BDSM Mode Tendance Bondage Défilés 2009: Thakoon, Narciso Rodriguez, Rodarte, Givenchy, Hervé Léger.,

Photomontage Collections Mode 2009.

 
 
Il est difficile quelquefois d’expliquer aux autres pourquoi l’on a écrit ceci ou cela, quel a été le cheminement de sa pensée et surtout dans quel but l’on a développé cette pensée.
 
Ce qui m’a intéressée dans l’anecdote « Rammstein », ce n’était pas de faire une démonstration de plus de l’imbécillité de la censure mais d’interroger la société face à l’image, ou l’image face à la société, la vacuité de l’image en tant que représentation qui fait pourtant scandale dans une société qui est celle « du spectacle », comme la nommait Debord, et de la regarder, sous le prisme du BDSM - puisque tel était mon propos, lequel aurait aussi bien pu être tout autre si tant est que consacré à un aspect « vendeur » du monde contemporain et donner le même résultat -  là où ce dernier est le plus visible pour tous aujourd’hui, l’univers de la mode et plus particulièrement ce soir, celui du vêtement enfin prêt, fabriqué, le vêtement de la « collection », celui qui est ensuite prêt pour descendre, par le biais des « imitations », envahir la rue...
 
D’où cette photographie, patchwork des ultimes défilés pour l'année 2009 (l'on y reconnaît l'inspiration « bondage ») où le cuir, le latex, le vernis gainent des corps porte-manteaux en de subtils modèles signés Givenchy, Rodriguez et autres, utilisant tous les clichés du BDSM, un BDSM « absent et retiré derrière sa propre apparence » passé définitivement au statut d’objet régnant, qui en vient à nous nier, nous qui le pratiquons, puisque « tout le destin du sujet passe dans l'objet ».
 
Il suffira maintenant que j’écrive que si Fiorucci faisait vraiment du « signe » dans le monde-mode en inventant, précurseur, ses menottes roses de Barbie qui naissaient, elles, directement d’une matrice BDSM vivante et tout à fait « vierge » au moment où il l’explorait, que si la « réclame » porno-chic produisait, - de par son statut d'usine à fantasmes -, l’illusion encore constructive de cette matrice, la mode vendue en tant que telle, pièces manufacturées, natures mortes, - une fois tous nos codes dérobés et vidés de leur signification première , devenus seuls appuis mercantiles - n’est de nos jours que la « vaine orgie entre l’original et son simulacre » pour que quelques-uns parmi vous aient déjà compris le point où je voulais en venir, le cœur incandescent d’où sortent toutes les citations entre guillemets, c'est-à-dire bien sûr l’analyse de Baudrillard dans « Le Crime Parfait » en 1993.
 
Aussi lui laisserai-je les derniers mots…
 
 
 
« La grande question philosophique était : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? ». Aujourd'hui, la véritable question est: « Pourquoi y a-t-il rien plutôt que quelque chose? ».
L'absence des choses à elles-mêmes, le fait qu'elles n'aient pas lieu tout en en prenant l'air, le fait que tout se retire derrière sa propre apparence et n'est donc jamais identique à lui-même, c'est là l'illusion matérielle du monde. Et celle-ci reste au fond la grande énigme, celle qui nous plonge dans l'effroi et dont nous nous protégeons par l'illusion formelle de la vérité.[…]
La vérité, elle, veut se donner nue. Elle cherche la nudité désespérément, comme Madonna dans le film qui l'a rendue célèbre. Ce strip-tease sans espoir est celui même de la réalité, qui se « dérobe » au sens littéral, offrant aux yeux des voyeurs crédules l'apparence de la nudité. Mais justement, cette nudité l'enveloppe d'une pellicule seconde, qui n'a même plus le charme érotique de la robe. Il n'y a même plus besoin de célibataires pour la mettre à nu, puisqu'elle a renoncé d'elle-même au trompe-l'œil pour le strip-tease.
La principale objection à la réalité est d'ailleurs son caractère de soumission inconditionnelle à toutes les hypothèses qu'on peut faire sur elle. C'est ainsi qu'elle décourage les esprits les plus vifs, par son conformisme le plus misérable. Vous pouvez la soumettre, elle et son principe (que font-ils d'ailleurs ensemble, sinon copuler platement et engendrer d'innombrables évidences?) aux sévices les plus cruels, aux provocations les plus obscènes, aux insinuations les plus paradoxales, elle se plie à tout avec une servilité inexorable. La réalité est une chienne. Quoi d'étonnant d'ailleurs, puisqu'elle est née de la fornication de la bêtise avec l'esprit de calcul - déchet de l'illusion sacrée livrée aux chacals de la science?[…]
Ce que nous avons désappris avec la modernité, où nous n'avons de cesse d'accumuler, d'additionner, de surenchérir, c'est que c'est la soustraction qui donne la force, que de l'absence naît la puissance. Et pour n'être plus capables d'affronter la maîtrise symbolique de l'absence, nous sommes aujourd'hui plongés dans l'illusion inverse, celle, désenchantée, de la prolifération des écrans et des images. »
 
Jean Baudrillard - Le crime parfait - 1995 - Editeur Galilée.