Claude Lévi-Strauss (1908 - 2009) un anthropologue philosophe.

Claude Lévi-Strauss (1908 -2009) - Photo d’archives.

 
 
Claude Lévi-Strauss était centenaire et faisait partie des « Immortels ».
Sans doute le croyions-nous éternel.
Nous avions tort.
 
Dans les temps troubles qui sont les nôtres, son œuvre de réflexion en perpétuel mouvement (lire par exemple autour du concept de race « Race et Histoire » publié pour l’Unesco en 1952 - chez Folio Essais aujourd’hui - ainsi que ses différentes interventions en totale évolution qui émaillèrent au fil des ans ses participations à des congrès auprès du même organisme) ne laisse pas de nous interroger.
 
Mais puisqu’il faut une fin et qu’il y eut aussi du philosophe en lui, le dernier paragraphe de son ouvrage le plus célèbre : « Tristes Tropiques ».
 
 
 
« Pas plus que l’individu n’est seul dans le groupe et que chaque société n’est seule parmi les autres, l’homme n’est seul dans l’univers. Lorsque l’arc-en-ciel des cultures humaines aura fini de s’abîmer dans le vide creusé par notre fureur; tant que nous serons là et qu’il existera un monde - cette arche ténue qui nous relie à l’inaccessible - demeurera, montrant la voie inverse de celle de notre esclavage et dont, à défaut de la parcourir, la contemplation procure à l’homme  l’unique faveur qu’il sache mériter : suspendre la marche, retenir l’impulsion qui l’astreint à obturer l’une après l’autre les fissures ouvertes au mur de la nécessité et à parachever son oeuvre en même temps qu’il clôt sa prison; cette faveur que toute société convoite, quels que soient ses croyances, son régime politique et son niveau de civilisation; où elle place son loisir, son plaisir, son repos et sa liberté; chance, vitale pour la vie, de se déprendre et qui consiste - adieu sauvages! adieu voyages! - pendant les brefs intervalles où notre espèce supporte d’interrompre son labeur de ruche, à saisir l’essence de ce qu’elle fut et continue d’être, en deçà de la pensée et au delà de la société : dans la contemplation d’un minéral plus beau que toutes nos oeuvres; dans le parfum, plus savant que nos livres, respiré au creux d’un lis; ou dans le clin d’oeil alourdi de patience, de sérénité et de pardon réciproque, qu’une entente involontaire permet parfois d’échanger avec un chat. ».
 
 
Claude Lévi-Strauss - Tristes Tropiques - 1955 - Collection « Pocket » pour l’actuelle Edition de Poche.