BDSM Photo Perso: Aurora soumise presque nue à quatre pattes dans les couloirs de l'hôtel été 2009.

 

Ce texte essaie de répondre au commentaire de J.M.Devesa sur ma note précédente.
 
Il y a en effet, une « orientation sexuelle BDSM » et il y a l’amour.
Moi aussi, je vois les choses ainsi.
Je ne suis pas pour autant persuadée que tous/tes le mesurent à la même aune dans les ambiances dites BDSM.
 
Sur les forums que je fréquente, le sujet resurgit chaque année, avec l’arrivée des nouveaux adhérents.
Et les réponses qu’on leur apporte alors sont identiques.
 
On notera pour commencer que je me situe dans le contexte du rapport d’un Dominant (homme) à une soumise (femme). L’inverse, l’amour entre Maîtresse et soumis se vit sans aucun doute mais n’est jamais traité sur les sites cités plus haut comme matière à polémique.
Je n’y entends rien et ne me permettrai pas, par conséquent, de l’évoquer.
 
Le Dominant ne pourrait donc pas aimer la soumise et ce pour plusieurs raisons (à ce qu’ils disent) : il déchoit alors de son rôle, de son rang et donne à la soumise une importance tout à fait incompatible avec la place qu’elle occupe au sein du duo.
Ou bien il est impossible dans le cas d’un rapport amoureux privilégié qu’un Maître ait plusieurs soumises, ce qui est semble-t-il fréquent, puisque cela entraîne rivalités et jalousies (j’ai lu hier un très beau témoignage en italien de l’une de celles-ci qui, pour plaire à son Maître avait, pendant des années, cherché à la demande de celui-ci - sans avouer jamais qu’elle n’était pas d’accord de crainte de se voir répudiée - d’autres soumises sur le Net, jusqu’à se démolir complètement).
Enfin, la soumise n’a pas non plus à « aimer » son Maître : il suffit qu’elle lui « appartienne » et lui « obéisse ».
 
Il faut remarquer avant tout que ces « réponses » sont données dans une situation absolue, très rigide et extrêmement figée.
J’ai longtemps eu peine à croire qu’elle puisse exister réellement et s’inscrire dans la durée (même dans une durée très brève qui serait celle de ce qu’il advient dès la sortie de la « séance » ou du « jeu », comme on voudra l’appeler).
 
Et pourtant, elle existe.
Bien souvent cette relation BDSM ou SM (là aussi, qu’on la nomme comme on le veut) se tisse entre des partenaires sinon très éloignés géographiquement (et là, toutes ces « rigidités » peuvent bien évidemment fonctionner quand on se voit si peu), du moins très éloignés par leur quotidien (à l’ère du Web, la plus grande partie des rapports BDSM sont extraconjugaux et là encore, la « gestion » des deux foyers, de la vie au jour le jour et de la « vie fantôme » explique que l’on puisse ne pas vouloir parler d’ « amour » dans ce qui est le cadre de la relation « number two », la relation BDSM ).
 
Je comprends parfaitement tout cela, je le comprends si bien que je suis tout à fait capable de l’intégrer complètement à mes réflexions « générales » sur le BDSM.
 
Néanmoins, en ce qui me concerne, la question que je me suis toujours posée est « Comment peut-on pratiquer le BDSM avec quelqu’un que l’on n’aime pas ?
Vous (le « vous » s’adresse à Jean-Michel) ne serez probablement pas d’accord sur ce point avec moi.
Mais nous raisonnons tous, au final, avec notre vécu.
 
Avec le temps qui passe, je me dis que je ne suis certainement jamais vraiment entrée dans la « dimension BDSM », celle où une soumise est prête à se soumettre à quiconque lui fasse vivre son désir et son plaisir de soumission.
Jamais je n’aurais pu appartenir, obéir, subir uniquement parce qu’appartenir, obéir, subir étaient mon statut, ma nature profonde.
Il me fallait en plus, l’euphorie amoureuse.
Les coups de badine que me porterait un personnage qui me serait complètement indifférent me laisseraient, au mieux, froide comme un glaçon ; au pire, ils provoqueraient en moi les souffrances maudites que chaque mouvement tire de celui qui fait un lumbago.
Du plaisir, certainement pas.
 
Un Maître, fût-il équipé de tout l’appareillage qu’il se doit, eût-il garanti de son AOC de « maîtrise », n’aurait pas trouvé grâce à mes yeux, pas suffisamment en tout cas, si je n’avais pas été amoureuse de lui, pour que je lui appartienne, obéisse et subisse pour lui…ou tout simplement pour moi seule !
 
J’ai, bien sûr, eu des débuts de relations avec des gens qui m’étaient parfaitement inconnus la veille.
Dès le deuxième ou troisième rendez-vous, le hasard (mon désir inconscient sûrement) m’apportait le coup de foudre.
En revanche, dans mes périodes de disette, je me souviens de coups de fils poussifs qui ne menaient à rien. Rien à se dire, rien à faire ensemble.
 
S’il m’était donné de choisir avec le couteau sous la gorge, je choisirais une vie amoureuse et sexuelle non BDSM (« vanille » donc) plutôt qu’une vie BDSM sans sentiment amoureux.
Ce serait en me mordant les doigts jusqu’au sang car l’absence de BDSM « nuirait gravement » à mon équilibre mais c’est toutefois pour cette solution que j’opterais.
Aimer avant tout.
 
Dans une situation idéale, je suis convaincue que l’amour, le sexe et le BDSM forment le trio indispensable à mon bonheur.
Les gestes de l’appartenance (et pour l’autre de la possession), les liens, les rituels, la douleur prennent alors un sens passionnel, presque extatique.
Ils m’élèvent, loin de me rabaisser, si je suis soumise et amoureuse, si je suis soumise et aimée (car encore faut-il que je me trouve dans une parallèle de réciprocité).
 
Lorsque nous sommes en terres inconnues, M. se plaît à me mettre au défi : il m’ordonnera, par exemple, de parcourir seule, quasiment nue et à quatre pattes, les couloirs de l’hôtel où nous nous trouvons avant que de m’en revenir à notre chambre.
Je le fais, j’ « obéis » sans tricher.
Cela ne va pas sans peur de ce qui pourrait advenir si quelqu’un (ce n’est encore jamais arrivé jusqu’ici) me surprenait dans ces conditions incongrues.
Est-ce que j’aime cela ? Je ne sais pas. Je sais que je l’aime, lui. Et que cela donne à la chose, une émotion, un ressenti, une charge érotique surprenante.
Si n’importe qui d’autre (à lire : « si un Maître quelconque ») me demandait d’accomplir la même « promenade », je refuserais sans appel.
 
C’est cela que j’entends par l’expression « cet amour-là », un « amour BDSM », la certitude que l’amour donne un plus au BDSM et que le BDSM donne (ô combien !) un plus à l’amour.   
 
Sinon, si ces conditions n’étaient pas réunies, avec un homme différent, je ferais une séance comme d’autres - en d’autres circonstances - « tirent un coup » et, ne mangeant pas de ce pain-là, je préfère encore l’abstinence.
 
Tout ceci ne va pas sans heurt dans notre « union »: il y a la jalousie de ma part (je prendrais immédiatement la porte si une autre entrait dans la danse), le refus de la pluralité de la nôtre (si nos limites sont toujours ce qu’elles étaient - il y a fort longtemps que nous ne les avons pas redéfinies - celle-ci ne serait levée que pour des « shibari » compliqués sur lesquels il ne se sent pas à son aise).
 
Rien n’est simple comme on le voit: mais, en tout cas, nous ne vivons pas de BDSM, mais de notre amour BDSM.
Alors, oui, forcément, celui-ci existe bien pour nous…
 
 
PS : Je ne parle ici que de moi et ne juge personne, surtout pas celles et ceux qui ne partageraient pas mon avis.