BDSM Tableau "Red Shoes" by I-Diom.

Tableau « Red Shoes » © I-Diom.

 
 
BDSM, oui.
« Nouvelle », aussi, même si brève…
Mais fiction tout à fait naturellement...
 
 
Ils ont placé les tentes sur une très large langue de sable qui s’enfonce dans le lac. Les auvents claquent sous la brise.
C’est le soir. On commence à allumer les bougies.
 
Elle est là, juste à côté de lui.
On la lui a présentée trois ou quatre fois dans la journée déjà.
Ils en ont ri. C’est une amie de la mariée.
Champagne et maintenant cognac. Il sait qu’il a trop bu. Au point de ne plus se souvenir de son prénom.
Ce serait bien utile pourtant pour lui parler.
 
Elle doit avoir un peu plus de quarante ans. Peut-être bien quarante-cinq. Les cheveux longs, très noirs. Ni jeune, ni vieille. Ni grande, ni petite. Ni belle, ni laide.
Elle a juste un tout petit quelque chose. Ce petit quelque chose qui fait qu’on remarque une femme.
Séduisante, ce doit être le mot exact. Il lui va en tout cas bien mieux que « charmante ».
 
Elle portait ce midi un chapeau rouge qui accompagnait sa robe grège, des boucles d’oreilles et des chaussures rouges aussi.
Il se demande ce qu’elle a fait du chapeau.
 
Ils se regardent et ils sourient tous les deux. Côte à côte. Ils sourient souvent en se regardant.
Mais sans échanger un mot.
Il voudrait lui parler mais ne sait pas comment commencer.
Il aligne un cognac de plus. Cela ne résoudra pas les choses, bien au contraire.
 
Il tente un « Nous avons quelque chose en commun. ». Elle pouffe et lui désigne son propre verre : un cocktail de fruits.
« Non, pas ça.. » dit-il encore.
Il se penche à son oreille et lui susurre « Je suis sûr de vous avoir déjà vue. Dans une autre vie. Vous ne voulez pas me dire où et quand c’était ? Allez, allez, dites-moi quelque chose. Parlez-moi de nos atomes d’avant…».
 
Elle sourit, elle regarde ses mains. Elle a les ongles vernis de rouge. Ni courts, ni longs.
Il sent qu’elle n’a pas l’habitude de se les laquer ainsi.
Tout comme elle ne doit pas être coutumière de talons si hauts.
Le sol devenu boueux ne suffit pas à expliquer qu’elle se déplace aussi maladroitement qu’un échassier.
Elle est belle tout à coup à la lueur des chandelles. Un peu mélancolique.
Plus très jeune, non. Mais si fragile, mais si charnelle…
 
Il dit: « Vos ongles…Rouges comme ça, c’est joli… »
Cette fois, elle lui répond mais sans lever les yeux de ses mains : « Je ne les fais jamais. C’est fou qu’ils aient été assez longs pour que je les vernisse aujourd’hui ! Normalement, je les ronge et j’ai toujours les doigts crochus. ».
Elle esquisse vers lui un geste de sorcière en faisant « Kssss... ».
Ils rient tous les deux, les yeux dans les yeux cette fois.
 
Mathias arrive, s’assied entre eux, et lui verse généreusement un autre cognac.
« Mais j’ai tellement bu ! » proteste-t-il.
« Allez, on marie Alex, c’est pour ça que nous buvons. A la sienne. A la leur ! »
Mathias s’est bien vite retourné vers elle. Il lui parle tout bas et elle rit fort.
Elle se penche vers lui et lui murmure quelque chose puis s'esclaffe.
Mathias, un peu incrédule l’espace d’une seconde, change aussitôt de physionomie et se montre aussi fier que s’il venait de marquer un goal.
Il la menace d’une main qui bat l’air à hauteur de son menton et tonne « Toi, on se retrouve tout à l’heure… ».
Mais le voici appelé ailleurs, d’une voix qui exige sa présence un peu plus loin, quelque part dans l’obscurité tout à fait tombée désormais de tente à tente.
 
A nouveau seuls.
Elle reprend brusquement « C’est ce que je viens de lui dire que j’aurais dû vous dire...»
« A moi, au sujet des atomes ? »
« Si on veut. ».
Et elle rit franchement. Un peu ironique.
« On peut savoir alors ? »
« Il m’a demandé pourquoi j’avais mis des chaussures rouges. Je lui ai répondu que j’en portais chaque fois que j’avais envie de faire l’amour. ».
« Et c’est ça que vous vouliez me dire, à moi ? »
« Oui. »
Il se sent devenir rouge. Comme les chaussures, comme les ongles. Comme le chapeau égaré.
Un peu confus, un peu ivre.
« Et bien, vous auriez pu me la garder cette confidence ! Ce n’est pas gentil. Vous mériteriez une bonne fessée ! ».
 
Elle lui tourne le dos comme en un défi, remonte de sa main aux doigts vernis de rouge - si fins et si peu crochus - la robe grège d’un côté jusqu’à laisser entrevoir un bout de dentelle blanche et une forme qui s'arrondit à peine en haut d'une cuisse plissée parfois par les vaguelettes de la « peau d’orange »...
 
Elle est si émouvante ainsi à se laisser voir, sans honte ni sentiment de comparaître devant un tribunal, sous ce qui n’est pas son meilleur jour...ou son meilleur « nocturne ».
Si belle pour lui, oui.
 
Et il l’entend déclarer, tout à fait convaincue :
« Une bonne fessée, vous avez raison. Et c’est quand vous voulez… ».