J COMME JEU... 

 

Quand on entre dans le monde BDSM, on a de ces stupéfactions qu’elles soient visuelles ou de vocabulaire….

Il arrive même que, tout en s’habituant, on ne comprenne jamais le sens de certaines règles, l’usage de certaines paroles.

 

Pour parler de ce que je pourrais définir comme « la scène BDSM », les adeptes ont trois mots…

Le premier est « session », c’est d’ailleurs celui que l’on retrouve le moins souvent et quasiment uniquement dans la bouche de celles et ceux qui ont été en réel contact avec le BDSM anglo-saxon, où ce mot trouve toute sa raison d’être…. Ne parle-t-on pas là-bas de « jam  session » pour un orchestre de jazz ?

 

Le second est « séance », c’est celui qui est fréquemment utilisé par les deux sortes de pratiquants qui sont –sourire-  le plus éloignées l’une de l’autre.

Ceux qui l’emploient tout d’abord sont nos Grands Pratiquants. Les majuscules sont ici pour désigner une dignité sénatoriale qu’ils se sont parfois auto-conférée mais qui le plus souvent leur a été donnée dans le plus grand consensus par l’ensemble de la communauté : ce sont ceux qui « vivent » SM et parmi eux ceux qui sont en séance permanente et qui se désignent comme les « 24/24-7/7-365/365 »…Je ne vous indique pas le sens... Vous aurez compris, je pense, qu’il ne s’agit pas ici de la combinaison gagnante du prochain Loto.

Pour ceux-là donc, la « séance » est un rituel empreint de gravité, de gestes étudiés au millimètre prêt dans la plus stricte obédience des règles classiques. Le sérieux domine la « séance » à tout point de vue (et c’est parfois une très bonne chose en ce que cela a de rassurant du point de vue de l’intégrité physique et psychique des participants).

Mais un peu trop sérieux pour moi, vu la taille des chevilles enflant à vue d’œil chez ces gens-là….

 

Les autres qui nomment la scène « séance » sont les tristes amateurs qui vont du fantasmeur qui n’en a jamais réalisée et qui s’y prend de telle sorte pour n’en réaliser jamais à ceux qui pratiquent le n’importe quoi( genre soumise aux yeux bandés attachée par deux ficelles de cuisine à la chaise et subissant trois mots insultants tandis que le monsieur prend son plaisir sans être vu et s’en va l’affaire faite) n’importe comment (les nœuds étaient si mal faits que malgré l’apparente innocuité de la séance, il sera tout de même parvenu à lui entamer le poignet).

 

Reste le mot « jeu » qui est celui que j’emploie par défaut, puisqu’il en faut tout de même un pour parler de ça…

« Jeu » a quelque chose de sympathique qui ramène vers l’enfance et aussi un petit côté ludique qui me permet de faire un pied de nez à toutes ces faces qui se croient obligées d’être sombres parce que c’est dans cette « noirceur » que résiderait la noblesse du BDSM…

 

Et pourtant, pour moi, rien n’est plus sérieux que ce « jeu »… Je ne le vis jamais comme une hyène hilare de passer un moment plaisant, croyez moi.

Je mets dans nos jeux toute ma concentration, toute la force de ma pensée, toute la vigueur de mon corps, toute la sensibilité de chaque centimètre carré de mon épiderme.

 

Tout mon amour aussi qui s’offre enfin au sens propre, c’est à dire physique et cérébral quand je « joue »….