BDSM et communication virtuelle.

Photo « prise » sur le Net.

 
 
Je lisais ce soir (sur un forum BDSM) un article sur les relations virtuelles : les réseaux d’ « amitiés » type Netlog et Facebook, les terrains d’avatars de Second Life ainsi que sur les chats et les blogs.
L’ensemble de ces possibilités était jugé assez sévèrement par l’auteur qui y voyait un moyen de « décompenser » sa solitude, de désapprendre à communiquer dans la Vraie Vie et au final…de grossir devant son écran !
 
Si j’éprouve toujours autant de plaisir sur les forums et sur mon blog (je vais bien finir par écrire cette note quant à son sixième anniversaire que mon opération m’a fait mettre de côté), je ne suis pas autant convaincue par le reste.
La seule idée d’une « Seconde Vie » me fait frémir et quant aux réseaux d’amitiés, après avoir réactivé tout dernièrement ma vieille page « Facebook », j’ai constaté que cela mange beaucoup de temps pour pas grand-chose et que ce temps-là, je le prenais sur celui que je consacrais à la lecture. Mauvaise pioche donc…
 
J’ai aussi grossi ces dernières années mais je pense que l’âge arrivait où cela devenait inévitable et ne crois point que le Web y ait été pour quelque chose.
 
Quant aux chats, m’est revenue soudainement la première incursion que je fis sur l’un d’entre eux et j’ai tant ri à m’en souvenir que j’ai eu envie de la raconter ici.
Elle rentre parfaitement dans le thème « Communications virtuelles et solitude »...
 
 
Cette histoire se déroule en février 2002 et, bien sûr, sur un chat BDSM.
Mon dominant de cette lointaine époque était marié et tenait absolument à ce que nous rencontrions d’autres couples
Ne pouvant soi-disant se connecter tôt dans la soirée (il regardait le prime-time avec sa femme), il avait indiqué, dès que j’eus un PC et un accès Internet, à la bonne soumise que j'étais, l’adresse d’un chat pour que je fasse cette recherche par moi-même.
Je n’en jurerai pas mais je crois bien que c’était « Respublica ».
Certains se rappelleront de ce lieu. Il fallait entrer, trouver le canal qui convenait (un canal IRC) et hop !, on était en place.
Du moins selon ce qu’il m’avait raconté.
 
En réalité, ce soir-là, une fois découvert le canal BDSM, je tombe sur l’avertissement « Ouvrir le chat ».
Ce que je fais sans tarder.
J’imagine que je vais lire une longue liste d’usagers - comme ce fut le cas plus tard sur d’autres chats BDSM mieux pensés - mais en fait, je ne vois que moi (enfin, mon pseudo), avec la mention « disponible au dialogue » dans la colonne à gauche et au milieu, une page toute blanche.
 
Je dois faire un clic de trop car soudain j’apparais une seconde fois, moi et toujours moi (enfin, mon double) et toujours « disponible au dialogue ».
 
Désolation.
C’est un peu comme avoir été invitée à une fête, ouvrir la porte et trouver la maison vide, désertée même par les propriétaires des lieux.  
A moins que la machine ne soit programmée dans le seul but que les gens dialoguent avec eux-mêmes ? Non, là c’est too much et science-fiction…
Assurée de mon inanité technologique, je retente le coup.
 
Horreur. Sueurs froides.
Me voici inscrite comme « disponible au dialogue » une troisième fois.
Jamais deux sans trois d’accord, mais ça fait tout de même drôle…
Autre que « Second Life », « Third Life », oui !
Je regarde mes mains pour être bien sûre que je n’en ai pas quatre nouvelles qui ont poussé.
 
Soudain, dans la colonne de gauche apparaît le pseudo masculin de quelqu’un d’autre et la page s’orne d’un message.
Ce tel, qui a visité mon profil (Lequel ? Je n’en ai rempli aucun, seulement inscrit un pseudo pour entrer sur le canal IRC), veut dialoguer avec moi.
 
Je déborde de joie, non parce que j’ai « rencontré » un homme (j’en ai déjà un et je ne suis là que sur son ordre de mission) mais parce que je pense avoir trouvé le sésame.
Je tape prudemment un très laconique « Bonsoir ».
Rien.
L’enfer.
 
L’idée me vient de cliquer le fameux pseudo sur la colonne de gauche.
C’ est la bonne !
Deux mentions sont proposées : « MP » et « Chat ».
« MP », je me méfie.
Bien que je ne connaisse pas en ce temps-là l’existence de Maître Patrick et que je ne puisse craindre alors d’entrer en contact avec lui, je mettrai longtemps à savoir que cela signifie « Message Privé ».
Je clique sur « Chat ».
 
Et, tout à coup, c’est Noël !
Non seulement, mon petit « Bonsoir » se dévoile sur la page toute blanche mais cette même page s’emplit de messages qui défilent à toute vitesse et la colonne de gauche s’est brusquement garnie de toute une foule de connectés…
Miracle du virtuel ! Magie de la communication !
 
Et me voici envahie d’une multitude de pseudos qui me demandent de passer en « MP ».
Je clique et reclique « Chat » avec obstination et tapote euphoriquement des « Bonsoir » à l’infini, croyant que chacun y trouvera son compte et entamera une vraie conversation.
Mais non, tous me répondent (en « MP » !) qu’ils ne dialoguent qu’en « MP »…
 
Je me gratte la tête. Que dois-je faire ? Si je choisis « MP », cela m’engage à quoi ?
Bon sang, ça veut dire quoi ces deux initiales ?
Je suis certaine, étant sur un chat BDSM,  que le « M », c’est « Maître ».
Mais le « P » ? « Potentiel » ? « Patenté » ? « Pervers » ?
 
Je réfléchis.
Trop.
Trente secondes, trente secondes de répit et tout se bloque !
 
Damned !
Ecran gelé.
Je me demande ce que j’ai bien pu faire de mal.
Ctrl+Alt+Supp ne me sont d’aucune aide.
Je dois me déconnecter, revenir après avoir fait redémarrer la machine.
 
Et là, évidemment, il n’y a plus que moi, « disponible au dialogue », une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, autant de fois que je donne de clics qui sont autant d’appels au secours.
Auxquels plus personne ne répond.
Auxquels plus personne n’a jamais répondu.
 
Car ensuite, je ne suis jamais retournée sur le canal BDSM de Respublica.