Louise Bourgeois 1911-2010.

Louise Bourgeois "Personnages".

Louise Bourgeois "The Destruction of the Father", 1974.

Louise Bourgeois "Spiders" L'Araignée "Maman" au Musée Guggenheim de Bilbao.

Louise Bourgeois "Red Cell".

Louise Bourgeois en plein travail.

Photos d’archives de Louise Bourgeois travaillant.

                                   Toutes les sculptures © Louise Bourgeois.
 
 
 
A 98 ans, elle sculptait encore et continuait à tenir salon à New York.
Un regard de petite fille rieuse dans un visage auquel les ans ont donné leur patine.
Qu’est-ce que nous l’avons aimée, Louise…
 
Le cœur l’a lâchée lundi et la voici qui nous lâche elle aussi, elle, la grande, l’inimitable Louise Bourgeois, l’artiste qui se tenait à cheval sur les rives entre deux siècles, sur les berges entre deux continents.
 
Peu d’œuvres dans la sculpture auront eu une origine aussi autobiographique que la sienne.
 
Louise Bourgeois, née en 1911 en région parisienne et fille de restaurateurs de tapisseries anciennes n’eut de cesse de raconter, des USA où elle était partie suivre son mari en 1938 - d’abord à travers la peinture puis en tant que plasticienne (mais sans appartenir jamais à une quelconque « école ») - l’éternel conflit entre enfant et parents, entre homme et femme.
 
Nul comme elle n’aura expliqué avec autant de clarté (en textes, entretiens, interviews) les racines de son inspiration : la jalousie d’une femme (sa mère) devant les infidélités d’un homme (son père), les terreurs d’une enfant qui devaient se prolonger longtemps, longtemps (et que l’on remarque dans l’instabilité de la verticalité des figures totems de la série des « Personnages », entamée dès 1945).
 
En fait, ces protagonistes familiers ne devaient jamais vraiment la quitter : il fallut détruire symboliquement le père détesté (« The Destruction of the Father » en 1974), elle dut en 1999 représenter la mère adorée sous la forme d’une araignée, « Maman », chercher la résilience de cette enfance prisonnière du doute et de la peur (la série des « Cells » au milieu des années 70, cellules dont elle disait « Toutes les prisons parlent de la peur. La peur est la douleur. »).
 
Elle sut avec le même bonheur explorer les facettes de sa féminité personnelle, de sa sexualité, allant jusqu’à évoquer dans ses réalisations les relations qu’elle entretenait avec ses propres enfants.
Sa sculpture était faite de tous les matériaux (elle aimait faire se rencontrer de façon inopinée métal, latex, marbre, bois, tissus, céramiques, verre etc.) et ses œuvres se présentaient géantes ou de taille plus raisonnable mais très rarement de petit format.
 
Elle se voyait comme une couturière de l’inconscient (résurgence du métier de tapissier de ses parents ?) et elle qui écrivait si abondamment autour de ses travaux avait ainsi dit :
« J’ai toujours senti une fascination pour l’aiguille, pour le pouvoir magique de l’aiguille. L’aiguille s’utilise pour réparer les dégâts. C’est l’une des revendications du pardon. ».
 
Il y avait bien longtemps que Louise Bourgeois avait pardonné aux acteurs de son drame enfantin, de son huis clos familial, qu’elle avait exorcisé ses démons en les sublimant par l’art (qui est - disait-elle « une garantie de santé mentale ») et en devenant l’une des figures les plus importantes de la sculpture contemporaine.
 
Œdipe dévoilé par des mains féminines, l’angoisse étouffante du passé devenant le plaisir esthétique de l’aujourd’hui, Louise Bourgeois nous aura, depuis 1945, charmés et entraînés dans les méandres de son œuvre puissante, violente et cathartique.
Féministe ? Sans doute à maints égards, oui mais pas que cela.
Freudienne ? Sans doute à maints égards, oui mais pas que cela.
 
Cruelle et impudique, malicieuse, irrévérencieuse…
Au moment où elle s’en va, elle ne nous donne qu’une envie : la revoir, la réentendre et la relire, la relire, la réentendre et la revoir…
 
 
 
 
 
 
PS : J’ai déjà publié la célèbre photo réalisée en 1982 par Robert Mapplethorpe de Louise Bourgeois tenant entre les mains son opus « Fillette », un immense phallus de latex.
Je ne la repasse donc pas cette nuit mais vous pourrez la retrouver ici, à l’heure où Louise est en train de rejoindre Robert dans quelque paradis de la création.