Je ne m’interdis pas de parler de Marden.

Pas de lui, certes, dont je n’ai nulle nouvelle, mais de mes ressentis et de la façon dont les choses procèdent.
On pourra penser que je me sers de mon blog comme d’une thérapie et c’est vrai en un sens.
 
Mais j’avais prévenu que la « Seconde Epoque » ne ressemblerait pas à la première.
Tant que nous avons formé un couple, il y avait comme une « clause de discrétion » ici, qui consistait pour moi à ne pas trop y évoquer l’autre, au nom de sa « privacy ».
Aujourd’hui, je n’hésite plus à parler de moi. Non par « egotisme » mais parce que cela m’aide.
Et le fait que cela soit lu m’aide encore plus, me forçant à être rigoureuse et non seulement à discuter « en vrac » en mon for intérieur, comme dans ce dialogue interminable que nous nous tenons tous avec nous-mêmes.
 
Peut-être que ce post paraît aussi cette nuit parce que quinze jours encore me séparent de ma prochaine visite chez le fameux « psy » et que j’ai besoin de faire le point, de me poser un instant pour le faire. 
 
Je ne garantis pas, par contre, de laisser « toujours » cette note en ligne parce qu’il va y être question de mon fils et que si j’ai accepté l’idée - contrairement à ce que je pensais jadis - qu’il puisse un jour, si cette plateforme existe encore alors, « tomber sur » et lire mon blog en m’y reconnaissant (je n’éprouve aucune honte de ces pages et je le crois d’une tolérance assez grande pour les accepter même venant de moi), je ne souhaite pas qu’il lise jamais ce que j’ai pu y écrire de lui.
 
J’ai enfin rêvé de Marden.
Et c’est ce rêve que je désire raconter mais je ne le ferai que demain car je voudrais d’abord préciser où j’en suis et donc, dans quel contexte il a eu lieu.
 
Le fil est désormais totalement rompu.
 
Il a commencé à l’être lorsque j’ai rangé (c’était un acte très important, d’une importance capitale même) tous nos « objets » dans une boîte bien scellée, lorsque j’ai placé dans un carton le très beau manteau et la veste qu’il m’avait offerts cet automne et que je ne porterai plus, avec la robe et la jupe que j’avais achetées, moi, pour accompagner l’un et l’autre et que je ne porterai plus non plus. Les y ont suivi une autre robe qu’il m’avait montrée dans une vitrine la veille de la rupture, robe hors de prix pour moi que j’étais cependant allée acquérir quelques jours après « notre fin », comme si le fait de la posséder pouvait le faire revenir, et le tee-shirt qui faisait « l’ensemble » avec celle-ci…
 
Il l’a été lorsque je suis allée voir « Gainsbourg, Vie Héroïque » et que j’ai eu entre mes mains le dernier James Ellroy, « Underworld USA ».
C’étaient nos deux derniers projets « immédiats » en commun.
Maintenant, je ne sais vraiment plus rien de ce qu’il peut bien faire ou ne pas faire, à part les considérations du quotidien évidemment.
Et celles-là, j’évite soigneusement d’y penser.
 
En fait, la semaine quand je travaille, tout va bien.
Comme je « fais toujours très tard », je me lève au radar et commence à ce moment-là la course quotidienne avec toute l’ « intendance » à gérer. C’est un excellent moyen de chasser toute idée qui me ramènerait vers lui.
 
Il arrivera fatalement que la sortie d’un livre des Giacometti et Ravenne ou de Grangé me fassent me dire un jour ou l’autre qu’il est en train de les lire à coup sûr.
Ça, je n’y échapperai pas. Comme je n’échapperai pas à cette déchirure de ne pas pouvoir en parler avec lui. Et de ne pas pouvoir parler de tant d’autres choses encore…
 
Ce sont les week-ends qui sont difficiles. Les réveils du week-end.
Là, n’ayant pas à me lever comateuse, je m’extrais lentement du sommeil et, au bout d’une minute, il y a une souffrance terrible qui monte et qui me ferait presque gémir, une douleur qui me tord le ventre : « Mais comment est-ce possible que cela soit ainsi, sans plus rien, sans aucun contact, sept ans et plus pour ce néant de merde… ».
 
Cette souffrance, je l’apaise médicalement. J’ai un Xanax à côté de mon lit, je le prends et peu de temps après, je suis en mesure de paraître « normale » et de proposer à mon fils un visage serein.
C’est primordial. Pour moi et avant tout pour lui.
 
Mon fils a de moi une image maternelle et féminine très positive et pourtant, il a dû se battre pour se la construire.
Mes exécrables relations avec son père, le mal que celui-ci dit de moi et la façon dont il me traite sont allées de pair, dès après ma rencontre avec Marden, avec des rapports plus que houleux, haineux quelquefois, avec mon propre père qui me nomme sans cesse « femme indigne », « mère indigne » ou pire…
Il est évident que dans pareille situation, mon image féminine de « si peu aimée des hommes » n’avait, pour mon enfant, trouvé réparation que dans la  figure de Marden et qu’il « comptabilisait » quasiment tous les « hommages » que ce dernier me rendait.
 
Cette après-midi, Préado est allé me chercher dans sa chambre le bocal de verre qui contient toutes les têtes de roses séchées des bouquets que j’ai pu recevoir et qu’il coupait, dès que les fleurs commençaient à se faner, pour les placer là.
 
Il m’a dit : « Tu sais que c’est bientôt la Saint-Valentin ? Alors, tu n’auras pas de roses cette année ? ».
Je lis en lui comme dans un cristal et j’ai su immédiatement la phrase qui allait suivre. Je l’ai désamorcée d’un :
« Non, je n’aurai pas de roses cette année. Tu sais bien qu’il ne m’en enverra pas puisqu’il ne m’aime plus. Mais cela ne veut pas dire que ce sera tous les ans comme ça. Si de lui, je n’aurai jamais plus rien, il arrivera sans doute qu’un jour quelqu’un d’autre m’aime à nouveau. »
Et j’ai ajouté pour le faire rire :
« Dis donc, n’oublie pas que je n’ai quand même pas cent ans ! ».
 
J’avais bien raison puisque je n’ai tout de même pas pu esquiver son :
« Parce que moi, tu sais, je peux aller t’en commander un de bouquet, j’ai les sous ! »
Et de devoir lui expliquer que non, il n’a pas à se substituer à un homme amoureux qui a fait défaut et que lui est mon fils, tout mon fils mais rien que mon fils.
 
Vous comprendrez maintenant pourquoi je ne veux surtout pas afficher une once de chagrin sur mon visage devant cet enfant-là.
 
Le chagrin pourtant ne me fait pas de cadeau.
Il arrive lorsqu’en fouillant pour retrouver un livre, je trouve tous ceux que Marden m’offrit et me signa.
Celui de mon tout dernier anniversaire par exemple, paraphé d’un « A Toi, Mon Amour Pour Toujours » de sa belle écriture haute et décidée.
On me dira (je me dis aujourd’hui) que c’était une « dédicace » a minima, quelques mots que l’on met lorsque justement l’on n’a plus l’imagination pour en écrire d’autres…
Mais bon, cela ne fait pas du bien tout de même de lire ça et de penser que seulement quelque temps plus tard, il n’était plus question ni d’amour, ni de toujours.
 
Le chagrin, c’est aussi cette certitude de savoir que la page est complètement tournée de son côté, qu’elle l’a été immédiatement.
Je peux maintenant écrire cette anecdote : le joignant sur son téléphone à son travail le lendemain, il coupa évidemment la communication ou plutôt crut l’avoir coupée en appuyant sur un bouton dans la poche de sa blouse.
Or, cela n'eut aucun effet et, durant dix minutes, j’entendis sa conversation : un homme lui racontait une histoire drôle et Marden riait à gorge déployée puis il lança quelques vannes et fit quelques compliments de circonstance aux collègues femmes qui passaient devant lui : il était d’une humeur « plein beau fixe », d’une remarquable indifférence alors que je souffrais, moi, comme une bête.
Que l’on ne vienne pas me dire que cette rupture ne fut pas « préparée » et que le différend du cinéma ne fut pas l’occasion de se « débarrasser » de moi.
Que l’on ne vienne pas me dire que la vague raison évoquée était la vraie !
 
Le pire, c’est ce silence, cette coupure complète, le refus de toute relation et de toute explication.
Les deux derniers allant de pair.
Une Vraie Dame, avec laquelle j’ai échangé un coup de fil mardi soir, m’a dit que pour deux de ses amies, la même situation s’était produite : une fuite du compagnon du jour au lendemain sans jamais de possibilité de se revoir et de mettre les cartes de la vérité sur la table.
Je crois (Messieurs, vous me pardonnerez…) que la plupart des hommes sont lâches et que quand ils sont las de leurs propres mensonges, s’ils ne parviennent pas à nous amener, nous, à rompre lorsqu’ils ne veulent plus de nous, c’est la « disparition » totale qu’ils choisissent et avec morgue, s’il vous plaît, morgue qu’ils prennent peut-être pour du panache…
 
Je ne lui en veux même pas, sincèrement, je l’ai bien trop aimé pour cela.
Je « remercie » simplement les quelques salopards (absolutly non BDSM, je tiens à le dire car il ne faut pas tout mélanger) qui ont pesé de tout leur poids d’influence (et longtemps !) pour que notre histoire d’amour finisse ainsi.
Ceux-là, j’aimerais bien qu’ils trouvent cette page où je leur dis « Je vous emmerde » mais hélas, il n’y a aucune chance que Google me les amène puisque Marden ne s’appelle pas en réalité Marden…
Ça, mon « adresse » à ces braves gens, c’est de la colère et j’en suis consciente : le psy serait content !
 
Je ne suis pas toujours en colère. Ni amère. Je n’ai pas le temps. Des décrets vont paraître dans les prochains jours qui font peser de très lourds nuages noirs sur mon avenir professionnel et je suis dans la crainte la plus absolue de mes demains.
 
Triste si, et souvent.
Mercredi prochain, je dois subir une petite anesthésie et j’ai peur.
Du temps de nos amours, je n’éprouvais jamais cela.
Le fait que nous soyons deux, si liés, si soudés, si siamois, servait comme un « grigri » irrationnel : rien ne pouvait nous arriver de fatal ni à l’un ni à l’autre.
 
Aujourd’hui, je suis seule et tout peut m’arriver, n’importe quand. Ce sentiment est peut-être tout aussi irrationnel que celui du « grigri » mais il est néanmoins profondément ancré en moi.
Qui vivra verra…
 
De toutes les choses qui peuvent m’arriver ne m’arrivent pas que des ondes négatives.
 
J’écris, je lis, je vois des gens.
 
Curieusement, j’ai aussi retrouvé une image physique de moi qui me satisfait.
Et ce ne sont pas les kilos perdus qui font tout: ne nous leurrons pas, leur départ n’a pas rendu à ma peau sa texture impeccable et le velouté qu’elle avait lors de mes vingt ans, toute ma cellulite ne s’est pas envolée par magie..
Mais cependant, l'on s’accorde autour de moi à me dire (même le psy l’a fait) que j’ai comme rajeuni ces temps-ci : d’une part, j’ai renoncé à me vêtir d’ombre et sans collants fins comme Marden le voulait pour me soustraire au regard des autres (je me suis même payé quelques vêtements « charmants ») et d’autre part, j’ai compris aussi que c’est son refus de regard sur moi, sa négation de tout compliment, qui m’avaient rendue si peu confiante en moi depuis mars 2008.
Lorsque l’homme que l’on aime ne vous « voit » plus, l’on ne se voit plus non plus ou bien l’on se voit très mal.
 
Alors, j’ai changé de parfum. Chez moi, c’est toujours un signe très fort.
Un signe d’espoir.
Il y a mille façons de « faire le deuil.
 
Et puis, j’ai enfin rêvé de Marden.
Mais, comme je l’avais prévu, il est vraiment très tard et je garde cela pour demain…