation.

 

 

Ta vie « antérieure » différente de la mienne à cent pour cent t’avait suffisamment permis auparavant de te frotter aux mêmes phénomènes sans passer par le virtuel pour arriver aux mêmes conclusions.

Aussi avons-nous en fin de compte les mêmes points de vue à peu près en ce qui concerne la plupart des choses et le SM en particulier.

Dans un cas comme dans l’autre, c’est un grand besoin d’authenticité et de vérité qui nous caractérise. De complicité, de respect, de partage, de solidarité.

Entre nous deux aussi.

 

Curieux pour des gens qui n’étaient en fin de compte au départ l’un pour l’autre que des pop ups sur un clavier les soirs d’un printemps lointain déjà….

 

 

Choisir. Se choisir. Se choisir à deux, se flairer, se mesurer…

Evaluer la juste distance. Celle qui sépare comme celle qui rapproche.

N’être jamais dupe. L’idéal n’existant pas.

Savoir se choisir. Se donner une chance.

L’amour en plus parfois…