Andy Warhol "Ethel Scull 36 times" 1963.

Andy Warhol "Triple Elvis" 1963.

Andy Warhol "Jackie" 1964.

Andy Warhol "Marilyn Monroe Hot Pink" 1967.

Andy Warhol "Mrs Zoppa-Sachs" 1973.

Andy Warhol "Portraits in drag" 1981.

Andy Warhol "Jean-Michel Basquiat" 1984.

Tous les tableaux (passer la souris sur les scans pour connaître les titres) © Andy Warhol.

 
 
Ceci n’est pas une note BDSM.
Même si le « Velvet Underground » nous a laissé le plus beau de nos « hymnes » avec « Venus in furs »…
 
 
 
On peut aimer ou ne pas aimer Andy Warhol.
 
La personne n’est pas très sympathique et « l’art de l’artiste » interpelle (Etait-ce ou non de l’art ? Perpétuelle question qui revient chaque fois que c’est d’art moderne qu’il s’agit).
Il a, de toute manière, très largement influencé la démarche artistique de la fin du XXème siècle.
Si l’on songe au tempérament protéiforme de l’artiste Warhol, aux diverses facettes qu’il montra durant sa vie : peintre, photographe, cinéaste, sculpteur, acteur, sponsor et producteur d’au moins un groupe de rock, alors oui, Warhol fut un grand artiste.
 
C’est ce que je pense. Mais pour Marden par exemple, ce n’était qu’un « coloriste ».
 
L’exposition des Galeries du Grand Palais « Le Grand Monde d’Andy Warhol » qui a lieu depuis le 18 mars et qui durera jusqu’au 13 juillet 2009 a choisi de s’axer seulement autour des « portraits » que réalisa Andy Warhol.
Et des portraits il en fit, en quantité « industrielle » pourrait-on dire…
Il y eut d’abord les sérigraphies « mythiques », celles qui le firent connaître : « people » comme Marilyn ou encore Jackie Kennedy et j’en passe, toutes faites à l’insu, bien évidemment, de ses modèles et effectuées à partir de coupures de presse.
 
L’engouement naquit, la célébrité vint avec et l’on sait la suite…
Les « acheteurs » affluèrent.
Se faire peindre par Warhol, cela paraissait aussi aisé que d’accéder « au quart d’heure de notoriété » qu’il déclarait être le droit (et la possibilité) de tout un chacun.
 
Pour avoir son « portrait » par Warhol, c’était tout de même un peu plus difficile : il fallait pouvoir investir 25000 dollars cash, prix unique !
Car Warhol -et ce n’est pas un secret- aimait l’argent par-dessus tout.
« Faire de bonnes affaires, c’est l’art le plus fascinant. » disait-il.
Ce n’est pas pour rien que j’ai parlé d’une personne qui n’attire pas vraiment la sympathie…
Et il y a encore d’autres raisons comme celles qui concernent la manière dont il traita dans le cadre de la « Factory » ses « égéries », celles et ceux dont il faisait des « stars » dans ses films et qui pouvaient tomber en disgrâce du jour au lendemain et se retrouver alors les parfaits inconnus qu’ils étaient avant.
Le quart d’heure, toujours le quart d’heure…
 
Peut-être qu’il était pressé lui-même, Andy, pour décompter ainsi le temps et compter l’argent, pressé par l’ambition, lui le pape du Pop-Art qui n’était pas né dans l’aristocratie qu’il allait représenter.
 
Si une personnalité fortunée contactait Warhol pour avoir son « portrait », le rituel était toujours semblable : le « Maître » prenait un grand nombre de polaroïds (rarement Warhol recourut à la technique du photomaton et ce furent pourtant là que se révélèrent ses meilleures prises, celles où « un supplément d’âme » se dégageait de ses « portraits » ; je crois que ce n’est pas par hasard que le catalogue de l’expo est recouvert recto-verso de la fresque « Ethel Cull 36 times » que j’ai choisie moi aussi pour première illustration de cette note, la collectionneuse d’art y apparaissant comme la vie même) puis il s’en allait sans plus de manières envers son « client »…
 
Plus de mille portraits de commande, un par semaine en moyenne.
Une fois choisi le « meilleur » des polaroïds, Warhol l’envoyait dans un labo où il était recadré en plan serré généralement, plus large de rares fois. 
« Sembler beau » -la beauté fut la seconde obsession de Warhol, pour lui-même et pour ses « modèles »- était le seul but de ce premier travail sur image.
Ensuite celle-ci était transférée sur un écran de soie puis imprimée sur une toile.
Et à la fin, Warhol repeignait par-dessus : contrastes, transparences, décalage des contours, couleurs ou taches de couleurs criardes ou plus sobres parfois.
 
Que voulut-il faire -en plus que de remplir sa bourse- artistiquement avec ces portraits de gens riches et/ou connus, de ces représentants du  « Grand Monde »?
Le « portrait » à l’échelle la plus grande possible d’un microcosme infime de la société de son temps ?
L'énigme demeure entière.
 
On doit en tout cas à Alain Cueff, commissaire de cette rétrospective, d’avoir eu le courage d’élire ce thème solitaire du portrait pour son exposition (même si quelques très rares autres œuvres majeures sont présentes aussi afin d’assurer des transitions entre les divers « compartiments »).
C’était ni plus ni moins que présenter le Warhol à la fois le plus célèbre et le plus contesté (Warhol ne s’est pas limité à ses fameux portraits, répétons-le) et cela pouvait risquer de  déboucher sur une acerbe critique.
 
Cela n’est pas le cas : la mise en place choisie permet, de pièce en pièce, de « ne pas en prendre plein la tête » en une seule fois mais de s’arrêter longuement devant chaque « section » et, à la fin, tous ces portraits de Warhol laissent, lorsqu’on quitte le Grand Palais, comme un sentiment d’ébriété de couleurs, de formes.
 
Une sensation de très grand brio malgré tout dans ce « stakhanovisme » warholien.
 
Et quelque chose qu’il faut -quels que soient les préjugés avec lesquels on est entrés- bien appeler la magie de l’art…