Il ne reste plus qu’à attendre un peu, oh, si peu pour que vienne le printemps…

 

Il y aurait du vent, juste la légère brise d’un de ces beaux Mai comme on ne les oublie pas, de ces Mai festifs dont on traverse  les « ponts » ensoleillés.

 

« Le Mai , le joli Mai en barque » des « Alcools » d’Apollinaire… Laissons le Rhin à ce dernier, embarquons sur d’autres fleuves, sur d’autres eaux…

 

Par ces belles journées de jambes nues, je me voudrais pour Toi, objet d’étude, esquisse, ébauche d’art avant que de devenir par Toi encore corps de ballet…

 

Multiplie-moi, serre-moi de toutes les manières et de toutes les contraintes possibles, fais de moi toutes les formes que Tu pressens pouvoir tirer de cet alliage de muscles, de membres, de peau que je suis.

 

Je voudrais tant qu’il fasse beau….

 

Pas de masque sur mes yeux et du soleil à l’infini, pour changer, pour une fois, une chaleur vrombissante des premières mouches, une chaleur à rappeler les goûters à la confiture de l’enfance..

L’enfance et ses mystères. L’enfance et ses petits et grands secrets.

 

Refais de moi cette enfant que j’étais, sensuelle sans savoir nommer ce qu’elle éprouvait.

Accouche-moi d’elle et de sa liberté de mouvement .

Pour cela, seuls les liens ont un pouvoir magique quand à l’intérieur d’eux, on se libère de tout poids extérieur, que l’on se perd en toute conscience, tout juste avant de perdre tout à fait conscience et se laisser aller, chaleur, rougeur, à l’onde qui nous berce d’un infini balancier, mouvement pendulaire du trajet vers le plaisir….

 

Laisse-moi me bercer, la corde  entre mes jambes, comme je me berçais gamine sur le bord des fenêtres de ce rez de chaussée d’école municipale que nous habitions alors.

Je fixais le haut du ciel et son bleu méditerranéen incomparable à travers les branches des platanes qui bordaient les quatre côtés de la cour.

Puis venait toujours le moment où je perdais pied, non pour choir mais bien au contraire pour m’envoler.

 

Il aura donc fallu que passent trente années pour que je retrouve le viatique d’un semblable voyage. L’itinéraire aussi. Double aujourd’hui . Entre Tes liens ou plutôt nos liens ou bien par la douleur. Non celle-là, trop vive qui arrache des cris et qui n’est que le nécessaire passage pour l’embarquement vers… Cythère ?

(Toi seul comprendras ce sourire… Non, l’allusion ne va pas à Baudelaire après celle à Apollinaire « mais…parlons d’autre chose », comme disait Brel…)

 

Un embarquement pour ce plaisir où l’esprit le dicte au corps en toute joie et fête ludique comme l’enfant qu’il surprend et laisse muette d’étonnement d’avoir eu l’intuition d’un grand secret…

A peine quelques secondes, un éclair vivace comme si le soleil était entré en fusion tout là-haut, au dessus du platane, et dont il ne reste déjà que cette chaleur humide, ces quelques perles de rosée venues mourir en clapotant entre ces lèvres du milieu du corps, ce sourire vertical, comme le nomment si bien les poètes…

Et le souffle coupé.

 

Oui, une autre douleur, pas celle du premier instant qui n’est là que pour ouvrir le jeu, comme les trois coups que l’on frappe au théâtre… Pas la douleur vive d’une seconde où tout consiste à supporter pour offrir et du même coup s’abandonner et recevoir les clés pour entrer de l’autre côté, celui des douleurs qui vont et viennent, des douces douleurs où la contrainte qui rend la voix muette laisse enfin la parole aux autres expressions de mon être, celles des viscères tout comme celles de l’esprit….

 

Le souffle coupé…

Ce souffle coupé par un lien magiquement tressé là, au milieu des seins, serré par Tes mains juste à point pour ombrager ma peau tout à l’heure des marques des cordes, précieuses comme le plus précieux des sautoirs, une parure, un bijou d’un luxe impensable et sans prix puisqu’éphémère….

 

Trente ans pour que je Te rencontre et que Tu m’offres les clés du chemin oublié, celui de l’innocente stupeur du plaisir…

 

Je voudrais qu’il fasse beau, je voudrais le vivre les yeux ouverts ou mi-clos, être Ton encordée qui danse et se balance dans sa tête, imperceptiblement  puisqu’immobile.

 

Corps entravé. Corps emballé.

Marcher à Ta baguette. Et Toi en chef d’orchestre, moi en corps de ballet…. (merci à Prévert pour cette dernière ligne).