Bernard Giraudeau 1947-2010.

Bernard Giraudeau - Photo d’Archives.

 
 
 
 
Cette note devait paraître hier en fin de soirée.
Un bug de KarmaOS en a empêché la publication.
 
 
L’annonce de la disparition de Bernard Giraudeau est venue me frapper aujourd’hui comme un coup de foudre dans le ciel serein des vacances qui se profilait enfin pour moi.
 
De cet homme à la présence étonnante qui fut tout à la fois acteur (de théâtre et de cinéma), réalisateur, scénariste, producteur et écrivain, mais aussi homme de gauche engagé, je crois que nous allons tous garder une image de pudeur et de discrétion, loin des faux fastes de l’univers clinquant du vedettariat.
 
Est-ce parce qu’avant toute chose il débuta comme marin qu’il ne se mit jamais en avant et joua toujours sur la retenue, ne consentant à sortir avec force de sa modération que pour parler de son combat de dix ans contre le cancer et dénoncer ces dernières années l’état des services d’oncologie des hôpitaux français et le conflit entre politique et médecine ?
 
Je voudrais en cette nuit - puisque je ne l’ai jamais vu sur les planches - égrener à sa mémoire et en hommage, comme un chapelet de recueillement, quelques-uns des titres de ses films, ceux qui ont marqué mon parcours ainsi que ceux des deux livres remarqués que j’ai lus de lui.
 
En 1976, « Bilitis » de David Hamilton où il jouait « le jeune premier » à la perfection, lui qui ne faisait pourtant que débuter devant la caméra et qui impressionna alors beaucoup la frêle adolescente que j’étais, au point d’avoir sa photo collée sur mon armoire de lycéenne.
 
En 1981, « Passion d’Amour » de Ettore Scola où il est l’homme beau confronté au déraisonnable désir d’une femme laide qui sombre dans la folie. Un rôle percutant dans un film qui l’était tout autant et qui n’eut pas le succès qu’il méritait.
 
En 1984, il fut l’inoubliable séducteur manipulateur de « L’année des méduses » de Christopher Frank et ce fut ce film, sans doute, qui le fit passer au stade d’acteur connu et sur le nom duquel, durant une bonne décennie, des films purent se monter.
 
C’est dix ans plus tard - en 1994 - que je le retrouve, justement, tel que je l’aime dans « Le fils préféré » de Nicole Garcia.
 
En 1996, après la lecture passionnée de son roman « Les caprices d’un fleuve », je vais en voir (dans une salle quasiment déserte) le film qu’il en a lui-même tiré.
 
La même année, il flamboie dans « Ridicule » de Patrice Leconte.
 
L’an 2000 me permet de l’admirer à deux reprises dans des films où il joue l’ambiguïté (« Gouttes d’eau sur pierre brûlantes » de François Ozon, d’après Fassbinder) et la perversité (« Une affaire de goût » de Bernard Rapp).
 
Je ne le reverrai plus qu’une fois dans une salle obscure, en 2004, pour « Les marins perdus » que Claire Devers avait adapté de l’œuvre éponyme du cher Jean-Claude Izzo, dans le rôle de Diamantis qui paraissait taillé pour lui.
 
Puis vint l’annonce de cette « longue maladie » qu’il combattait avec courage et qu’il accepta, sans hypocrisie aucune, de nommer.
 
En décembre dernier, c’est avec un grand plaisir de lectrice que j’eus entre les mains son tendre et profond « Cher Amour » où il avait mis beaucoup de lui-même mais qui n’était point un texte crépusculaire et encore moins testamentaire.
Simplement un très beau livre bien écrit.
 
Il y eut enfin le 10 mai passé le long entretien accordé à « Libération ».
 
Que les vents de la mer portent vers le large l’homme aux yeux d’azur qui fut, somme toute, un éternel navigateur de lui-même et qui nous a laissé cette leçon de vie : parmi des causes encore non déterminées avec certitude, le cancer peut aussi nous atteindre de par le fait de l’état psychologique dans lequel on se trouve si tant est que l’on mène dans la durée une activité insatisfaisante ou que l’on traverse des épreuves qui deviennent source d’anxiété prolongée.
 
 
« - Vous dites que vous vous y attendiez quand le cancer vous est tombé dessus…
- Oui, je le savais, je m’y attendais. C’était justifié que les choses se passent comme cela. A un moment, je ne pouvais plus continuer, je voyais bien que j’allais vers quelque chose qui me rapprochait de l’abîme. Cela tenait à mon existence qui avait de moins en moins de sens, une course effrénée qui me maintenait en permanence dans un état d’angoisse, celle qui peut accompagner notre métier d’acteur. J’allais où ? Un manque de sens, de profondeur, de recherche sur l’essentiel… Et donc, le cancer est arrivé et je n’étais pas trop étonné. ».
 
Bernard Giraudeau - Entretien avec Eric Favereau - « Libération - 10 mai 2010 (à lire ici).