Clip original « Faites monter » (Paroles Alain Bashung/Jean Fauque » - Musique Alain Bashung/Ludovic Bource) in « L’Imprudence » - 2002.
 
 
 
I - En 2002, il y eut le choc de « L’imprudence ».
Le choc pour tout le monde, même les plus accros à Bashung.
A la première, à la seconde, à la troisième écoute, c’était, cela restait déconcertant.
 
J’ai encore dans mon CD la critique des « Inrocks » qui parlait d’ un [ album « dark », noir à l’extérieur (la pochette ndlr), pas très éclairé à l’intérieur ]…
C’est vrai qu’il n’y avait pas une seule mélodie pour accrocher l’oreille, que Bashung y « phrasait » bien plus qu’il n’y chantait (il y offre ainsi une version étonnante de « Jamais d’autre que toi », le poème de Robert Desnos), que l’ensemble paraissait très obscur dans ses motivations.
 
La clarté parvint au bout de nombreux passages du disque.
« L’imprudence », il fallait l’écouter assis, de A à Z, du premier titre au dernier parce que c’était construit pour qu’il en soit ainsi.
 
Ça commence et ça se termine par « Laisse venir, laisse venir l’imprudence ».
En fait, Bashung avait laissé -par cet album- venir le summum de l’audace dans sa carrière.
 
« L’imprudence », il faut le voir comme un album expérimental, musicalement d’abord et poétiquement ensuite.
Des litanies de sons et de sonorités...
 
C’est le moment où celui qui a bouffé tant de vache enragée à ses débuts (bien avant « Roulette Russe », Bashung « rockait » déjà sans aucun succès ou faisait de la variété sans plus de bonheur) sait qu’il est arrivé au point de pouvoir se permettre de donner à sa maison de disques un album qui ne se vendra pas forcément bien, non parce qu’il est mauvais mais parce qu’il est extrêmement difficile (j’emploie toujours l’adjectif « exigeant » lorsqu’il m’arrive d’en parler) et advienne que pourra…
 
« L’imprudence », c’est une plongée dans un univers où Bashung se fait maître de cérémonie « tel Attila, tel Othello » d’un rituel étrange où peu sont conviés, seulement ceux qui auront pris le temps de chercher les clés du porche.
C’est aussi une immersion dans les paroles écrites pour la dernière fois avec Jean Fauque et un accord parfait avec des musiciens exceptionnels (même Mino Cinelu qui fut le compagnon de route du Miles [Davis] de l’ultime période).
 
Aujourd’hui, sept ans après, maintenant que nous avons su décrypter « L’imprudence », nous pouvons dire que ce disque est infiniment beau.
Sombre, oui, mais très beau.
 
Mais -et je pense ici aux très jeunes qui ont découvert Bashung cette année avec « Bleu Pétrole », ceux-là mêmes qui se sont manifestés avec émotion sur le Livre d’Or- il ne faut pas l’aborder sans le viatique des albums précédents (quelque part, il y avait des choses dans -par exemple- « Fantaisie Militaire » qui l’annonçaient déjà).
 
Gilles a raison dans le commentaire qu’il fait à ma note précédente : les albums de Bashung, il conviendrait de les écouter tous et, si possible, dans l’ordre.
Il y a chez lui un véritable parcours d’artiste (et d’homme) qui fait son originalité et qui lui a conféré son entrée dans la légende bien avant « Bleu pétrole » et les concerts de cette année, bien avant que nous apprenions samedi cette « mauvaise nouvelle des étoiles ».
 
De « L’imprudence », j’avais initialement décidé de publier le seul clip vidéo disponible « Faites monter » (que vous voyez effectivement plus haut) et toutes les paroles de toutes les chansons.
Et puis, d’une part, je pense ne pas en avoir le droit légalement et d’autre part, ça ne donne pas grand-chose une fois imprimé.
« L’imprudence » est bien décidément quelque chose qui se doit d’être écouté (et, bien sûr, « entendu » .
 
Finalement, après le clip à voir et entendre pour lequel je n'ai pas le choix, j’ai jusqu’à cette dernière minute hésité sur le texte à poser ici.
Le plus facile aurait été de mettre celui de « Laissez monter » mais je ne voudrais pas que « L’imprudence » soit jugé sur un seul titre par ceux qui m’ont suivie ici cette semaine.
 
Alors, le texte -puisqu’Almerys a déjà passé sur son blog celui de « Faisons envie »- ce sera « L’irréel ».
 
 
II -Après « L’imprudence » passeront sept années durant lesquelles Bashung est fréquemment en tournée, participe à des enregistrements sur les albums d’autres artistes, jusqu’en 2008 où il sort « Bleu pétrole ».
Je ne parlerai pas de celui-ci, préférant vous renvoyer à la note « à chaud » que j’écrivis à sa sortie et aux commentaires que vous y fîtes.
 
C’était il y a un an seulement et Bashung n’ayant appris sa maladie qu’à la toute fin de l’enregistrement, on ne peut parler de textes prophétiques, annonciateurs.
C’est l’interprétation qu’il en fit au cours des concerts de cette année -et pour « Résidents de la République » aux Victoires de la Musique- qui les figent désormais dans cette lecture.
Je continue de penser qu’initialement, « Bleu pétrole » était pour lui un tournant de plus dans sa carrière et qu’il envisageait déjà d’autres disques…
 
Demain, je mettrai ici un « Au revoir » quasiment muet à Bashung.
Ensuite, quand « je n’ [en] parlerai plus », lorsque mon blog redeviendra ce qu’il est d’ordinaire, cela ne signifiera pas que « j’y penserai moins jusqu’au jour où je n’y penserai plus »…
Je n’ai oublié ni Ferré, ni Gainsbourg, ils sont partout dans ma maison, dans mes oreilles, ils font partie de ma vie.
 
Bashung, c’est pareil.
Trente années avec lui. Et la suite aussi.
 
Maintenant qu’il est « vers une ombrelle », je peux répondre à sa question « irréelle » : j’y suis aussi…
 
 
 
L’ irréel (Paroles Alain Bashung/Jean Fauque - Musique Alain Bashung/Mobile in Motion/Ludovic Bource/Jean Lamoot) in « L’imprudence » -2002. 
 
 
Continents à la dérive
Qui m'aime me suive
Gouffres avides
Tendez-moi la main
 
Rêves et ravins
Règlent nos moulins
Calent nos chagrins
 
Le temps écrit sa musique
Sur des portées disparues
Et l'orchestre aura beau faire pénitence
 
Un jour j'irai vers l'irréel
Tester le matériel
Voir à quoi s'adonne
La madone
 
Un jour j'irai vers une ombrelle
Y seras-tu
Y seras-tu
Y seras-tu
 
Continents à la dérive
Une vague idée me guide
C'est l'heure où je me glisse
Dans les interstices
À l'article de l'amour
Je redeviendrai l'enfant terrible
Que tu aimais
 
Un jour j'irai vers l'irréel
Un jour j'irai vers une ombrelle
Y seras-tu
Y seras-tu
Y seras-tu
Y seras-tu
Y seras-tu