José Pierre - « Qu’est-ce que Thérèse ? C’est les marronniers en fleurs. » - Collection « Lectures Amoureuses » - Editions La Musardine - Juin 2009.

Scan de couverture de « Qu’est-ce que Thérèse ? C’est les marronniers en fleurs. » - José Pierre - Collection « Lectures Amoureuses » - Editions La Musardine - Juin 2009.

(Tableau de Wolfgang Mattheuer).

 
 
 
Les livres présentés ici en ces jours ne sont pas tous fatalement des romans érotiques ni à fond BDSM.
Une touche seule qui s’approcherait de ces « qualités » me suffit parfois pour avoir l’envie de vous faire partager l’une de mes lectures.
A l’approche de Noël, voici donc pour quelques soirs des livres (j’irai des romans aux « beaux livres ») à découvrir ou à faire découvrir.
De vrais cadeaux…
 
 
 
Longtemps, j’ai cru que José Pierre n’existait pas, que c’était le pseudonyme de quelque talentueux écrivain célèbre qui avait livré - de la même manière qu'Aragon pour « Le con d’Irène » -, sous cape ou sous le manteau, le flamboyant texte érotique « Qu’est-ce que Thérèse ? C’est les marronniers en fleurs. »*.
Puis, durant tout aussi longtemps, j’ai oublié ce nom de José Pierre.
Il faut dire que j’étais une toute jeune adolescente lorsque j’ai lu ce roman pour la première fois dans les années qui suivirent sa publication en 1974.
J’en gardai alors un souvenir ébloui, d’autant plus qu’ayant prêté mon exemplaire sans espoir de retour, je constatai que « Thérèse », devenu introuvable dans les librairies, ne pouvait plus exister que dans ma mémoire et que ce joyau pur de l’érotisme salué en son temps par André Pieyre de Mandiargues, Alain Bosquet et d’autres comme… François Truffaut était définitivement perdu pour moi.
 
Et voici qu’en juin dernier, la collection de poche « Lectures Amoureuses » des Editions La Musardine a eu l'heureuse inspiration de rééditer ce petit chef d’œuvre.
En retrouvant et le livre et le nom de son auteur, voici que tout se met en place.
 
José Pierre fut non seulement bel et bien un homme de chair et d’os mais ce landais, né en 1927 et décédé en 1999, a été un surréaliste de la « dernière période », historien et critique de ce mouvement (ainsi que celui d’autres avant-gardes), poète et auteur dramatique aussi.
 
Et écrivain érotique.
De quelques livres dont aucun - hélas - n’arriva jamais plus à la cheville du tout premier, le fabuleux « Qu’est-ce que Thérèse ? C’est les marronniers en fleurs. ».
 
En quoi donc consiste le prodige de « Thérèse » ?
Dans son style tout d’abord : des phrases cristallines et mélodieuses qui chantent la complainte douce de la nostalgie de l’amour et de ses morsures indélébiles.
De la pure poésie.
« Thérèse » relève, de plus, d'un érotisme extrêmement raffiné, celui qu’il est si rare de rencontrer.
 
La trame est simple.
Thérèse est la fiancée libre et « libérée » de Philippe, le frère aîné du narrateur de ce roman.
Ce grand frère, un peu trop obéissant à la tutelle parentale, place ses études au dessus de tout et néglige parfois la jeune fille.
Celle-ci va alors surgir dans la vie du cadet pour tout y bouleverser, s’offrant à lui et lui servant d’initiatrice expérimentée dans l’amour - sentimental et physique -  et dans le libertinage, toutes trois choses indissociables selon elle.
Philippe, se ressentant de quelque jalousie, finit par se joindre au duo pour la plus grande joie de Thérèse.
Et comme celle-ci a un sens tout particulier du partage et de l’équité, elle ne veut pas que le narrateur, son jeune amant, n’ait pas aussi sa fiancée bien à lui : elle la lui trouve donc et le trio passe au quatuor.
 
Ces musiques variées, c’est toujours Thérèse qui les orchestre comme elle met en scène ensuite les innombrables « figures de style » de cette nuit à V...-le-Château, point d’orgue du roman, événement qu’elle veut féerique et qu’elle prépare pendant de longues semaines.
Une nuit qui va réunir autour d’elle dans une immense fête de l’Eros tous ceux et celles qui la touchent (au sens propre et au sens figuré) et qui sont les élu/es qu’elle dit aimer.
 
Qu’au matin ou quelques mois plus tard, il ne reste dans le cœur de ceux-ci que cendres de bois et regrets, que terrible chagrin d’amour - lorsque Thérèse, enfin mariée, s’en va continuer ses torrides aventures sensuelles sous des cieux lointains -, la magicienne n’en a que faire.
 
Thèrèse est l’héroïne « sadienne » par excellence.
Elle consomme, elle consume, pour elle et seulement pour elle, elle passe, elle est déjà passée, oublieuse mais inoubliable, ne laissant que le souvenir d’un déjeuner de soleil où, lors d’une partie bien surréaliste de « cadavre exquis », les joueurs avaient abouti à la phrase :
 « Qu’est-ce que Thérèse ?
C’est les marronniers en fleurs. »…
 
 
En extrait, les toutes premières lignes du livre :
 
 
« La femme qui a projeté « la plus grande ombre ou la plus grande lumière » dans mes rêves et dans ma vie, pour parler comme Baudelaire, c’est Thérèse, la fiancée de mon frère - et par la suite son épouse.
Cet hiver-là, je m’en souviendrai longtemps, mon frère Philippe nous mit brutalement au courant, nos parents et moi-même. C’était vers le milieu du mois de novembre. Alors que le déjeuner touchait à sa fin (je vois encore la tarte aux pommes que, dans l’embarras qui suivit cette déclaration, je malmenai dans mon assiette sans parvenir à la manger), il nous annonça très froidement :
- Ce soir, je vous présenterai ma fiancée. ».
 
José Pierre - « Qu’est-ce que Thérèse ? C’est les marronniers en fleurs. » - Réédition dans la Collection « Lectures Amoureuses » - Editions La Musardine - Juin 2009.
 
 
 
 
* Les littéraires y auront reconnu les mots de Benjamin Péret qui sont l’exergue du roman :
 
« Tous s’acharnent sur celle qui est comme
le premier marronnier en fleurs
le premier signal du printemps qui balaiera
leur boueux hiver »