BDSM Joyeux Noël et Bonne Année 2010 de la part d'Aurora.

 

« Dans mon chagrin, rien n’est en mouvement
J’attends, personne ne viendra
Ni de jour, ni de nuit
Ni jamais plus de ce qui fut moi-même ».
 
Paul Eluard.
 
 
Je vais vous souhaiter ce soir, à toutes et tous, d’heureuses fêtes de Noël et de fin d’année avec quelques jours d’avance.
Si l’image scintille de tous ses feux, c’est qu’elle est vous est destinée.
 
De mon côté, le cœur n’y est pas.
Depuis dimanche, je vis dans la souffrance, une souffrance si intense et si dure, si intime, qui me déchire l’âme, qui me dévore les tripes, une souffrance telle que je ne sais pas la décrire.
Je ne mange plus parce que je vomis tout dans la seconde qui suit.
 
Parce que je suis comme je suis, fidèle et allant au bout de tous les objectifs que je me fixe -mais aussi, je l’avoue, pour essayer de conjurer le sort qui s’abattait sur moi et, ce faisant, d’entretenir malgré tout l’espoir là où il n’y avait déjà plus que du noir - c’est avec une feinte légèreté (qui m’aura servi de masque pour grappiller quelques nuits sur l’échéance fatale) que j’ai publié, même après ce jour, mes toutes dernières notes.
Me voici au bout de celles-ci, qui composaient ma série de Noël.
Et me voici, du même coup, au bout de mon « sursis ».
 
Ce qui se passe n’est ni de mon fait, ni de ma volonté.
La vie peut parfois basculer brutalement du tout au tout en quelques heures, en quelques phrases - entre le début et la fin d’une séance de cinéma par un froid dimanche - et se montrer très cruelle alors que l’on ne s’y attendait pas.
 
J’ai hésité jusqu’à il y a une heure à commencer cette note.
J’aurais pu me taire, m’en tirer par une pirouette, ne pas briser l’image que certains se faisaient de nous ou ne pas donner le plaisir de notre chute à ceux (celles surtout) qui n’attendaient que cet instant depuis si longtemps.
 
Des raisons de clore ce blog, j’en avais mille à présenter, toutes aussi vraisemblables les unes que les autres.
J’ignore ce qui me pousse à dire la vérité sinon peut-être cette phrase lue ailleurs sous la plume d’un autre jadis et que je me suis si souvent répétée : « L’écriture est un antalgique, pas une thérapie. ».
C’est bien d’un antalgique dont j’ai besoin en ce moment.
Pourtant, plus j’avance sur mon clavier et plus j’ai atrocement mal.
Je suis cependant certaine qu’il me faut en passer par là, aller au-delà de la pudeur, casser le jeu des apparences, me mettre en maux, me mettre en pièces aux yeux de tous si je veux exister encore, si je veux espérer en la possibilité d’un demain, même éloigné, mais d’un demain heureux pour moi.
Quand les faits seront matérialisés noir sur blanc ici, qu’ils seront lisibles de quiconque, ils vont prendre forme vive et devenir la réalité indéniable que je dois affronter pour ce faire.
 
J’écris ceci sans rancœur, ni rancune, il n’est pas même besoin de le préciser.
Je n’écris qu’avec ma souffrance.
 
L'unique chose qui me semblait impossible en ce monde est arrivée.
Marden a décidé, unilatéralement, dimanche que notre chemin ensemble s’achevait là.
Depuis, c’est le silence total.
J’ai pourtant tout fait de ce que je pouvais encore faire : déposer des messages sur portable, sms'er, mailer jusqu’à cet après-midi afin de promettre les concessions qui m’étaient - soi-disant - demandées.
Sans aucune réponse, ni fin de recevoir.
Je pense que mes connexions ont été zappées, que mes courriels n’ont même pas été ouverts.
Et je porte en moi, désormais, tout le chagrin du monde.
 
Il y a dix-huit mois que notre couple connaissait des difficultés.
Sous le voile de la fiction, je les ai racontées un jour dans un texte qui s’intitulait « L’impossibilité d’un Il ».
Parce que je tenais à nous plus qu’à tout et bien que je n’aie jamais obtenu d’explications claires, j’ai passé l’éponge.
Mon amie la plus chère, la très grande dame (et la très belle âme) que vous connaissez  ici sous le nom d’ « Idalie Felix » m’a aidée en ce sens, me poussant à ne retenir que le beau : nos silhouettes projetées sur l’asphalte par les réverbères, lui si grand, moi bien plus menue, tous les goûts et combats que nous partagions, nos affinités électives, la chance de nous être rencontrés, me convainquant de lutter contre l’amertume et le dépit, me pressant de garder en moi le plus que je pouvais de l’essentielle confiance que j’avais placée dans l’homme que j’aimais.
 
Après cela, j’ai vu malgré tout Marden s’éloigner de moi peu à peu.
Je sentais à des rebuffades répétées qu’il n’était plus « fier » de moi comme autrefois.
Au cours des deux derniers mois, ce weblog en a été le bon exemple.
Lui qui tirait tellement orgueil de mes publications, qui m’en parlait chaque jour, s’est mis à ne plus évoquer ce sujet, au point que je ne savais plus s’il avait pris ou non connaissance de tel ou tel écrit.
 
C’est à ces détails que l’on pressent que s’installent une forme d’indifférence, un « moins » d’amour, voire un agacement en l’autre.
Je n’ai pas voulu croire à ceux-ci, me battant bec et ongles pour essayer de provoquer la discussion autour de ce mauvais passage que nous traversions, pour lui trouver une issue.
 
L’issue, vous la connaissez comme moi.
Il ne m’aimait plus.
Tout simplement, il ne m’aimait plus.
J’ai fini dans la corbeille d’une boîte à lettres Hotmail.
 
Ce blog - sous la forme qu’il a eu jusqu’à présent - s’arrête donc ici.
En ces circonstances, je ne saurais dire si c’est ou non définitivement que ma voix se tait.
Parce que je suis comme je suis, fidèle et allant au bout de tous les objectifs que je me fixe, je passerai en tout cas à chaque 14 du mois jusqu’en mars 2010 poser trois dernières pierres à la mémoire d’Alain Bashung.
Mais je ne puis garantir que je « posterai » véritablement à nouveau un jour, que ce soit ici ou ailleurs.
 
« Ailleurs » me paraît une fausse solution. Ma maison de mots est construite entre ces murs.
 
« Ici », alors, mais à quel titre dorénavant ?
 
Je me dois de m’appliquer la même mesure que j’ai appliquée à certains « maîtres » du Net : « un maître sans soumise » n’en est pas un.
Je suis aujourd’hui une soumise sans maître, je ne suis donc pas (plus) une soumise.
Dès lors, que serait  intrinsèquement ce blog ?  
 
Il faudrait, pour que je le reprenne, que je réussisse à faire le deuil de son passé, que j’arrive à le voir comme mien, non plus « le nôtre » mais exclusivement le mien, non plus un blog de soumise mais un blog de femme « avec des dispositions pour le BDSM », avec « quelque idée quant au BDSM ».
Il faudrait qu’ « Aurora » parvienne à retrouver quelque estime d’elle-même, à s’accepter comme une femme d’un certain âge redevenue célibataire.
 
Comme c’est terrifiant de me trouver là à chercher à me définir, combien cela me détruit de tenter d’être, de vivre, de me situer, de reprendre une place dans le monde avec ma nouvelle solitude…
Je ne le souhaite à personne. Personne.
 
De toute façon, en cet instant précis, je ressens l’écriture - et tant d’autres choses - comme morte/s en moi.
J’aurais pourtant eu encore tant de trésors cachés à partager avec vous.
Il y a une semaine à peine, je prévoyais de terminer l’année sur un hommage à André Pieyre de Mandiargues dont l’on célébrait en 2009 le « centenaire » posthume.
 
Et voici que le destin me dépossède en un instant de tout à la fois de ce qui faisait la femme que je fus, même de ce rien du tout qu’il me plaisait d'apporter en ces lieux.
Qu’importe de ces notes qui ne seront pas…
J’en témoigne cette nuit uniquement pour faire bien comprendre le complet dénuement et la tristesse qui sont les miens.
Mais si le simple fait d’en avoir entendu parler dans ces lignes a pu donner à un seul d’entre vous l’envie d’aller lire du Mandiargues, ce sera déjà très bien.
 
Au moment de vous quitter, quelques mots pour chacun/e :
 
A celles et ceux qui ont été des lecteurs de cet espace comme d’un blog parmi tant d’autres mais qui se plaisaient à le visiter en « muets », je conseille de passer de temps à autre.
S’il devait y avoir une « reprise » - si je devais retrouver la force et le sens d’une expression que je considérerais comme utile - ils la verront.
Et si mes mots partaient un jour vers une autre adresse, c’est ici que je l’indiquerais.
 
Aux autres, qui n’ont pas lu un blog mais qui m’ont lue, moi, cueillis par une forme d’amitié, certes toute virtuelle mais qui m’a portée - ils le savent - de rendez-vous quotidien en rendez-vous quotidien (je pense particulièrement à ceux et celles qui ont correspondu avec moi, régulièrement ou sporadiquement), je dis qu’ils peuvent m’écrire aux adresses e-mail qu’ils/elles me connaissent.
Le fait de leur répondre m’aidera peut-être, qui sait…
 
A toutes et tous : un blog, c’est une partie de la vie d’une personne, j’ai mis dans celui-ci beaucoup de temps et d’énergie, veillant souvent très tard après ma journée de travail et de mère pour vous proposer un contenu que j’espérais toujours digne de l’attention que vous me prêtiez. .
Il y a eu des périodes où mes « investissements » sur ces pages m’ont été rendus au centuple par vos commentaires.
C’est pour cela que ce site demeure en ligne, ouvert à tous ceux qui « tomberont » sur lui, avec la possibilité d’intervenir sur les anciens débats.
 
S’il ne devait jamais y avoir de retour, je désire - avant que de fermer cette porte - vous remercier humblement.
 
Lorsque l’on arrive au générique final, tout ce qui s’est déroulé passe devant les yeux à une vitesse incroyable, donnant la dimension exacte du parcours.
Le sens de ces un peu plus de sept ans pour mes différents weblogs (j’inclus bien sûr le temps si heureux des « U-blog » dans mon compte) m’apparaît déjà de manière éclatante.
Il n’y a eu aucune occasion gaspillée, les ciseaux ont taillé leur chemin dans le tissu avec une perfection exemplaire.
Toutes mes armures ont été fendues.
Ma peau de paroles, ici, fut transparente et vos mains ont toujours su la saisir dans toute sa consistance.
Pour aussi paradoxal que cela puisse apparaître dans ce monde du virtuel, de nombreuses « rencontres » faites sur ces pages ont été d’une « vérité » amicale si étonnante que je la qualifierais d’ « ancestrale » et, pour beaucoup d’entre elles, si précieuses qu’elles ne cesseront pas avec la fin de ce blog.
A ceux et celles qui furent présents à mes côtés durant ces années avec assiduité, je pose un baiser sur la bouche.
Qu’ils soient hommes ou femmes.
Sachez-le bien : ici, j’ai évolué sans trêve grâce à vos mots qui m’ont toujours fait réagir, rebondir, innover, continuer.
Mon voyage avec vous n’aura pas été inutile.
 
Et puisque maintenant il faut bien conclure, que ce soit par un grand coup de chapeau pour signifier ma gratitude infinie à Stéphane Le Solliec, « big boss » de KarmaOS qui, dès fin 2002, accepta de publier sur sa - toute neuve alors - plateforme U-blog le premier weblog BDSM français à paraître hors des sites dédiés, Stéphane qui m’a toujours laissée libre de mes contenus et ne m’a jamais censurée, Stéphane sans lequel l’aventure « AURORAWEBLOG » n’aurait jamais existé...
 
 
 
 
AURORA, le 18 décembre 2009.
 
 
 
 
 
 
NB : Toutes mes autres pages vous demeurent accessibles mais je ne veux, SVP, aucune intervention au bas de ce post.