L COMME LAMES (2) OU DIS MOI POURQUOI TU DOMINES...

 

Il est des lames qui séparent les destins en deux ; ainsi Excalibur fracassant pour toujours les vies de Guenièvre et de Lancelot : le regard d’Arthur scelle la foudre sur ces corps à jamais.

 

Il est des lames qui réconcilient un destin du jour où l’on accepte d’en porter le poids, dualité symétrique : moi soumise et moi rebelle, moi pacificatrice et moi guerrière, une femme quoi…

 

Un jour, quelqu’un s’en vient, il en est de même pour tout le monde… Quelqu’un passe par votre vie et il porte la lame. Il vous la laisse en gage : à vous de savoir quoi en faire ou non.

A vous de recevoir le trésor ou de l’ignorer.

Si vous l’acceptez, il faudra encore apprendre à en faire bon usage. La lame n’est qu’un instrument d’écriture comme un autre. Mais sa pointe va vous écrire, vous.

Elle vous fend en deux tout d’abord et ensuite vous réunit, fait de vous un individu non plus aux deux visages mais avec une seule forme, une forme acceptée, une forme vécue.

Cette lame n’est pas là pour vous blesser, pour vous mettre à terre mais bien au contraire pour vous apprendre à vaincre. Quel que soit l’âge où vous la recevez .

 

 

Vaincre sa peur face aux autres et surtout face à soi-même : être.

Le BDSM a ceci de précieux qu’il est, lorsqu’on le vit dans les meilleures conditions, cette lame. Parcours initiatique toujours qui aboutit de la chrysalide au papillon, je l’ai déjà montré (du moins je l’espère).

 

Le voyage commence inévitablement dans le doute : qui suis-je ? Qui  suis-je moi, pour être ainsi, pour nager à l’envers du courant, pour me perdre sans cesse dans mes contradictions ?

Me vouloir soumise et continuer à être si dure, si tranchante ?

Jusqu’à s’apercevoir que c’est précisément dans cet aspect tranchant, tranché que réside l’identité de la soumise. Une femme qui est enfin capable d’assumer ses choix et ses désirs.

Le fait de confier à un autre le soin de la réaliser n’est pas un paradoxe : ce n’est même rien d’autre qu’une forme de l’amour.

 

Ceux qui dominent sont nombreux et multiformes ( je parlerai un peu d’eux demain). Mais selon moi le vrai Dominant est celui qui est capable de donner la lame, et de vous affronter pour vous apprendre à vous en servir.

 

Que l’on ne s’y méprenne point : il ne s’agit pas là et en aucune manière d’un relais, d’un passage de témoin… Je ne suis pas de celles qui désirent changer de « rôle »…. Ce n’est pas le chemin  qui mène de la soumise à la Domina que j’évoque ici.

Je veux mettre en relief le passage de la soumise qui subit le tout et le n’importe quoi, imposé par d’autres et même quelquefois par elle-même à la soumise consciente qui en se donnant à l’âme jumelle, reçoit de celle-ci la marque de la fierté qui fait qu’elle s’estime, elle, enfin, telle qu’elle est.

 

 

Le Dominant qui fournit la lame n’est pas de ceux qui vous assurent un « jardin de roses » par amour : ceux-là sont  au mieux de doux rêveurs , de fieffés hypocrites au pire…

Dominer est un acte de révélation de l’autre, autant mentale que physique et donc sexuelle.

Mais il n’est pas gratuit et apporte du plaisir aussi à celui qui l’exécute. C’est même là que réside son plaisir : en cela, il n’a rien de la fonction de charité quasi  messianique que certains voudraient se donner toujours au nom de l’amour.

Dominer n’est pas un « rôle » facile et bien peu sont aptes à le tenir vraiment. Et pourtant, il est la clé de voûte du BDSM. Car si le Dominant n’est rien sans la soumise, le contraire est vrai aussi. Pour en revenir à l’amour, je continue à dire que cette fusion des deux n’est possible que grâce à lui mais, encore une fois, cela n’engage que moi… Et dire que l’amour est la base du « choix » de la Domination est, selon moi, une erreur… L’amour vient à tous au jour et à l’heure où il le doit, BDSM ou pas. Le choix de sa « route » sexuelle, fut-elle déviante, est une toute autre histoire.

 

De « vrais » Dominateurs, au sens où je l’entends, c’est à dire des « révélateurs », je n’en ai « rencontré » que deux. L’un est M. , bien sûr. Le second, je n’ai fait que le lire. Il n’aimait pas la mièvrerie et la guimauve, détestait la poésie et en faisait pourtant sans le savoir lorsqu’il parlait de son « amour monstre ». Tous les deux sont ceux qui m’ont paru, dans mon court voyage dans les ténèbres SM, les seuls capables de « passer » la lame. Et encore, n’ayant pas connu de près le second, ni ne l’ayant jamais vu vivre, j’admets que je me livre ici à des supputations.

 

Donner la lame, c’est en quelque sorte aider la soumise à naître et à devenir. D’où le rôle de la douleur physique. Tout accouchement ne se fait-il pas dans la douleur ? La douleur de l’accouchement n’est-elle pas nommée le « mal joli » ? D’où cette notion de douleur-plaisir double (celle que l’on donne, celle que l’on reçoit) que beaucoup ont tellement de mal à envisager. Alors, pensez un peu, à comprendre !!!

 

 

Sourire…

 

Je  n’ai jamais nié que nos « jeux » et leurs enjeux soient très compliqués !