S.M. ET LIBERTINAGE: (premier épisode)

 

                      

 

Libertins : le mot est lâché !

Oh ! Je m’y attendais depuis quelque temps déjà…

Depuis cette soirée où, précisément, je m’étais aperçue que la plus connue des boîtes SM parisienne avait son " coin-calins "…On m’avait expliqué que quelques adeptes parfois souhaitaient " concrétiser " sur place et que…

Bon, ce n’était pas les coutumes habituelles mais j’avais bien voulu le croire… Si ce n’est qu’à l’usage, je n’ai jamais vu dans ce fameux " coin-calins " de vrais couples BDSM mais plutôt des " visiteurs " qui après s’être réjouis du spectacle finissaient à deux, trois, quatre ou plus par aller s’activer et soupirer là-bas…

Les vrais couples SM attendant de rentrer chez eux pour faire ou ne pas faire selon l’humeur et le désir du moment.

J’aime les libertins. Je les aime parce que je suis une littéraire. Pour moi les libertins, ce sont les érudits, philosophes et scientifiques qui entre le XVI° et le XVIII° siècle s’opposèrent par leurs écrits polémistes ou coquins à l’austérité religieuse de l’époque et à l’autorité du pouvoir royal en place. Ce sont Théophile de Viau, Bertrand L’Hermite, Crébillon fils, Cyrano (mais oui !) de Bergerac, Voltaire, Diderot, Beaumarchais, Jacques Cazotte et bien sur Sade.

Leurs pâles " suiveurs " de l’époque dans les salons (je n’ose même pas dire dans les boudoirs) n’ont pas marqué l’Histoire mais ils ont servi tout de même à faire avancer les choses vers la Liberté.

Pour ce qui est de la pâleur, ne nous leurrons pas... "Nos" pratiques BDSM à tous, nos jeux, sont de bien pâles copies de l'oeuvre de Sade ou de l'Histoire d'O. Et tant mieux! Car pour autant que j'aime Sade, il faut bien reconnaître que ses "parties de chasse" sont meurtrières. Quant à Pauline Réage, si l'on en extrait les parties philosophiques en filigrane, voyons la réalité: Roissy-en-France n'est-il pas au fond qu'une histoire de lupanar?

J’aime les années post 68. Je les aime parce que je les ai vécues. Libertins ? Non ! Le mot " Hédonistes " nous allait bien mieux puisqu’il sous-entendait le désir en action et en réaction là aussi à une époque donnée.

Oh ! Il y a bien des choses qui me font sourire aujourd’hui : mes deux mois d’été passés dans l’Ardèche à vendre des fromages de biquettes puis l’année suivante à faire (bien maladroitement) des sacs en cuir brut dans le Comté de Foix. Consciente cependant de bousculer quelque part le gouvernement giscardien et mes parents vieux jeu.

Comme le temps passe !

Mais revenons-en à nos moutons puisque c'est bien le mot à employer par ces temps qui courent.

Libertins (et SM) donc ou SM (et Libertins) puisque c’est la mode et que ça se vend. En parlant de vent, il n’aura pas mis longtemps à tourner : deux saisons à peine depuis les prémices.

Dans les dix dernières années, ce à quoi nous avions assisté avec une certaine forme d’impuissance, c’était au mariage entre le fetish et le SM.

Plus puriste encore que moi, M. dira toujours qu’un fétichiste n’est pas un SM et…vice-versa…

Je vois plus les choses sous l’angle de la mode au sens vestimentaire : peu à peu le SM a perdu sa sobriété noire stricte d’antan et en est venu aux tenues fetish tant prisées sur les images des sites , ou dans le monde de la couture tout simplement, quitte à perdre dans cette alliance de la carpe et du lapin, un peu de son âme.

Il arrive toutefois, mais assez rarement que quelques fétichistes adorateurs de certaines chaussures se convertissent au S.M. par le transfert de cet amour aux maîtresses qui les portent.

De Soirée " Eyes Wide Shut " où le SM flirte de près avec l’échangisme en Nuit " Ceci " ou en Buffet " Cela ", la dernière année a vu les frontières s’abolir : une petite fessée chez les échangistes est normale, une partie carrée chez les SM n’étonne plus personne….

On en arrive donc à l’ultime : la glorification de toutes les sexualités dites " parallèles " enfin réunies sous le terme de " libertinage " sans guère plus de distinguo de l’une à l’autre. Et en brandissant en guise de caution le beau mot de " Liberté "…

Sauf que ce libertinage vu avec bienveillance par la société de consommation parce que source de productivité n’a plus rien de réactionnel contre le pouvoir ou l’église et que le terme est bien galvaudé là…

Sade fut embastillé sur les seules allégations d’une prostituée qui l’avait accusé de l’avoir incitée à uriner sur un crucifix…Que risquerait son clone aujourd’hui ?

Si je vais dans une boîte échangiste et que je m’offre à de multiples compagnons d’un soir, en quoi défierai-je le pouvoir politique en place, Nicolas par exemple, ou Jean-Pierre, qui se fichent de moi et de mes pratiques privées comme d’une guigne ?

Seul l’argent est roi, le bon et bel argent qu’il soit celui de la plus banale des discothèques à celui de la boîte à cul….

Alors, où est la transgression, où est le libertinage en cela et qu’essaie-t-on de nous faire croire en nous vendant une " liberté " en bocal, un " libertinage " en spray ?

 

(A SUIVRE...)